N° 167 | septembre 2016

Comment faire aimer les F&L aux enfants ? Tout est une question d’étapes

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Comment procéder pour faire aimer les fruits et légumes (F&L) par les enfants et les jeunes ? La question reste entière. On sait que les premières années de vie et l’enfance sont propices aux apprentissages alimentaires qui contribuent au développement des habitudes alimentaires futures. Aussi, il est fondamental de comprendre quand et comment s’acquièrent les habitudes alimentaires favorables à la santé, notamment vis-à-vis des F&L. Plusieurs études nous éclairent sur des actions différenciées aux différentes étapes de la vie.

Le goût pour les F&L se forge dès la petite enfance

Les apprentissages en lien avec les saveurs et arômes des aliments ont lieu dès la grossesse et la lactation, à travers l’exposition aux fl aveurs des aliments ingérés par la mère, qui sont susceptibles de parfumer le liquide amniotique et le lait 1. Au-delà, la période la plus importante pour apprendre à manger des F&L est le début de la diversifi cation alimentaire : l’appréciation des F&L est plus élevée quand ils sont introduits dès l’âge de 5 mois. Offrir des textures variées avant 9 mois entraine moins de refus alimentaires et davantage de F&L après l’âge de 7 ans. Les études soulignent l’importance des expériences alimentaires dans le développement des préférences au cours de la 1ère année jusqu’à 2 ans. A cette période, les enfants découvrent les propriétés sensorielles et nutritionnelles des aliments qui composeront leur régime d’adulte. Le comportement alimentaire à l’âge de 2-3 ans prédit le comportement au début de l’âge adulte. Si les F&L sont introduits tardivement, ils seront moins bien acceptés. Les pratiques alimentaires parentales (offre répétée d’un aliment, style éducatif : ne pas forcer l’enfant mais faire goûter) sont susceptibles de renforcer ces apprentissages 2.

Comment rendre le produit familier ?

L’exposition régulière des enfants aux F&L est fondamentale. Après un refus, 7 à 8 présentations peuvent être nécessaires pour rendre le produit familier et acceptable. Les travaux de Wadhera confi rment que l’exposition des enfants de moins de 2 ans aux légumes augmente leur goût et leur consommation 3. Une simple exposition est suffi sante pour les légumes non amers à tout âge. Par contre au-delà de l’âge de 2 ans, un apprentissage par exposition répétée associée à un conditionnement (association de la nourriture avec une attitude et un effet positifs) est nécessaire pour les légumes amers. On peut proposer de masquer l’amertume par le sel ou par le sucre pour de petites portions pour l’apprentissage, ainsi une plus grande acceptabilité est constatée lorsque la portion de légumes est présentée de façon naturelle.

L’important : communiquer sous toutes les formes

On dit souvent que les enfants sont peu sensibles aux messages santé visant à valoriser les F&L et fort sensibles aux messages véhiculés dans leur proche environnement. Pour vérifi er cela, Sharps et Robinson ont réalisé une étude expérimentale auprès de 143 enfants de 6 à 11 ans dans le N-O de l’Angleterre 4. L’échantillon a été divisé en 3 groupes : un groupe contrôle, un groupe bénéfi ciant de messages santé et un groupe soumis à des messages contenant des normes sociales. Il n’a pas été constaté de différences signifi catives de comportements selon le type de message, face au groupe contrôle ; pas de différences selon l’âge, le genre, le niveau de BMI. Dans les deux cas, la consommation de F&L était plus importante : 75g et 65g vs 50g. L’important est donc de communiquer.

Pour l’adolescent une forte implication est nécessaire

Dispenser un enseignement classique pour augmenter la consommation de F&L est peu effi cace pour les adolescents. Si l’état des connaissances est amélioré, attitudes et comportements restent limités. Faut-il alors « révolutionner » le contenu et la forme de l’enseignement ? C’est ce que laisse entendre une étude réalisée aux USA sur 2255 élèves de 13 à 20 ans où un programme multiforme intégré (dit HealthCorps) a été appliqué pendant une année académique 5. Ce programme inclut des leçons classiques, mais aussi des conseils de bien-être, des cours sur la résilience mentale, des cours de fi tness ; ces enseignements sont complétés par des concours culinaires, des festivals thématiques, des activités de recherche (enquêtes, photos, courts métrages). Autant d’activités ludiques et engageantes. Au-delà de l’amélioration des connaissances, les comportements se sont modifi és de façon signifi cative : la consommation de F&L a augmenté, par ailleurs elle s’est accompagnée d’une baisse de la consommation de boissons sucrées et d’aliments énergétiquement denses.

Des actions graduelles et bien différenciées selon l’âge

Aimer tous les F&L n’est pas « naturel » ; les faire aimer exige des actions graduelles et bien différenciées selon l’âge de l’enfant. L’essentiel est de les rendre familiers dans un registre positif ; la forme d’apprentissage et d’acceptabilité est spécifi que à chaque étape d’une jeune vie.

Martine Padilla
Centre International de Hautes Etudes Agronomiques Méditerranéennes, Institut Agronomique Méditerranéen de Montpellier (CIHEAM-IAM), FRANCE
  1. Rigal N et Nicklaus S (2015): L’alimentation à découvert, Partie I – Le mangeur au centre de l’alimentation, chapitre 6 : L’alimentation de l’enfant et de l’adolescent, CNRS Editions, 328 p., A découvert, 978-2-271-08300-5
  2. Caton SJ, Blundell P, Ahern SM, et al. (2014): Learning to eat vegetables in early life: the role of timing, age and individual eating traits. Plos One. 9: e97609.
  3. Wadhera D, Capaldi Phillips ED, Wilkie LM (2015): Teaching children to like and eat vegetables. Appetite 93: 75–84.
  4. Sharps M, Robinson E (2016): Encouraging children to eat more fruit and vegetables: Health vs. descriptive social norm-based messages. Appetite 100: 18-25.
  5. Heo M, Irvin E, Ostrovsky N, Isasi C, Blank AE, Lounsbury DW, Fredericks L, Yom T, Ginsberg M, Hayes S, Wylie-Rosett J (2016): Behaviors and Knowledge of HealthCorps New York City High School Students: Nutrition, Mental Health, and Physical Activity. J Sch Health 86: 84-95.
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