N° 189 | septembre 2018

Inégalités dans l’obésité et les comportements associés : un enjeu prioritaire pour les décisions politiques

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Le statut socio-économique (SSE) désigne la position sociale et économique des individus par rapport aux autres. Ce statut combine souvent les revenus, le niveau d’études et/ou la profession ¹. Dans les milieux socio-économiques défavorisés, le risque d’obésité est plus important, le comportement alimentaire et les niveaux d’activités physiques sont de moins bonne qualité, que dans les milieux plus favorisés 2,3. Sachant que l’obésité et les comportements qui y sont liés sont associés à un risque supérieur de maladie chronique, le schéma socioéconomique peut expliquer en partie le risque supérieur de pathologie chronique 4 au sein des populations défavorisées. Ces différences sont appelées « inégalités en matière de santé ».

Réduire l’obésité et améliorer les comportements qui y sont liés : politiques universelles ou politiques ciblées ?

Face aux «inégalités en matière de santé», deux grands types de politiques ont été mis en place :

  • des politiques ciblées visant plus précisément des facteurs déterminants de la santé parmi les populations les plus défavorisées (par exemple, des bons alimentaires pour les personnes à bas revenus);
  • des politiques universelles, concernant l’ensemble de la population (par exemple, les indications nutritionnelles sur les emballages) 5.

Une précédente revue systématique a révélé que la majorité des politiques universelles n’avaient aucun impact sur les inégalités en termes d’obésité et de comportements liés à l’obésité 6.

Nous présentons une seconde analyse systématique compilant des études comparatives concernant ces politiques ciblées et leur impact sur l’anthropométrie, l’alimentation et l’activité physique chez les enfants et adultes défavorisés.

Les études analysées ont été publiées entre 2004 et 2015. Elles évaluaient l’impact de politiques ciblant des individus défavorisés dans un pays développé, comportaient un groupe témoin et s’intéressaient à l’anthropométrie, à l’alimentation ou à l’activité physique.

Les politiques à l’échelle des établissements scolaires défavorisés: efficaces !

8 études ont évalué l’impact des politiques adoptées par des établissements scolaires défavorisés dans le cadre de 7 interventions à composantes multiples.

Sur ces 7 interventions, 6 se sont révélées efficaces. Les études ont montré que l’impact portait davantage sur les comportements alimentaires et l’activité physique que sur l’anthropométrie.

Les interventions efficaces présentaient des similitudes :

  • des aliments et boissons répondant aux normes nutritionnelles
  • l’amélioration des cours d’éducation physique et sportive
  • la possibilité de pratiquer une activité physique supplémentaire
  • l’auto-évaluation des établissements
  • l’information des enseignants, des enfants et des parents concernant la nutrition et l’exercice physique.

Parce que ces interventions comprenaient plusieurs composantes, il était donc impossible d’attribuer des éventuels effets positifs à une politique particulière... .

Les données des politiques gouvernementales : des résultats plus mitigés

10 études ont évalué l’impact de politiques gouvernementales à une seule composante portant sur des enfants et/ou adultes défavorisés.

Ces politiques gouvernementales étaient moins efficaces lorsqu’il s’agissait de modifier l’activité physique en lien avec les comportements alimentaires, et seules 2 études examinaient l’anthropométrie.

Trois grands types de politiques ont été étudiés :

  1. Education et information ;
  2. Les aides à l’achat de fruits et légumes ;
  3. La modification des environnements construits.

Les deux premiers types de politiques se sont avérés efficaces chez les enfants défavorisés, mais pas chez les adultes défavorisés. Quant à la modification des environnements construits, elle n’a été efficace ni chez les enfants défavorisés, ni chez les adultes défavorisés. Néanmoins, la prudence est de rigueur, puisque seuls 2-4 études portaient sur chaque type de politique.

L’importance des interventions chez les enfants pour réduire l’obésité

C’est grâce à cette synthèse portant sur des études comparatives, qu’est apparu le plus grand nombre de données de qualité concernant l’efficacité des interventions complètes, englobant à la fois des politiques au niveau des établissements scolaires et des politiques gouvernementales ciblant les élèves défavorisés.

Aucune étude n’a évalué l’impact des politiques ciblant les adultes défavorisés au sein des établissements ou institutions.

Quant aux politiques gouvernementales ciblant les adultes défavorisés, elles se sont toutes avérées inefficaces.

Ces résultats soulignent donc l’importance des interventions ciblant les enfants pour contrecarrer les manifestations négatives liées à l’obésité dans les milieux socio-économiques défavorisés.

Parallèlement, ces études révèlent le manque de connaissances concernant les politiques efficaces parmi les communautés et chez les adultes.

R. Ancilotto
Gouvernement du Cap-Occidental, AFRIQUE DU SUD
Dana Lee Olstad
Université de Calgary, Alberta, CANADA
Olstad DL, Ancilotto R, Teychenne M, Minaker LM, Taber DR, Raine KD, Nykiforuk CIJ, Ball K. Can targeted policies reduce obesity and improve obesity-related behaviours in socioeconomically disadvantaged populations? A systematic review. Obes Rev 2017;18(7):791-807. https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1111/obr.12546 Copyright © [2017, World Obesity Federation]
  1. Galobardes B, et al.. J Epidemiol Community Health 2006;60(1):7-12.
  2. Global strategy on diet, physical activity and health. World Health Organization, 2004.
  3. Giskes V. Obes Rev.2010;11(6): 413-29.
  4. Global, regional, and national comparative risk assessment of 79 behavioural, environmental and occupational, and metabolic risks or clusters of risks 1990–2015 a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study. Lancet. 2016;388(1659- 1724).
  5. Health inequalities: concepts, frameworks and policy. London: Health Development Agency, 2004. Olstad DL, et al. Obes Rev 2016;17(12):1198-217.
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