N° 116 | janvier 2012

Leçon du paradis perdu : comment induire en tentation ?

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Les intellectuels - dont les scientifiques - n’hésitent pas à fouiller dans le passé, au delà des bibliographies classiques et des citations PubMed. Aux Pays Bas, une équipe de psychologues de l’Université de Maastricht l’a fait 1. Objectif : savoir si on pourrait améliorer la consommation en interdisant les fruits présentés de manière attirante ou des fruits « habituels ». Le terme « habituel » montre à quel point les choses deviennent ennuyeuses, puisque même les fruits doivent suivre les règles. On entend par « attirant » le fait de présenter des fruits déjà coupés en morceaux. Les fruits choisis ont été les raisins (sans pépins), les pommes et les fraises.

Les enfants préfèrent les fruits « attirants »

94 enfants de 4 à 7 ans ont été randomisés en trois groupes : aux enfants du premier groupe, on interdisait de manger des fruits normaux, à ceux du deuxième de manger des fruits attirants, tandis que ceux du troisième groupe pouvaient choisir ce qu'ils voulaient. Enfin, dans la seconde phase de l’étude, les enfants pouvaient manger ce qu’ils voulaient. Devinez ce qui s’est passé ? Les enfants préféraient les fruits « attirants » ! Les enfants ayant d'abord eu des interdictions n’en ont pas consommé plus que les enfants du groupe sans restriction initiale.

Quelques remarques s’imposent. Ces enfants avaient plus de trois ans, et étaient donc relativement âgés. Leur affinité pour les fruits était déjà influencée par l’éducation reçue à la maison. La grande variabilité de la consommation de fruits pourrait refléter non seulement leur appétit, mais également leur environnement nutritionnel et/ou éducatif habituel. Il est intéressant de noter que, lorsque les fruits étaient coupés en morceaux, la portion moyenne consommée est passée de 73±67 à 135±74 grammes, soit le double.

Est ce que cette présentation gardera son attrait ?

Deux remarques supplémentaires : les fruits doivent être prêts à consommer lorsqu’on les donne aux nourrissons et aux jeunes enfants et ce tant qu’ils n’ont pas acquis une mastication normale. Mordre dans un fruit entier suppose qu’on les a encouragés à le faire, ce qui se passe plus ou moins tôt dans différentes familles. De plus, il faut souligner que les enfants ont consommé une grande quantité de fruits, plus que la quantité moyenne de pommes, oranges ou tout autre fruit. Ainsi, non seulement, une présentation attirante incite à consommer, mais elle augmente la taille des portions bien au delà de la normale. Cette étude ne se prononce pas sur ce qui arrivera les jours suivants : cette présentation gardera-t- elle son attrait ou la consommation reviendra-t-elle aux niveaux habituels ?

Un avant goût du paradis

Une stratégie d’interdiction a été utilisée afin de tester les variations de la consommation d’aliments sains. Elle pourrait s’avérer efficace avec tout autre aliment, même ceux que l’on devrait restreindre ou éviter. En marketing, il est bien connu qu’un emballage conçu pour faciliter la consommation la favorise réellement ! Limiter la quantité d’un produit donné (par ex. la crainte de privation) est une technique utilisée même chez les adultes pour tout vendre, des billets d’avion aux vins. Aspect positif de cette étude : démontrer que cela fonctionne même pour des aliments qui sont souvent privés d’une présentation attractive. Nous devons garder cela à l’esprit afin d’encourager la consommation d’aliments à tout âge, chez les personnes bien portantes ou malades. Qui peut résister à un avant goût du paradis ?!

Marie-Laure Frelut
Pédiatre, nutritionniste, ECOG (Groupe Européen de l’Obésité Infantile) - Service d’endocrinologie pédiatrique, Hôpital Bicêtre-Université Paris Sud - FRANCE
  1. Jansen E, Mulkens S, Jansen A. How to promote fruit consumption in children. Visual appeal versus restriction. Appetite2010;54:599-602.
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