La biodiversité alimentaire peut-elle transformer nos régimes et systèmes alimentaires ?
Édito
Malgré la remarquable diversité des espèces comestibles disponibles dans le monde, les régimes alimentaires modernes sont devenus de plus en plus homogènes.
Cette uniformisation de notre alimentation contribue non seulement à l’érosion de la biodiversité, mais réduit également la diversité des régimes alimentaires et la résilience des systèmes alimentaires.
La biodiversité alimentaire, c’est-à-dire la diversité des plantes, des animaux et des autres espèces consommés comme aliments, est de plus en plus reconnue comme un levier commun permettant d’améliorer à la fois la santé humaine et celle de la planète. Au-delà de la préservation des écosystèmes, accroître la diversité des espèces présentes dans nos assiettes peut améliorer la qualité de l’alimentation, renforcer la sécurité alimentaire et nutritionnelle et favoriser des systèmes agricoles plus durables (Lachat et al., 2018; Beal et al., 2021). La réalisation de cette ambition suppose toutefois de mieux mesurer, préserver et promouvoir la biodiversité alimentaire.
Ce numéro d’Equation Nutrition explore ces trois dimensions complémentaires.
Le premier article, d’Aceves-Martins et al. (2025), montre que la richesse en espèces du régime alimentaire (dietary species richness, DSR) peut être mesurée de manière fiable à l’aide de relevés alimentaires sur quatre jours. À partir des données d’une enquête nationale britannique, les auteurs montrent qu’une plus grande biodiversité alimentaire est associée à une meilleure qualité de l’alimentation et à un meilleur respect des recommandations concernant les fibres, les fruits et légumes et le poisson, ce qui conforte l’utilisation de la DSR comme indicateur pratique d’une alimentation saine et durable. La DSR est de plus en plus reconnue comme une méthodologie essentielle pour établir des liens entre les régimes alimentaires, les paysages et la santé (Blundo-Canto et al., 2020). L’étude d’Aceves-Martins et al. (2025) renforce à la fois cette méthode et les données probantes dont nous avons besoin pour transformer les systèmes alimentaires en faveur de la biodiversité.
Le deuxième article, de Knez et al. (2023), examine le potentiel inexploité des espèces végétales sous-utilisées et formule 13 recommandations axées sur la demande et la sensibilisation des consommateurs, les politiques publiques et l’évolution des modes de production. Souvent négligées par les systèmes alimentaires modernes, ces cultures traditionnelles présentent une forte valeur nutritionnelle tout en contribuant à la sécurité alimentaire, à la préservation de la biodiversité, à la résilience climatique et aux moyens de subsistance locaux. Les auteurs appellent à renforcer la recherche, la commercialisation et le soutien des politiques publiques afin de réintroduire ces espèces dans nos assiettes.
Enfin, Ngigi et al. (2023) illustrent la manière dont cette transition peut être mise en œuvre concrètement. Les auteurs établissent une distinction entre les plantes alimentaires négligées et les plantes sous-utilisées, l’enjeu étant de comprendre comment ces plantes sont cultivées et ancrées dans les cultures locales, afin que les chercheurs et les décideurs puissent les réintégrer dans les systèmes alimentaires. En se concentrant sur le Kenya et l’Éthiopie, ils identifient des fruits, légumes et légumineuses traditionnels prioritaires qui conjuguent des avantages nutritionnels, économiques et environnementaux, tout en soulignant l’importance de renforcer les chaînes de valeur, d’améliorer les données sur la composition des aliments et de favoriser l’autonomisation des femmes afin d’accélérer leur adoption.
Pris ensemble, ces articles nous rappellent que la biodiversité alimentaire n’est plus seulement un enjeu de conservation. Elle devient une composante mesurable, susceptible de donner lieu à des actions concrètes et pertinentes pour les politiques publiques en faveur de régimes alimentaires plus sains et plus durables. Diversifier les espèces que nous cultivons et consommons pourrait, à terme, constituer l’une des voies les plus prometteuses pour lutter simultanément contre la malnutrition et la perte de biodiversité, tout en améliorant la durabilité de nos systèmes alimentaires.
Ramya Ambikapathi est titulaire d’un doctorat en nutrition humaine et d’un master en santé publique (MHS) spécialisé dans les maladies mondiales et l’épidémiologie, obtenus à l’université John Hokins. Ses travaux de recherche antérieurs ont porté sur la manière dont les environnements alimentaires, tant personnels qu’externes, influencent les habitudes alimentaires, en recourant à des méthodes mixtes et en mettant fortement l’accent sur le genre et l’équité. Ses intérêts académiques incluent l’étude des dynamiques de genre dans les systèmes alimentaires sous un angle multidisciplinaire, ainsi que le rôle des environnements alimentaires informels dans la nutrition, les moyens de subsistance et la résilience.
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Également à découvrir dans ce numéro :
- Notre infographie illustre le concept de biodiversité alimentaire et les axes pour l’accroitre;
- Avis d’expert, deux questions à Céline Termote;
- En pratique : 5 conseils pour améliorer la biodiversité alimentaire de ses repas ;
- En bref, notre mini veille de l’été 2026 sur l’alimentation, la santé, la durabilité et les fruits et légumes.