N° 167 | septembre 2016

Programme SNAP, fréquence de préparation de repas et consommation de fruits et légumes : des résultats surprenants

Pour répondre aux taux croissants d’obésité et à d’autres maladies liées à l’alimentation, surtout dans les populations à faibles revenus, le volet éducatif du programme d’aide alimentaire SNAP (Supplemental Nutrition Assistance Program) appelé « SNAP-Ed », s’est récemment recentré sur la nutrition et la prévention de l’obésité au lieu de la lutte contre la faim et l’insécurité alimentaire.

Des relations mitigées entre le programme SNAP et une alimentation de qualité

L’objectif principal du programme d’éducation nutritionnelle et de prévention de l’obésité SNAP-Ed est d’aider les participants à choisir des aliments sains tout en respectant leur budget restreint et en incluant des fruits et légumes frais 1. Encourager à cuisiner à la maison associée à d’autres moyens, est une stratégie clé pour parvenir à ces objectifs. SNAP-Ed propose également un recueil de recettes abordables sur son site web, ainsi que d’autres activités 2.

Les relations entre la participation au programme SNAP et une alimentation de qualité restent mitigées. Si dans quelques cas, on retrouve une alimentation de meilleure qualité 3 ainsi qu’une augmentation de la consommation de fruits et légumes, d’autres études indiquent le contraire 4.

Dans cette étude, nous avons examiné la consommation de fruits et légumes chez les Américains d’âge adulte en fonction de leur participation au programme SNAP et de la fréquence des repas préparés à la maison.

9560 adultes américains ont été évalués dans divers domaines

Nous avons utilisé le module de comportement des consommateurs de l’Enquête Nationale de Santé et de Nutrition NHANES (National Health and Nutrition Examination Survey). Les données ont été recueillies entre 2007-2010. Notre échantillon était composé d’adultes âgés de 20 ans et plus. Ils n’étaient pas diabétiques au moment de l’enquête et les femmes n’étaient pas enceintes (N=9560).

Nous avons évalué la consommation de fruits et légumes au cours des dernières 24 heures de deux manières :

  1.  consommation totale des fruits/légumes crus, frais, congelés, en conserve, séchés ou confits;
  2. fruits/légumes frais seulement, soit crus ou cuits à partir d’un produit frais.

Les pommes de terre et les sauces (comme la sauce tomate) ont été exclues de la catégorie légumes.

Pour les repas cuisinés à maison, nous avons déterminé la fréquence à laquelle le répondant ou une personne de sa famille avait préparé un repas à la maison durant la semaine écoulée. Nous avons classé cette fréquence en faible (0 – 1 fois, N=802), moyenne (2 – 5 fois, N=3704) ou élevée (6 – 7 fois, N=5063).

Le niveau de participation SNAP a été divisé en trois groupes selon l’auto-évaluation de la participation au programme et l’estimation des revenus du ménage :

  1.  bénéficiant d’une aide SNAP;
  2.  ayant des revenus permettant l’accès au programme mais ne bénéficiant pas de cette aide;
  3.  revenus trop élevés pour y participer.

Les autres facteurs d’évaluation incluaient : le sexe, la race/origine ethnique, l’âge, le niveau d’éducation, le statut marital, l’emploi, la taille du foyer et sa sécurité alimentaire. Des analyses multivariées ont été utilisées pour estimer l’association et les interactions entre l’éligibilité SNAP, la fréquence des repas cuisinés à la maison et la consommation de fruits et légumes tout en ajustant pour les facteurs confondants cités précédemment. Le seuil de significativité a été fixé à p<0,05. Si les participants SNAP cuisinent davantage, ils consomment moins de F&L que les non-participants ! 62% des participants SNAP faisaient la cuisine 6-7 fois par semaine, comparés à 46 % des non-participants. Cependant, les participants SNAP consommaient moins de fruits et légumes par rapport aux non-participants, quel que soit le nombre de repas cuisinés. Une haute fréquence de repas préparés à la maison (>6 fois/jour) a été associée à une consommation accrue de légumes frais seulement chez les non-participants au programme SNAP.

Les participants au programme SNAP consommaient moins de fruits et légumes, totaux ou frais, que l’ensemble des non-participants, quels que soient leurs revenus (Figure 1). Une fréquence plus élevée de préparation des repas a été associée à une plus forte consommation de légumes chez les participants SNAP et les non-participants aux faibles revenus. Une fréquence élevée de préparation des repas a été associée à une plus forte consommation de légumes frais seulement chez les non-éligibles.

Importance des prix, périssabilité et facilité de préparation pour stimuler la consommation de fruits et légumes

La consommation de fruits et légumes était globalement faible, surtout chez les participants SNAP. Le prix, la périssabilité et la facilité de préparation des ingrédients étant particulièrement importants pour les participants SNAP, ils devraient être inclus dans les politiques et les programmes visant à encourager une alimentation saine. Ce programme devrait également récompenser les participants qui cuisinent chez eux. Actuellement, dans certains états, les coupons SNAP peuvent être utilisés sur les marchés de producteurs locaux et leur valeur peut même être doublée lors d’achats de fruits et légumes frais produits localement. Etendre l’utilisation de ces coupons aux supermarchés pour l’achat de produits autres que les produits frais (les produits congelés) pourrait augmenter l’usage de ces produits lors de la préparation de repas à la maison.

Dans le Plan Thrifty Food (alimentation abordable), la liste des avantages SNAP pourrait être modifiée pour inclure d’autres fruits et légumes, nécessitant moins de temps et de préparation. SNAP-Ed devrait élargir ses activités à l’enseignement global des compétences culinaires : comment choisir ses aliments dans un magasin d’alimentation, fi xer un budget, planifier des repas, bien conserver les aliments ainsi que des techniques culinaires rapides et simples. Les actions visant à augmenter la consommation de fruits et légumes en réduisant le nombre de repas pris en dehors de la maison devraient tenir compte du contexte et des contraintes lors des choix alimentaires.

Julia A. Wolfson
Département de Politique et de Gestion de la Santé, Ecole Bloomberg de Santé Publique, Université Johns Hopkins, Baltimore, ETATS-UNIS
Sara N. Bleich
Département de Politique et de Gestion de la Santé, Ecole Bloomberg de Santé Publique, Université Johns Hopkins, Baltimore, ETATS-UNIS
  1. Supplemetal Nutrition Assistance Program Education Guidance. 2014. (Accessed June 2, 2014, at http://snap.nal.usda.gov/snap/Guidance/FinalFY2015SNAP-EdGuidance.pdf.)
  2. What’s Cooking? USDA Mixing Bowl. (Accessed October 8, 2014, at http://www.whatscooking.fns.usda.gov/.)
  3. Gregory C, Ver Ploeg M, Andrews M, Coleman-Jensen A. Supplemental Nutrition Assistance Program (SNAP) Participation Leads to Modest Changes in Diet Quality. Economic Research Report 2013;147.
  4. Leung CW, Ding EL, Catalano PJ, Villamor E, Rimm EB, Willett WC. Dietary intake and dietary quality of low-income adults in the Supplemental Nutrition Assistance Program. The American journal of clinical nutrition 2012;96:977-88.
Retour Voir l'article suivant