N° 178 | septembre 2017

Les insomniaques ne mangent pas assez de légumes

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Les relations entre le sommeil et la santé sont encore mal connues et ont été peu étudiées. Cependant, une littérature de plus en plus abondante suggère que les individus souffrant d’insomnie sont à plus haut risque de pathologies comme le syndrome métabolique, l’hypertension artérielle, l’infarctus du myocarde et le diabète. Une équipe de chercheurs de Boston vient de publier les résultats d’une étude de population à large échelle pour préciser l’impact potentiel du manque de sommeil sur les habitudes alimentaires.

L’insomnie est un trouble fréquent qui touche 10 à 30% de la population américaine. Elle se caractérise par des difficultés d’endormissement, de maintien du sommeil, des réveils matinaux trop précoces et un sommeil non réparateur.

L’insomnie est associée à un risque élevé de mortalité

Dans une précédente étude prospective à grande échelle, issue de l’étude de suivi des professionnels de santé (HPFS), les auteurs avaient déjà mis en évidence que l’insomnie, et plus particulièrement la difficulté d’endormissement et un sommeil non réparateur, était associée à un risque élevé de mortalité. Ils avaient émis l’hypothèse que ces individus consommaient une plus grande quantité d’énergie et avaient une alimentation de mauvaise qualité dont on sait qu’elle prédispose à certains problèmes de santé. Hypothèse qui avait été validée par quelques petites études cliniques. D’où leur choix d’explorer cette possible explication dans une étude de cohorte à grande échelle.

L’alimentation de 15 273 hommes étudiée

Plutôt que de raisonner en terme de macro et micronutriments, ils ont considéré la qualité globale de l’alimentation à l’aide d’un score AHEI (Alternative Healthy Eating Index). Ils ont analysé si par rapport aux autres, les individus insomniaques avaient une plus forte consommation énergétique et une alimentation de moindre qualité - à partir du score AHEI 2010 - à partir de la population de l’étude HPFS des professionnels de santé initiée en 1986 sur plus de 51 000 hommes. Le suivi médical a été fait par mail tous les 2 ans et une évaluation nutritionnelle collectée tous les 4 ans à partir d’un questionnaire de fréquence de consommation alimentaire. Enfin, en 2004, le questionnaire a inclus des données sur l’insomnie. Après exclusion selon divers critères, 15 273 hommes ont été retenus pour l’analyse.

Apports caloriques et qualité de l’alimentation

L’apport alimentaire a été évalué en 2002 et 2006 à l’aide d’un questionnaire validé semi quantitatif à 9 catégories possibles pour chaque aliment étudié et l’apport énergétique total a été calculé.

Pour apprécier la qualité alimentaire le score AHEI-2010 a été utilisé en 2002 et 2006. Ce score rassemblait les aliments et nutriments dont les études avaient confirmé l’impact sur des pathologies chroniques et la mortalité.

Il comportait 11 composants :

Noix et légumineuses, viande rouge et transformée, acides gras trans, acides gras oméga 3, graisses polyinsaturées, légumes, fruits, céréales complètes, boissons sucrées et jus de fruits, sodium et alcool.

Pour 4 aliments (viande rouge et transformée, graisses trans, boissons sucrées et jus de fruits, sodium) un score élevé était associé à une faible consommation. Pour l’alcool à une consommation modérée et pour les autres (dont les F&L) à une consommation élevée.

25% d’insomniaques

Les questions sur l’insomnie exploraient 4 facettes :

  1. la difficulté d’endormissement,
  2. les réveils nocturnes,
  3. les réveils trop précoces sans pouvoir se rendormir,
  4. la sensation de sommeil non réparateur.

Etaient considérés comme probablement insomniaques les hommes qui rapportaient un sommeil non réparateur associé à au moins 1 des 3 des autres critères.

Sur les 15 273 sujets 25% présentaient une insomnie probable (3816).

Des apports énergétiques plus élevés et une faible consommation de légumes

Comparés aux autres les sujets insomniaques avaient des apports énergétiques significativement plus élevés (pouvant aller jusqu’à 314 kcal). Si globalement le score AHEI n’était pas plus faible, en revanche l’insomnie était associée à une faible consommation de légumes, de graisses trans et de sodium. De plus, les sujets qui étaient à la fois insomniaques et dépressifs avaient les apports énergétiques les plus élevés (suivis par les sujets uniquement insomniaques) et le score de qualité alimentaire le plus faible.

Des mécanismes mal connus

Ces résultats pourraient refléter l’effet spécifique de l’insomnie sur la prise calorique et sont cohérents avec ceux d’autres études. Quant aux mécanismes potentiels du manque de sommeil, ils sont encore mal connus (altération des hormones de l’appétit, comme la ghréline et la leptine, motivation hédonique, le stress pouvant conduire à l’attirance pour des aliments de forte densité énergétique...).

Quoiqu’il en soit cette étude à large échelle montre que l’insomnie peut avoir un impact défavorable sur l’alimentation, en particulier une faible consommation de légumes, nuisible à la santé.

Thierry Gibault
Nutritionniste, endocrinologue, Paris - FRANCE
F.W Cheng et al, Am J Clin Nutr 2016;104:462-9, Probable insomnia is associated with future total energy intake and diet quality in men.
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