N° 146 | octobre 2014

Le Gazpacho aide à contrôler l’hypertension artérielle

L’hypertension artérielle pose un problème majeur de santé publique. Source de mortalité et de handicaps multiples, elle touche environ un quart de la population adulte mondiale. Elle résulte d’interactions entre la génétique et des facteurs d’environnement, dont les principaux sont l’alimentation et l’activité physique.

Depuis la publication des études DASH (Dietary Approaches to Stop Hypertension) et DASH Sodium, on sait que les modifications alimentaires sont le principal facteur de mode vie pour contrôler l’HTA. En outre, des preuves cliniques et épidémiologiques ont montré que l’alimentation traditionnelle méditerranéenne représentait aussi un modèle nutritionnel protecteur. Pour simplifier, l’alimentation des personnes à risque ou atteinte d’HTA doit être riche en fruits et légumes et pauvre en sel.

Une équipe de chercheurs espagnols a mené une étude pour savoir si la consommation du Gazpacho, traditionnelle soupe méditerranéenne à base de légumes crus, riches en phytomicronutriments, pouvait réduire la prévalence de l’HTA et les chiffres tensionnels chez des sujets à haut risque cardio vasculaire.

Des composés qui agissent en synergie

Soupe froide espagnole typique, le gazpacho est constitué de 5 principaux légumes : tomates (50%), concombre (15%), poivre vert (10%), oignons (3%) et ail (0.8%). S’y ajoute de l’huile d’olive extra vierge (2%), du vinaigre de vin (2%), un peu de sel (0.8%), de sucre (0.05%) et de l’eau. Ses bénéfices santé sont vraisemblablement liés à sa richesse en composés protecteurs, comme les caroténoïdes (béta carotène principalement), vitamine C et polyphénols, d’autant plus actifs que les légumes sont utilisés crus. On sait qu’ajouter des extraits de tomates à l’alimentation de sujets hypertendus s’associe à une réduction significative de la TA systolique et diastolique; que les extraits d’ail diminuent la pression systolique. L’huile d’olive est associée à un large éventail de bénéfices santé, en particulier cardio vasculaires. Ainsi, les composés du gazpacho pourraient agir en synergie pour améliorer le contrôle de la tension artérielle.

Près de 4000 sujets étudiés

Près de 4000 sujets à haut risque CV ont été sélectionnés parmi les participants de l’étude PREDIMED, étude contrôlée multicentrique d’une durée de 5 ans, analysant l’effet du régime méditerranéen sur la prévention cardio vasculaire primaire. 1626 hommes (âge moyen 66 ans) et 2336 femmes (âge moyen 67.8 ans) ont été inclus. La plupart avaient un surpoids (IMC moyen 29.9). Tous présentaient des facteurs de risques CV (46.4% de diabétiques, 81.8 une HTA, 71% une dyslipidémie, 14.8 un tabagisme actif, 16% un Atcd familial d’évènement CV précoce). Ils ont complété des questionnaires de fréquence de consommation alimentaire, d’activité physique et de score de régime méditerranéen à 14 points.

La quantité de gazpacho consommée a permis de les classer en 3 catégories de consommation: nulle (0g/j), modérée (1 à19g/j) et élevée (plus de 20 g/j). La plupart avait une alimentation de style méditerranéen (consommation élevée de légumes, fruits, céréales, huile d’olive, noix ; modérée de légumineuses, poisson, vin, laitages; faible en viande et pâtisseries). Cependant, le score d’alimentation méditerranéenne était le plus fort dans le groupe à forte consommation de gazpacho.

Une relation inverse entre la quantité de gazpacho consommée et la TA

Sur le plan statistique on a retrouvé une relation inverse entre la quantité quotidienne de gazpacho consommée et la TA. Par rapport aux non consommateurs, le groupe modéré avait une TA systolique réduite de -1.9 mm de Hg et le groupe à forte consommation de -2.6 mm de Hg. Pour la diastolique, les différences étaient respectivement de -1.5 mm Hg et - 1.9 mm Hg. On a calculé qu’une augmentation de 250 g de gazpacho par semaine était associée à une baisse de -0.9 mm Hg de TA systolique et de -0.8 mm Hg de diastolique. Plus spécifiquement, dans le groupe de sujets hypertendus (80% de la population) on a observé une relation inverse entre le niveau de consommation de gazpacho et la TA. Pour la pression systolique, la différence était de -2.3 mm Hg pour le niveau modéré et de -2.5 mm Hg pour le niveau élevé; pour la diastolique elle était respectivement de -1.6 et - 1.9 mm Hg.

Des analyses de régression logistique ont retrouvé une relation inverse entre la consommation de gazpacho et la prévalence de l’HTA. Après ajustement sur des facteurs confondants, la prévalence de l’HTA pour une consommation de 250 g de gazpacho par semaine était réduite de 15% par rapport aux non consommateurs (OR 0.85). Cette différence était encore plus marquée en comparant les forts consommateurs aux non consommateurs avec une réduction de 27% (OR 0.73).

Une soupe de plus en plus populaire

Cette relation inverse entre la consommation de gazpacho et la TA est indépendante de la consommation totale de légumes, ce qui suggère un effet synergique des divers constituants de la soupe sur la TA. En outre, la présence d’huile d’olive accroît la biodisponibilité des polyphénols contenus dans le gazpacho. Cette soupe est devenue de plus en plus populaire dans nos habitudes alimentaires en raison de l’intérêt accordé au régime méditerranéen. Cette étude confirme l’effet bénéfique de ses divers constituants sur la prévention cardio vasculaire. D’autres études randomisées sont évidemment nécessaires pour confirmer que la TA diminue avec l’augmentation de la consommation de cette savoureuse soupe espagnole.

Thierry Gibault
Nutritionniste, endocrinologue, Paris - FRANCE
Medina-Remon et al, Gazpacho consumption is associated with lower blood pressure and reduced hypertension in a high cardiovascular risk cohort. Cross sectional study of the PREDIMED trial. Nutrition, Metabolism and Cardiovascular Diseases (2012)
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