N° 196 | avril 2019

Fruits et légumes et santé : des données plus précises

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Augmenter la consommation de F&L est une stratégie efficace pour réduire l’incidence des maladies chroniques, mais le niveau de preuve de cet effet protecteur n’est pas encore très clair. Une étude a tenté de préciser ce paramètre à partir de méta analyses portant sur la consommation de F&L et la santé. Sur 570 études répertoriées, les auteurs en ont retenu 60.

Consommation de fruits et santé

Les méta-analyses sur les maladies pancréatiques, les AVC, le cancer colo rectal, du poumon, du sein et de l’estomac, la dépression, les MCV et coronaires, l’HTA et le diabète de type 2, rapportent une association significative entre réduction du risque et consommation élevée de fruits.

Parmi celles analysant les données dose-réponse, une augmentation de la consommation de fruits est linéairement associée à une diminution du risque d’AVC, de cancer de l’estomac et du poumon, de mortalité globale, de maladie coronaire, de diabète type 2 et d’HTA.

Certaines études rapportent des facteurs confondants: sexe, tabac, IMC, alcool, éducation, localisation géographique. La plupart de ces données concordent avec les résultats d’autres études.

Consommation de légumes et santé

Les méta-analyses sur le cancer du foie, du poumon et colo rectal, les MCV et coronaires, l’HTA, les AVC, les maladies pancréatiques, les fractures de hanche, la cataracte liée à l’âge, la dépression, rapportent une association significative entre une réduction du risque et les plus fortes consommations de légumes par rapport aux plus faibles.

Pour les études dose-réponse, une augmentation de la consommation de légumes est linéairement associée à une réduction du risque de cancer pulmonaire et colorectal, d’AVC, de mortalité globale et cardiovasculaire, de maladie coronaire, de diabète type 2 avec une certaine hétérogénéité des résultats (cancer du foie, HTA, mortalité globale et CV). Pour certaines pathologies, il existe également des facteurs confondants: sexe ou localisation géographique.

Niveau de preuve des effets protecteurs des F&L

La preuve la plus forte liée à la consommation de F&L est une réduction probable des MCV et de la cataracte (seulement pour les légumes). Parmi les autres associations, une forte consommation de F&L est liée à un plus faible risque de cancer du colon, de dépression et de maladie pancréatique, alors que seuls les légumes sont associés à une réduction du risque de cancer rectal, d’AVC et de fracture de hanche. Le niveau de preuve des effets protecteurs des F&L dans
cette étude est en accord avec les recommandations de l’AHA (Association américaine du coeur), de l’ACC (Collège américain de cardiologie) et de l’ESC (Société européenne de cardiologie) visant à réduire le risque cardiovasculaire.

Mécanismes en jeu: l’effet synergique des nutriments et micronutriments des F&L

Les mécanismes en jeu passent par l’effet synergique des nutriments et micronutriments des F&L, comme les vitamines C, E, ß carotène et autres composés tels les polyphénols, glucosinolates, caroténoïdes, qui jouent un rôle antioxydant important et protègent la fonction endothéliale en réduisant l’oxydation des LDL. Les polyphénols favorisent la baisse de la pression artérielle et inhibent l’agrégation plaquettaire. Il est démontré qu’une alimentation riche en F&L, par sa forte capacité antioxydante est corrélée à une baisse de l’inflammation de bas grade (réduction de la CRP-us).

En conclusion, la consommation de F&L démontre bien des bénéfices importants sur la santé humaine. D’autres études sont nécessaires pour préciser les effets confondants du sexe et en particulier de la situation géographique.

Global Burden of Disease (GBD) de 2017 : quelles données ?

Pour préciser ces incertitudes liées à la géographie, une autre étude a évalué la consommation alimentaire chez des adultes de plus de 25 ans, dans 195 pays entre 1990 et 2017, pour quantifier l’impact d’une consommation insuffisante de certains aliments sur la mortalité par maladies non transmissibles et la morbidité. A partir du GBD de 2017, les auteurs ont collecté des données alimentaires géographiques portant sur la distribution selon les populations de 15 aliments et nutriments. Ils ont quantifié l’impact global des mauvaises habitudes alimentaires sur la mortalité et ont évalué les relations entre alimentation et développement socio économique.

Les 15 facteurs de risque alimentaires selon les critères du GBD étaient une alimentation :

  • pauvre en fruits, légumes, légumineuses, céréales complètes, noix et graines, lait
  • riche en viande rouge, viande transformée, boissons sucrées,
  • pauvre en fibres, calcium, oméga 3 d’origine marine, acides gras poly insaturés,
  • riche en graisses trans, et en sodium.

Globalement, en 2017, la consommation de presque tous les aliments et nutriments sains était sous optimale. Ecarts les plus importants: noix et graines, lait, céréales complètes. En parallèle, la consommation d’aliments malsains était excessive (boissons sucrées, viande transformée, viande rouge, sodium). 11 millions de morts et 255 millions «d’années perdues par incapacité» (disability-adjusted life year - DALYs / OMS) étaient attribuables à des facteurs de risque alimentaires. Une forte consommation de sodium, un faible apport de céréales complètes et de fruits étaient les principaux. Les maladies CV étaient la première cause de mortalité et d’invalidité, suivies par les cancers et le diabète type 2. Les plus forts taux de mortalité et d’invalidité liés à l’alimentation étaient observés en Océanie; les plus
faibles, en Asie Pacifique à hauts revenus et en Australie.
Ces données apportent une vision concrète des effets sur la santé d’une mauvaise alimentation à l’échelle de populations. L’amélioration de l’alimentation pourrait potentiellement prévenir une mort sur cinq. Ces résultats soulignent l’urgence d’efforts coordonnés pour améliorer l’alimentation à l’échelle mondiale.

Thierry Gibault
Nutritionniste, endocrinologue, Paris - FRANCE
D’après : • Angelino D. et al. Internation Journal of Food Sciences and Nutrition. https://doi.org/10.1080/09637486.2019.1571021 • GBD 2017 Diet Collaborators, https://doi.org/ 10.1016/50140-6736(19)30041-8
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