N° 150 | février 2015

Mesurez le potassium urinaire de vos patients pour évaluer facilement la qualité de leur alimentation

De mauvaises habitudes alimentaires contribuent fortement à la survenue des maladies cardio vasculaires dans les pays développés. De nombreuses études ont démontré l’effet protecteur d’une alimentation saine sur la mortalité et la morbidité. Elle réduit la mortalité coronarienne, la pression artérielle et est associée à un IMC plus faible. En revanche une alimentation saine n’est pas toujours facile à évaluer.... D’où l’intérêt de bio marqueurs fi ables facile à utiliser

Les recommandations alimentaires américaines privilégient depuis 2005 une alimentation comportant des fruits et légumes, des céréales complètes, des produits laitiers peu gras, de la volaille et du poisson ainsi qu’un peu de vin. Objectif de ces recommandations: favoriser un bon état de santé et réduire le risque de maladie chronique. Malgré cela près de 80% de la population américaine ne suit pas ces recommandations. Ainsi, l’obésité est devenue une véritable épidémie. Une mesure efficace serait d’identifier facilement les individus à risque pour aider les professionnels de santé à leur conseiller des stratégies adaptées et à améliorer leurs habitudes alimentaires.

La mesure de l’excrétion urinaire de potassium (K)

On connait des méthodes comme les questionnaires de fréquence de consommation alimentaires, les rappels de 24 heures ou les carnets alimentaires.... Ces méthodes ayant des limites, on cherche actuellement à évaluer des bio marqueurs de la consommation alimentaire faciles à utiliser pour les praticiens. L’un des plus puissants est la mesure de l’excrétion urinaire de potassium (K) . C’est un test peu couteux, facile à réaliser et fortement corrélé aux apports en potassium alimentaire. Ce dernier est principalement présent dans les légumes verts à feuilles, les fruits, les légumes racines, et de nombreux aliments et boissons qui participent à une alimentation saine. Une célèbre étude de prévention alimentaire de l’hypertension artérielle (étude DASH) a montré les effets bénéfiques d’une alimentation riche en potassium. En définitive, un simple dosage du potassium urinaire sur 24 h a été identifié comme un prédicteur significatif de maladies cardio vasculaires et de mortalité toute cause.

220 patients sélectionnés pour une étude canadienne

Une équipe canadienne a réalisé une étude pour affiner les données sur ce bio marqueur d’alimentation saine. 220 patients, âgés de 18 à 50 ans, hospitalisés au Kidney Stone Center de l’hôpital St Michael de Toronto pour des calculs rénaux, ont été sélectionnés. Un dosage des urines de 24 heures a été réalisé pour mesurer leur excrétion urinaire de potassium. Ils ont complété un questionnaire de fréquence de consommation alimentaire afi n d’établir leur score des d’aliments recommandés (RFS: recommended foods score) qui représente un index de la qualité globale de l’alimentation. Leur pression artérielle, fréquence cardiaque, poids et taille ont été mesurés.

Le seuil critique de potassium urinaire : 60 mmol/j pour les hommes, 41 mmol/j pour les femmes.

L’excrétion urinaire de potassium des 24 heures a été significativement et positivement corrélée avec la consommation des principaux aliments recommandés, comme les légumes, les fruits, les céréales complètes, les produits laitiers allégés, le poisson, la volaille et le vin. Cette association était négative avec les aliments habituellement déconseillés, comme la viande rouge, les produits de restauration rapide et les boissons fortement énergétiques. Le potassium urinaire était également corrélé au score d’alimentation recommandée (RFS) (r = 0.226; p<0.001).

En utilisant la technique des courbes ROC, les auteurs ont déterminé le seuil d’excrétion urinaire de potassium en dessous duquel on pouvait considérer les sujets comme ayant une alimentation de mauvaise qualité nutritionnelle. Ce seuil était de 60 mmol/j pour les hommes et de 41 mmol/j pour les femmes.

Autre donnée intéressante une excrétion urinaire élevée de potassium était inversement associée à l’IMC, la pression artérielle diastolique et la fréquence cardiaque (après contrôle des facteurs de confusion).

Cette étude suggère qu’une simple mesure de l’excrétion urinaire de potassium sur 24 heures représente une mesure cliniquement validée, peu couteuse, pour évaluer la qualité globale de l’alimentation chez les patients. Elle peut aider les praticiens à donner des conseils alimentaires aux patients à risque et à suivre leur adhésion aux recommandations délivrées.

Thierry Gibault
Nutritionniste, endocrinologue, Paris - FRANCE
Mente A. et al, urinary potassium is a clinically useful test to detect a poor quality diet, The journal of nutrition, Feb 11, 2009
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