N° 196 | avril 2019

Promotion des aliments sains : un modèle théorique prometteur !

L’alimentation actuelle des enfants et des adolescents est de médiocre qualité et ne respecte pas les standards internationaux 1,2. Voilà pourquoi nous sommes confrontés à une épidémie mondiale d’obésité infantile et de maladies étroitement liées à l’alimentation, qui sont pourtant relativement faciles à prévenir. Si l’on considère que les mauvaises habitudes alimentaires prises pendant l’enfance se prolongent à l’adolescence et persistent à l’âge adulte, il est très probable que cette tendance s’accélère dans les décennies à venir ³.
Par conséquent, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré la prévention et le traitement de l’obésité infantile comme l’une de ses priorités absolues 4.

Une voie prometteuse pour accroître la consommation de F&L

Un facteur important expliquant les mauvaises pratiques alimentaires des populations, en particulier des enfants, est le marketing alimentaire. L’accumulation de la publicité pour des aliments à forte densité énergétique stimule leur consommation aux dépends d’aliments plus sains et va à l’encontre des recommandations
répétées des professionnels de santé 5.

Compte tenu de l’efficacité et du succès de ces techniques de promotion des aliments «malsains», il semble prometteur d’étudier «si, comment, quand et pour qui» les techniques de promotion d’aliments sains peuvent augmenter la valeur renforcée d’aliments comme les F&L. Une telle publicité pourrait entraîner une hausse de leur consommation chez les enfants 6,7.

Pour parvenir à un modèle global expliquant et prédisant l’efficacité potentielle de la promotion des aliments sains, une vaste synthèse des modèles théoriques existants issus de différentes disciplines a été réalisée ainsi qu’une analyse des données empiriques récentes.

Les cinq hypothèses fondamentales du modèle de promotion des F&L

Le modèle théorique proposé réunit un ensemble éclectique de théories, issues de divers domaines de recherche ayant étudié le comportement alimentaire sous différents angles, pendant plusieurs décennies (psychologie du consommateur, psychologie du développement, biologie, neuroscience, sociologie, nutrition, économie comportementale et sciences de la communication). L’intégration des constatations de domaines aussi différents offre un éclairage déterminant sur la manière de stimuler la consommation de F&L chez les enfants, connaissances qui peuvent être utilisées pour la recherche et la pratique dans une variété de disciplines.

Les cinq hypothèses fondamentales du modèle mis au point (Figure 1) sont que :

  1. en attirant davantage l’attention sur les F&L et en augmentant leur valeur perçue (aimer et vouloir) par la promotion alimentaire,
  2. on observe une réciprocité sur le comportement alimentaire, qui, avec le temps,
  3. conduit à une normalisation de la consommation de F&L (formation d’habitudes) et, in fine,
  4. à une amélioration de l’état de santé, reflétée par des progrès physiologiques (niveaux d’inflammation, lipides sanguins, pression artérielle, sensibilité à l’insuline, activité neurologique, poids) et psychologiques (grignotages compulsifs, sensation de faim, bien-être général).
  5. Par ailleurs, des facteurs individuels et sociétaux (impulsivité, IMC, sexe, statut socio-économique - SSE, alimentation capricieuse, style alimentaire parental) déterminent la sensibilité à la promotion des aliments.

Ce modèle de promotion des aliments sains explique certaines constatations empiriques récentes et encourage de nouvelles recherches afin d’améliorer la qualité de l’alimentation chez les enfants.

Frans Folkvord
Institut des sciences comportementales, Université de Radboud Nijmegen, Département des sciences de communication de l’Université d’Amsterdam, PAYS-BAS
  1. Karnik, S., & Kanekar, A. (2012). Childhood obesity: a global public health crisis. Int J Prev Med, 3(1), 1-7.
  2. Willett, W., et al. (2019). Food in the Anthropocene: the EAT–Lancet Commission on healthy diets from sustainable food systems. The Lancet, 393(10170), 447-492.
  3. Lobstein, T., et al. (2015). Child and adolescent obesity: part of a bigger picture. The Lancet, 385(9986), 2510-2520.
  4. https://www.who.int/dietphysicalactivity/childhood/en/
  5. Birch, L. L. (1999). Development of food preferences. Annual review of nutrition, 19(1), 41-62.
  6. Folkvord, F., et al. (2016). Food advertising and eating behavior in children. Current Opinion in Behavioral Sciences, 9, 26-31.
  7. Hanks, A. S., Just, D. R., & Brumberg, A. (2016). Marketing vegetables in elementary school cafeterias to increase uptake. Pediatrics, 138(2), e20151720.
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