N° 116 | janvier 2012

Cultiver son potager pour améliorer la diversité alimentaire chez les enfants philippins

L’état de malnutrition persiste dans la plupart des pays. La hausse des prix alimentaires soulève des inquiétudes concernant son impact sur la prévalence de la famine et l’état nutritionnel de la population mondiale. A travers les jardins potagers domestiques, la diversification alimentaire représente une stratégie de développement durable. Cette approche pourrait fournir des multiples nutriments, en augmentant, par exemple, la production et la consommation d’aliments riches en vitamine A 1.

Avoir son propre potager offre aux familles l’opportunité de s’approvisionner gratuitement et facilement en fruits et légumes frais. Il est établi que la présence d'un potager est associée à l’augmentation de la consommation de fruits, de légumes et de l’apport en micronutriments. Elle est corrélée à l’amélioration de la santé et de l’état nutritionnel des enfants, de la sécurité alimentaire, la hausse des revenus et la prise de responsabilités des femmes 2-9. Peu d’études, cependant, ont analysé les liens entre potagers et diversité alimentaire 10.

200 familles interrogées

Objectif de notre étude : évaluer l’association entre les potagers et la diversité alimentaire chez les enfants d’âge préscolaire dans une zone urbaine et semi urbaine des Philippines. Nous avons rendu visite à 200 familles, comprenant des enfants de 2 à 5 ans, dans les municipalités de Baras et d’Angono de la province de Rizal. Les mères ont été interrogées à l’aide d’un questionnaire structuré. Le score de diversité alimentaire DDS (dietary diversity score) des enfants a été basé sur le nombre de groupes d’aliments consommés au cours des dernières 24 heures.

Le test t de Student a été utilisé pour comparer les moyennes des 2 groupes (familles avec potager vs familles sans potager). Les proportions entre chaque groupe ont été comparées par le carré de Pearson. Un modèle de régression linéaire multiple a été utilisé pour ajuster les coefficients de régression pour les critères de jugement quantitatifs en fonction de la variable d’exposition.

Un potager = une alimentation plus variée chez les enfants

52,5% des enfants vivent dans des familles possédant un potager. Nos résultats montrent un lien clair entre le fait de s’occuper d’un potager et d’avoir une alimentation plus variée chez les enfants d’âge préscolaire. Les enfants de familles ayant un potager ont des scores de diversité alimentaire significativement plus élevés que ceux de familles sans potager (différence=0,50, 95%, Intervalle de Confiance à 95% (IdC)=0,02-0,98; P=0,040). Même lorsque la consommation minimale de 10 grammes dans chaque catégorie est utilisée pour calculer les DDS, ceux de familles ayant un potager conservent des scores significativement plus élevés (différence=0,52, IdC 95% =0,01-1,02; P=0,044). Le fait d’avoir un potager peut contribuer à l'amélioration de la diversité alimentaire en favorisant la consommation directe des produits du jardin, par les économies d'achats de fruits et légumes ou par le biais de revenus supplémentaires permettant d’acheter d’autres aliments 10. Les enfants de familles possédant un potager ont plus de probabilité de consommer des légumes que les enfants de familles sans potager (x²=9,06; P=0.029).

Une augmentation de la consommation des fruits et légumes

Nos résultats concordent avec ceux d’autres études révélant une augmentation de la consommation des fruits et légumes liée aux jardins potagers 4-7. Les résultats de notre étude montrent également que les deux tiers des enfants de familles ayant un potager consomment plus de légumes et de fruits riches en vitamine A au cours des dernières 24 heures que ceux qui n’en possèdent pas : seule la moitié des enfants des familles sans potager en consommaient (x²=6,77; P=0,009).

En revanche, la présence d’un jardin potager n’est pas forcément associée à une meilleure sécurité alimentaire, contrairement aux résultats de l’évaluation du programme de jardin potager au Bangladesh qui révèle une augmentation de la sécurité alimentaire liée à une consommation plus importante de légumes issus du jardin potager domestique et à un accroissement des revenus provenant de la vente des produits du potager 3.

Seules les variables niveau d’éducation maternelle et présence d’un potager sont significativement indépendantes des scores de diversité alimentaire SDD. L’impact du potager sur le DDS est de 0,60 (IdC 95% =0.13-1,08; P=0,013), et 0,63 (IdC 95% CI=0,13-1.13; P=0,013) lorsqu’une consommation minimale de 10 grammes par catégorie d’aliments est utilisée, après ajustement pour l’âge et le sexe des enfants et le niveau d’éducation maternelle.

Cibler les foyers qui n’ont pas de jardin potager

Cette étude montre une association positive entre la présence d’un potager à la maison et la diversité et la fréquence de la consommation des fruits et légumes.

L’éducation nutritionnelle peut être un moyen important pour encourager les familles à avoir un potager, et à changer les habitudes d’alimentation. Notre étude souligne l’importance de cibler les foyers qui n’ont pas de jardin potager car ils sont plus à risques d’avoir une alimentation de moindre qualité.

Aegina B. Cabalda
Centre Nutritionnel des Philippines, 2332 Chino Roces Avenue Extension, Fort Bonifacio, Cité Taguig 1630, Philippines
Pura Rayco-Solon
Centre Nutritionnel des Philippines, 2332 Chino Roces Avenue Extension, Fort Bonifacio, Cité Taguig 1630, Philippines
Juan Antonio A. Solon
Université des Philippines à Manille, Cité Malate, Philippines
Florentino S. Solon
Centre Nutritionnel des Philippines, 2332 Chino Roces Avenue Extension, Fort Bonifacio, Cité Taguig 1630, Philippines
  • Cabalda AB, Rayco-Solon P, Solon JAA, Solon FSS. Home gardening is associated with Filipino Preschool children’s dietary diversity. J Am Diet Assoc. 2011; 111: 711-715.
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