N° 196 | avril 2019

Les complexités de l’évolution du système alimentaire : la consommation de légumes examinée sur le long terme

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Le système alimentaire évolue en permanence. Chaque récolte s’accompagne de nouveaux défis, de nouveaux tarifs et de nouvelles opportunités pour les agriculteurs. De la même manière, les goûts, habitudes, pratiques et préférences des consommateurs se modifient au fil du temps. L’alimentation et la production changent continuellement. Par exemple, le temps (quand et comment) consacré aux achats, à cuisiner et à manger a connu une transformation radicale au cours des cent dernières années 1,2. De nouvelles tendances alimentaires émergent chaque année : certaines s’ancrent dans la culture, mais la plupart
disparaissent... Les méthodes agricoles et de transformation des aliments ont rapidement progressé. Grâce à la révolution verte et aux progrès en logistique et en fabrication, le système alimentaire fournit actuellement des aliments sûrs et nutritifs à la majorité de la population.

Evolution du système alimentaire en chiffres

En 2003 le professeur Derek Oddy a décrit le développement rapide, les difficultés et les changements du système alimentaire britannique sur une période de 100 ans, avec des évolutions spectaculaires de la production de légumes (quoi, où, combien) ainsi que des quantités consommées ³. Au 17e siècle, l’alimentation des paysans comportait de faibles quantités de légumes, avec une portion quotidienne de 56 g de pois (légume le plus répandu à cette époque). L’alimentation était peu variée et on connaissait périodiquement la faim. La quantité et la qualité des légumes ont commencé à progresser à partir des années 1890 : en 1930, on en consommait entre 45 g et 142 g par jour, avec un plus grand choix de variétés. Durant l’après guerre (années 1950-2000), la consommation de légumes s’est
établie entre 157 g et 185 g par jour, avec une large diversité, sous forme congelée et de conserves - options pratiques pour le consommateur. Si après l’an 2000, cette consommation a légèrement reculé, elle reste supérieure aux niveaux précédents - avec une hausse de 330 % en 300 ans.

Évolution vers une alimentation saine et durable

À l’avenir, les changements du système alimentaire devront lutter contre l’augmentation de l’obésité - pour préserver la santé et orienter la population mondiale vers une alimentation durable - pour préserver la planète. Une partie de la solution : l’augmentation de la consommation de légumes, le rapport EAT-Lancet Food in the Anthropocene préconisant 300 g de légumes par jour 4. Reste à savoir comment faire évoluer la consommation dans ce sens. Parmi les possibilités : un changement générationnel continu des habitudes alimentaires, l’amélioration des revenus et la lutte contre les inégalités. Reynolds et Bridle ont examiné l’évolution des régimes alimentaires au fil de la vie et les différences d’émissions de gaz à effet de serre (EGES) liées à leur composition sur différentes générations 5. Ils ont calculé les EGES liées à la consommation de certains aliments par les ménages selon l’âge de la personne principale en charge. Ainsi, les données ont été classées par « générations » de 10 ans de 1910 à 2000, les régimes alimentaires étant décrits à des intervalles de cinq ans. Résultat: les différences dans les habitudes alimentaires générationnelles (consommation de viande, produits laitiers et légumes) aboutissent à des bilans d’EGES différents. La part des F&L dans l’alimentation augmente à chaque génération. Il faut accorder une attention particulière aux modèles alimentaires des catégories de revenus les plus riches et les plus pauvres. Il serait possible de définir des régimes sains, émettant moins de GES pour tous les revenus 6. De manière générale, les changements nécessaires sont similaires pour toutes les catégories (réduction des produits d’origine animale, augmentation des aliments végétaux), mais varient en termes d’aliments spécifiques par catégorie de revenus. Leur amélioration et la lutte contre les inégalités alimentaires contribueront également à un avenir plus sain et plus durable.

Christian Reynolds
Chercheur en échange de connaissances (projet N8 AgriFood, thème 3 : Amélioration de la Nutrition et du Comportement des Consommateurs) Département de géographie, faculté de sciences sociales, Université de Sheffield, ROYAUME-UNI
  1. Warde A, et al. Changes in the practice of eating: a comparative analysis of time-use. Acta sociologica. 2007 Dec;50(4):363-85.
  2. Gatley A, et al. A qualitative, cross cultural examination of attitudes and behaviour in relation to cooking habits in France and Britain. Appetite. 2014 Apr 1;75:71-81.
  3. Oddy DJ. From plain fare to fusion food: British diet from the 1890s to the 1990s. Boydell Press, 2003.
  4. Willett W, et al. Food in the Anthropocene: the EAT–Lancet Commission on healthy diets from sustainable food systems. The Lancet. 2019 Feb 2;393(10170):447-92.
  5. Reynolds C, Bridle S, The greenhouse gas emission impacts of generational and temporal change on the UK diet November 2018, Conference: Livestock, Environment And People (LEAP) Conference, Oxford
  6. Reynolds CJ, et al. Healthy and sustainable diets that meet greenhouse gas emission reduction targets and are affordable for different income groups in the UK. Public Health nutrition. 2019 Feb 20:1-5.
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