N° 122 | juillet 2012

Quels aliments pour réduire son tour de taille ?

Tour de taille : un marqueur prédictif de survie

L’indice de Masse Corporelle (IMC a) est utilisé dans les études épidémiologiques comme marqueur de l’adiposité totale et le tour de taille (TT b) comme un indice de la morphologie corporelle et de la distribution des graisses. Des études épidémiologiques récentes ont démontré que, lorsque l’IMC et le TT sont intégrés simultanément dans des modèles statistiques, l’indice TT ajusté pour l’IMC (ou « TT pour un IMC donné ») est plus fortement lié aux risques de maladies que chacun des indices pris séparément. Ainsi, parmi les individus ayant un IMC similaire, et même dans la fourchette normale, ceux qui ont un plus fort tour de taille ont une moindre survie, suggérant que l’indice « TT pour un IMC donné » pourrait refléter un effet spécifique sur la masse graisseuse abdominale 1.

L’alimentation pourrait moduler l'adiposité abdominale

Connaissant les effets de l’adiposité abdominale sur la santé, nous devons élucider le mécanisme par lequel l’alimentation pourrait moduler l’expression du phénotype « TT pour un IMC donné » (TT IMC). Notre étude avait donc pour but d’évaluer l’association entre la consommation de certains groupes d’aliments, d’aliments spécifiques et les variations de TTIMC, c’est à dire les variations de TT indépendantes des variations d’IMC.
Dans cette étude 2, ont été inclus des participants provenant de cinq pays, impliqués dans l’étude prospective européenne sur le cancer et la nutrition (EPIC - European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition) et membres du projet sur l’alimentation, l’obésité et les gènes (DiOGenes - Diet, Obesity and Genes) : l’Italie, le Royaume Uni, les Pays Bas, l’Allemagne et le Danemark (n = 48 631).

Une vaste étude européenne

Au départ (entre 1992–1998), les participants ont rempli des questionnaires détaillant leur alimentation, leur mode de vie, leurs antécédents médicaux. Leurs mesures anthropométriques ont été relevées. Les données anthropométriques des participants à l’étude EPIC ont été actualisées lors des examens de suivi durant la période 1998–2005 (temps médian de suivi : 5,5 années). Dans notre étude, le critère principal d’évaluation était la variation du TT avec le temps qui était indépendante des variations concomitantes d’IMC, c’est-àdire les gains de TT au dessus et au delà du gain d’IMC, susceptible de refléter l’accumulation spécifique de graisse abdominale. Le phénotype TT IMC (cm/année) au départ et durant la période de suivi, a été calculé comme étant les valeurs résiduelles des équations de régression spécifiques de TT sur l’IMC c selon le genre et le centre d’étude. Les variations annuelles de ce phénotype (Δ TT IMC) ont été calculées selon la formule (TTIMC de début – TTimc de suivi) / la durée du suivi 3. L ‘association entre les variables alimentaires et Δ TT IMC (en cm/année) a été modélisée en utilisant des analyses de régression linéaire multiples.

Fruits et produits laitiers diminuent le tour de taille

De tous les groupes d’aliments analysés, six ont constamment montré une association statistiquement significative avec Δ TT imc, chez les hommes comme les femmes.

  • La consommation de fruits et de produits laitiers était inversement associée aux gains de TT IMC : une plus forte consommation de ces aliments était associée avec une moindre augmentation de l’adiposité abdominale.
  • A l'inverse, les consommations de pain blanc, de viandes préparées, de margarine et de boissons sucrées, étaient directement associées avec Δ TT IMC : une plus forte consommation de ces aliments était associée à de plus forts gains d’obésité abdominale.
  • La plus faible augmentation d’adiposité abdominale a été notée lors du remplacement des boissons sucrées par des fruits ou des produits laitiers.

Afin de mieux traduire ces résultats en messages de santé publique en faveur d'une alimentation plus saine, nous les avons résumés en un seul chiffre: chez les personnes ayant une alimentation riche en fruits et produits laitiers et pauvre en pain blanc, viandes préparées, margarine et boissons sucrées, le gain de TT pour un IMC donné, durant 10 ans, était inférieur de 1,1 cm par rapport à celui de personnes consommant une alimentation de composition inverse.

Un plaidoyer pour une alimentation globalement saine

Notre étude révèle que chez les Européens et les Européennes, une alimentation riche en fruits et produits laitiers et pauvre en pain blanc, viandes préparées, margarine et boissons sucrées est associée à un moindre gain de TT, indépendamment des variations concomitantes d’IMC, ce qui représente une moindre accumulation de graisses abdominales. Cette étude étaye l’idée qu’une alimentation intégrant simultanément plusieurs recommandations alimentaires au lieu d’une seule, pourrait avoir de meilleurs effets sur la santé (" prévenir l’accumulation de graisses abdominales"). Il convient donc de recommander une alimentation globalement saine.

Dora Romaguera
Représentant les chercheurs EPIC-DiOGenes - Département d’Epidémiologie et de Biostatistiques, Ecole de Santé Publique, Collège Impérial, Londres, Royaume Uni
  1. Pischon T, Boeing H, Hoffmann K, Bergmann M, Schulze MB, et al. (2008) General and abdominal adiposity and risk of death in Europe. N Engl J Med 359: 2105-2120.
  2. Romaguera D, Angquist L, Du H, Jakobsen MU, Forouhi NG, et al. (2011) Food composition of the diet in relation to changes in waist circumference adjusted for body mass index. PLoS One 6: e23384.
  3. Romaguera D, Angquist L, Du H, Jakobsen MU, Forouhi NG, et al. (2010) Dietary determinants of changes in waist circumference adjusted for body mass index – a proxy measure of visceral adiposity. PLoS One 5: e11588.
  • a. L’IMC est calculé en divisant le poids en kilogrammes par le carré de la taille en mètres.
  • b. Le TT est normalement mesuré en centimètres à la taille avec un ruban.
  • c. Le calcul des valeurs résiduelles de TT après régression sur l’IMC est une manière d’ajuster TT pour l’IMC.
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