N° 190 | octobre 2018

L’étude FLAM : les bons d’achats sont un bon moyen d’accroitre la consommation de F&L chez les enfants défavorisés

Télécharger Imprimer

Selon les estimations, une consommation insuffisante de F&L augmente les risques de cancers digestifs de 19%, de cardiopathie ischémique de 30% et d’AVC de 11%.

L’OMS et la FAO recommandent de consommer au moins 400 g de F&L par jour. En France, cela a conduit à la recommandation bien connue: «au moins 5 F&L par jour».

En dessous de 3,5 portions par jour, on est considéré comme un «petit consommateur». 35% des adultes sont concernés et cela atteint 82% dans les populations défavorisées bénéficiant d’aides alimentaires. Les enfants de bas milieu socio économique ne consomment en moyenne que 2,6 à 3 portions par jour. Les actions
de promotion d’une alimentation saine sont particulièrement importantes dans cette population.

Le PNNS s’est fixé deux actions majeures :

  1. réduire le nombre de petits consommateurs de 25% ,
  2. améliorer le statut nutritionnel dans les populations défavorisées.

Evaluer l’impact des bons d’achats pour les F&L sur la consommation des enfants

L’étude FLAM (Fruits et Légumes A la Maison) a eu pour objectif d’évaluer l’impact des bons d’achats de F&L sur leur consommation quotidienne chez les enfants de milieux défavorisés.
Objectifs:

  1. savoir si les enfants de tels milieux, qui reçoivent des bons d’achats pendant un an, modifiaient leur consommation de F&L (évaluation quantitative),
  2. comprendre l’impact d’une telle intervention sur les habitudes alimentaires et identifier les barrières et leviers, en interrogeant les familles (évaluation qualitative).

L’étude FLAM est une étude contrôlée randomisée, réalisée dans la ville de Saint-Denis, particulièrement représentative des zones défavorisées en France. La population ciblée était définie par les critères suivants: familles avec au moins un enfant âgé de 3 à 10 ans, habitant la ville de Saint-Denis. Les participants avaient des revenus en dessous du seuil de pauvreté, recevaient des aides sociales, étaient sans emploi et/ou percevaient des allocations de revenus.

Quelle méthodologie ?

A l’inclusion, la population étudiée (groupe intervention ou contrôle) a été randomisée en paire parent-enfant. Au terme de la phase d’inclusion le groupe intervention a reçu des bons d’achats échangeables contre des F&L pendant un an. Un bon permettait d’acheter une portion quotidienne de 80 g de F&L pour chaque membre de la famille. Les deux groupes ont bénéficié d’actions d’éducation nutritionnelle sous forme d’ateliers.

La consommation de F&L a été analysée (à l’inclusion, à 6 mois et 1 an) au moyen de questionnaires de fréquence de consommation alimentaire (13 groupes d’aliments) réalisés en entretiens face à face par des interlocuteurs expérimentés.

Les participants mangeant moins de 3.5 F&L par jour étaient considérés comme des «petits consommateurs».

L’objectif principal était la proportion de «petits consommateurs» chez les enfants au terme de l’étude. L’objectif secondaire était représenté par la consommation de F&L parmi les adultes au terme de l’étude.

A la fin de l’inclusion (juin 2015-mai 2016), 92 paires parent-enfant ont été recrutées. 45 ont fait partie du groupe «intervention» et 47 du groupe «contrôle’.

Au sein des 92 paires, 64 seulement ont complété le questionnaire de fin d’étude (34 intervention, 30 contrôles). 28 familles (30.4 %) ont donc été «perdues de vue».

Une réduction significative des « petits consommateurs »

Au bout d’une année (mai 2016-mai 2017), le pourcentage de «petits consommateurs» parmi les enfants, a été réduit de manière significative (p = 0.005) à 29.4% dans le groupe «intervention».
Alors que dans le groupe «contrôle», on dénombrait encore 66.7% de «petits consommateurs».

La différence n’était pas significative chez les adultes (61.8% vs 76.7%).

Globalement, un an après l’inclusion, la consommation de F&L chez les enfants était de 4 portions dans le groupe intervention contre 2.2 dans le groupe contrôle.

Dans le groupe intervention, les bons d’achats ont été utilisés à plus de 80% (3614 sur 2928) par les familles.

Cette étude révèle donc une diminution très significative de la proportion de «petits consommateurs» chez les enfants, après un an de distribution de bons d’achats pour F&L aux familles défavorisées, par rapport à la population contrôle.

Les bons d’achats F&L ont été largement utilisés par les familles.

Les enfants du groupe intervention ont au augmenté leur consommation de F&L après un an.

On peut donc conclure que les «bons» F&L représentent un levier efficace pour augmenter la consommation de F&L chez les enfants de milieux socio-économiques défavorisés.

Thierry Gibault
Nutritionniste, endocrinologue, Paris - FRANCE
BUSCAIL C. et al, Fruits and vegetables at home (FLAM): a randomized controlled trial of the impact of fruits and vegetables vouchers in children from low-income families in an urban district of France. BMC Public Health (2018). 18:1065
Retour Voir l'article suivant