N° 166 | juillet 2016

Fréquentation des cantines scolaires et apports alimentaires

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Divers pays industrialisés ont établi des politiques nutritionnelles à l’école dans le but de promouvoir des habitudes alimentaires saines et prévenir ainsi le surpoids et l’obésité chez les enfants et les adolescents.

En France, l’offre alimentaire en milieu scolaire est une préoccupation majeure. Depuis les années 2000, plusieurs recommandations nutritionnelles ont été proposées pour améliorer la composition des repas servis à la cantine. Dans le cadre de la politique publique de l’alimentation, définie par la loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche, un décret et un arrêté relatif à la qualité nutritionnelle des repas servis dans le cadre de la restauration scolaire ont été publiés le 30 septembre 2011 (mise en application en septembre 2012).

Evaluer les consommations alimentaires des enfants scolarisés

De nombreux travaux ont déjà montré l’influence positive des cantines scolaires sur les habitudes alimentaires des enfants. Notre étude a pour objectif de comparer la composition alimentaire des déjeuners selon le lieu de consommation (cantine scolaire ou ailleurs) et d’étudier les liens entre les apports alimentaires des enfants scolarisés et la fréquentation des cantines scolaires en France, de la petite section à la terminale.

Les données utilisées proviennent de l’étude nationale INCA2 (2005-2007). Les consommations alimentaires ont été recueillies par carnet alimentaire de 7 jours consécutifs et le lieu de consommation était renseigné pour chaque repas : cantine scolaire ou autres lieux de restauration (à domicile, chez des amis, au fastfood/restaurant). La présence de 24 groupes d’aliments dans 5180 déjeuners de semaine a été comparée selon leur lieu de consommation. Puis, la fréquence de consommation de 24 groupes d’aliments a été estimée chez 1068 élèves âgés de 3 à 17 ans et comparée selon leur niveau de fréquentation de la cantine scolaire pendant la semaine du carnet (jamais, occasionnelle ou régulière).

Les élèves déjeunant à la cantine mangent plus de fruits et légumes

Le lieu des déjeuners en semaine diffère entre les élèves d’école maternelle ou primaire (MP) et les collégiens et lycéens (CL) : pour les premiers, les déjeuners sont pris en majorité à domicile (50,7%) plutôt qu’à la cantine (37,8%) tandis que pour les seconds, les déjeuners sont davantage pris à la cantine scolaire (45,6%) qu’au domicile (43,9%) (P<0.001).

Les aliments consommés au moment du déjeuner varient selon le lieu de consommation. Ainsi, les déjeuners pris à la cantine contiennent davantage de pain, poisson, produits laitiers, fruits frais, fruits au sirop et compotes de fruits, biscuits et pâtisseries et plats composés que ceux consommés ailleurs. En revanche, ils contiennent moins de sandwiches, hamburgers, boissons sucrées et chocolat. Par ailleurs, des spécificités apparaissent selon le niveau des élèves scolarisés. En effet, les déjeuners pris à la cantine par les élèves de MP contiennent plus de légumes et de soupes, tandis que ceux consommés à la cantine par les collégiens et lycéens incluent plus de pizzas et gâteaux/biscuits (Tableau 1).

Une alimentation globale plus saine en mangeant à la cantine

La fréquentation régulière de la cantine (3 à 5 fois par semaine) est positivement associée à la consommation de poissons et crustacés, fromages et légumes, lors du déjeuner chez les élèves de MP. Chez les élèves de CL, cette association est positive pour les fruits frais et négative pour les sandwiches et boissons sucrées. Ainsi, fréquenter régulièrement la cantine scolaire influencerait positivement les habitudes de consommation au déjeuner.

La fréquentation des cantines scolaires est également associée à l’alimentation totale. Pour les écoliers de MP, la fréquentation régulière de la cantine est positivement associée à la consommation de poissons et crustacés, de légumes et de biscuits/gâteaux. En revanche, cette association est moins prononcée chez les élèves de CL, même si on observe une consommation moindre de sandwiches, hamburgers et boissons sucrées, chez les élèves fréquentant la cantine régulièrement.

Mettre en place des politiques nutritionnelles adéquates

Même si les distributeurs de boissons et d’aliments ont été interdits depuis 2005 dans tous les établissements scolaires, la disponibilité de certains aliments dont il faut limiter la consommation (pizza, sandwiches/hamburgers, boissons sucrées, biscuits/ gâteaux, etc.) restait importante dans les cantines scolaires avant la publication des textes réglementaires. La prochaine étude INCA3 permettra d’apprécier l’évolution de la composition des déjeuners après leur entrée en vigueur.

Toutefois, les résultats suggèrent que la fréquentation de la cantine est un vecteur possible d’amélioration du régime alimentaire des enfants scolarisés. Il conviendrait donc de mettre en place des politiques pour soutenir la fréquentation de la cantine scolaire des élèves issus de catégories sociales défavorisées. Par ailleurs, l’application des recommandations pour l’amélioration gustative de certains aliments à favoriser (fruits et légumes par exemple) et une meilleure gestion du libre-service en collège et lycée seraient utiles pour poursuivre l’amélioration de la composition des déjeuners pris à la cantine.

Carine Dubuisson
Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES), Direction de l’Evaluation des Risques – Domaine « Méthodologie et Observatoires », Unité « Observatoire des consommations alimentaires », FRANCE
Dubuisson C, Lioret S, Dufour A, Calamassi-Tran G, Volatier JL, Lafay L, Turck D. The relationship between school lunch attendance and the food intakes of French schoolchildren aged 3-17 years. Public Health Nutr. 2015 Jun;18(9):1647-57.
  1. Premières propositions établies par le Groupe Permanent d’Étude des Marchés de Denrées Alimentaires (GPEM-DA) en 1999 puis révisées en 2007 par le GEM-RCN (groupe d’étude des marchés Restauration collective et Nutrition) qui succède au GPEM-DA. Le GEM-RCN a été mis en place par décision n° 2006-01 du 1er mars 2007 du comité exécutif de l’Observatoire économique de l’achat public.
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