N° 162 | mars 2016

Etude InCHIANTI : preuves de l’effet protecteur d’une alimentation riche en polyphénols pour un vieillissement sain

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Le vieillissement continu de la population : un véritable défi de santé publique

Le nombre de personnes âgées de plus de 65 ans devrait passer de 18% en 2014 à 29% en 2080. Le vieillissement continu de la population est un véritable défi de santé publique car il faudrait que cette vie prolongée ne soit pas de moindre qualité. C’est pourquoi il est nécessaire d’intensifier les recherches sur les bénéfices d’une alimentation saine permettant d’identifier les meilleures recommandations nutritionnelles. On pourra ainsi prévenir voire retarder les symptômes, syndromes et maladies associées au vieillissement, comme la fragilité et le déclin physique ou cognitif. Parmi les différentes habitudes alimentaires, il a été démontré qu’une alimentation riche en fruits et légumes a des effets protecteurs contre les maladies cardiovasculaires et neurodégénératives, le cancer, et réduit la mortalité totale. Les fruits et légumes sont riches en phytonutriments et notamment en polyphénols. Ces derniers constituent un groupe très hétérogène avec plus de 500 molécules différentes. Si le nombre d’études expérimentales sur leur rôle protecteur dans le vieillissement a récemment augmenté de manière exponentielle, les preuves épidémiologiques demeurent très limitées. De plus, les relations observées entre polyphénols et santé sont remises en cause par l’utilisation d’auto-questionnaires, dont les mesures peuvent être biaisées de manière systématique ou aléatoire. En conséquence, des biomarqueurs nutritionnels sont de plus en plus utilisés en recherche nutritionnelle. Ils permettent de mesurer l’exposition aux polyphénols alimentaires de manière plus précise et plus objective.

InCHIANTI : étude prospective d’une population âgée en Italie

Nous avons récemment évalué les relations entre l’exposition aux polyphénols alimentaires et le déclin cognitif ou physique, la fragilité et la mortalité totale, chez les participants âgés de plus de 65 ans de la cohorte InCHIANTI. L’étude InCHIANTI est une étude prospective de population, menée dans deux municipalités (Bagno a Ripoli et Greve in Chianti) situées dans la zone métropolitaine de Florence (Italie). Elle a été conçue pour évaluer les facteurs de risque de perte de mobilité au sein d’une population de personnes âgées. L’apport alimentaire en polyphénols totaux et en resvératrol a été estimé grâce à un questionnaire de fréquence alimentaire validé et une base de données ad hoc sur les polyphénols alimentaires, créée à partir des deux seules bases de données disponibles actuellement: celle du Ministère de l’Agriculture Américain (USDA) et Phenol-Explorer. Les taux urinaires en polyphénols totaux et métabolites du resvératrol ont été déterminés respectivement par la méthode colorimétrique de Folin-Ciocalteu et la spectrométrie de masse.

Nous avons observé que les participants du tertile ayant les plus forts taux de polyphénols urinaires montraient une réduction du risque de déclin cognitif (47%), de déclin physique (60%), de fragilité (64%) et de la mortalité totale (30%), par rapport à ceux du tertile inférieur. En revanche, aucune relation n’a été observée avec les polyphénols totaux alimentaires. Nous avons montré dans ces études l’importance d’évaluer autant que possible, l’exposition aux polyphénols alimentaires par des biomarqueurs, et pas uniquement avec des questionnaires alimentaires. De plus, l’exposition régulière au resvératrol alimentaire a été associée à une diminution du risque de développer une fragilité au cours des trois années du suivi, aussi bien par des mesures individuelles que des mesures combinées (alimentation et biomarqueurs).

Le mécanisme d’action des polyphénols peut être dû à leurs propriétés anti-oxydantes et anti-inflammatoires. Par exemple, les polyphénols réduisent la détérioration des neurones ainsi que leur destruction à partir de réactions oxydatives en inhibant la production d’espèces réactives de l’oxygène (ERO), la peroxydation des lipides, l’oxydation des protéines, la chélation des métaux, l’apoptose neuronale et la perturbation des signaux cellulaires.

Les apports en polyphénols dans le cadre d’une alimentation riche en F&L

Le message clé que nous pouvons communiquer à la population générale, pourrait être d’avoir des apports en polyphénols supérieurs à 600 mg/jour dans le cadre d’une alimentation saine, riche en fruits et légumes. Ce niveau peut être atteint en consommant 5-6 portions d’aliments riches en polyphénols, comme les fruits, les légumes, le vin, les noix, le chocolat, le café ou le thé.

Il faudra mener d’autres études cliniques et épidémiologiques dans d’autres populations afin de confirmer ces associations, et particulièrement en utilisant les biomarqueurs. Les avancées de la recherche sur les polyphénols contribueront à élaborer de nouvelles recommandations alimentaires qui permettront de développer des politiques de santé publiques efficaces et d’améliorer l’autonomie et la qualité de vie des personnes âgées.

Montserrat Rabassa
Département de Nutrition et des Sciences des aliments, XaRTA, INSA, Campus de Torribera, Faculté de Pharmacie et des Sciences Alimentaires, Université de Barcelone, ESPAGNE
Cristina Andres-Lacueva
Département de Nutrition et des Sciences des aliments, XaRTA, INSA, Campus de Torribera, Faculté de Pharmacie et des Sciences Alimentaires, Université de Barcelone, ESPAGNE
collaborateurs
Rabassa M., Cherubini A., Zamora-Ros R., Urpi-Sarda M., Bandinelli S., Ferrucci L., Andres-Lacueva C. Low levels of a urinary biomarker of dietary polyphenol are associated with substantial cognitive decline over a 3-year period in older adults: The invecchiare in CHIANTI study. J. Am. Geriatr. Soc. 2015;63:938–946. doi: 10.1111/jgs.13379.
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