N° 122 | juillet 2012

Intérêt de consommer des fruits et légumes : actualités européennes via EPIC

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Édito

“Des Nouvelles d’ EPIC”

L’enquête européenne prospective sur le Cancer et la Nutrition (EPIC : European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition) est une étude de cohorte prospective multicentrique. Son but est d’examiner le rôle de l’alimentation, du mode de vie, de la génétique et des facteurs métaboliques dans le développement du cancer et d’autres maladies chroniques. Elle a débuté en 1992, avec le recrutement de plus d’un demi-million de personnes issues de 10 pays Européens et la collecte de données précises concernant le mode de vie, l’état de santé et d’autres mesures anthropométriques. Des échantillons sanguins ont été prélevés et stockés, en vue d’analyser ultérieurement les caractéristiques métaboliques et génétiques. Depuis 2009, on a diagnostiqué chez les participants EPIC plus de 63 000 cas de cancer, environ 14 000 cas de diabète et 12 000 cas d’infarctus du myocarde.

EPIC a contribué à améliorer les connaissances scientifiques sur les effets de la consommation de fruits, légumes et céréales sur la santé. Au cours de la dernière décennie, EPIC a donné lieu à plus de 400 articles spécialisés dans des revues scientifiques. Une grande partie de ces publications sont le fruit des recherches effectuées sur les relations entre, d’une part la consommation de fruits et légumes, les régimes riches en végétaux (comme le régime Méditerranéen) ou les nutriments issus de ces aliments (comme les fibres) et, d’’autre part, le risque de développer une maladie chronique.

Dans ce nouveau numéro, plusieurs articles récents traitant de l’étude EPIC examinent le lien entre la consommation de fruits et légumes et certains états de santé. Les données de la branche italienne d’EPIC, une population méditerranéenne qui a typiquement l’habitude de consommer une grande variété de végétaux, ont démontré que la consommation de végétaux s’associait à une diminution du risque de développer un cancer du sein. Les résultats de l’étude EPIC-PANACEA, portant sur plus de 373 803 participants EPIC, ont montré que, si une consommation suffisante de fruits et légumes n’était pas associée à une perte de poids, en revanche, une consommation élevée de fruits et légumes s’associait à un gain de poids plus faible chez les personnes qui avaient arrêté de fumer par la suite. Enfin, l’étude EPIC-DiOGenes a montré que la consommation de fruits, surtout lorsque celle-ci s’intégrait à des habitudes alimentaires saines, était liée à une plus faible augmentation du tissu adipeux abdominal, mesurée par l’augmentation du tour de taille indépendamment de l’augmentation simultanée de l’indice de masse corporelle.

Comme souligné par les auteurs de ces études, ces résultats ont d’importantes implications en termes de santé publique. La consommation de légumes est un des seuls facteurs de risque modifiable connu à ce jour dans la prévention du cancer du sein. La consommation d’aliments végétaux devrait ainsi être encouragée en prévention du cancer, ce qui est conforme avec les recommandations diététiques habituelles. Ensuite, étant donné que le gain de poids est un facteur de rechute important pour les personnes ayant arrêté de fumer, il faut les inciter à avoir une alimentation riche en fruits et légumes pour les aider à maintenir leur poids à un niveau correct. Enfin, bien que la consommation de fruits et légumes ne semble pas être associée à une perte de poids à moyen terme dans cette enquête, il est possible que les végétaux, surtout les fruits, ont une influence particulière sur la répartition de la graisse corporelle, réduisant l’accumulation de la graisse abdominale, un facteur de risque majeur de déclenchement des maladies liées à l’obésité.

Elio Riboli
Professeur d'épidémiologie, prévention du cancer. Ecole de Santé Publique, Faculté de médecine - Imperial College de Londres - Royaume Uni
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