N° 122 | juillet 2012

Déterminants de l’intention de consommer au moins 5 portions de fruits et légumes par jour chez les étudiants

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D’après l’étude de Boucher D. et al. (2011) 1

Au Canada, comme dans la plupart des pays industrialisés, le surpoids et l'obésité constituent une préoccupation majeure de santé publique. Ils sont effectivement étroitement liés au développement de maladies chroniques, que l'on observe chez une population de plus en plus jeune.

Bien que l’obésité soit d’origine multifactorielle, la consommation de fruits et de légumes peut en réduire les risques à long terme. Or, les études indiquent que cette consommation reste insuffisante, notamment chez les jeunes. Face à des habitudes alimentaires particulièrement alarmantes, il paraît important d’intervenir auprès de ce public pour l'inciter à consommer quotidiennement, davantage de fruits et de légumes (F&L).

Les interventions effectuées spécifiquement auprès des jeunes ne manquent pas, mais conduisent à des résultats contradictoires. Elles ont été, en majorité, élaborées sans avoir identifié au préalable les "déterminants de l’intention" de consommer davantage de F&L. Il s’agit pourtant là d’une condition essentielle à l’efficacité de telles interventions.

Cette étude a tenté d'identifier les déterminants de l’intention des étudiants à consommer au moins 5 portions de F&L par jour de même que les croyances à l'origine de ces intentions.

La Théorie du Comportement Planifié: moyen pour déterminer les intentions de consommations de F&L

Pour cela, les auteurs se sont basés sur la théorie du comportement planifié (TCP), qui a déjà fait ses preuves dans d’autres domaines liés à la santé.

L'étude a été réalisée sur des étudiants québécois en éducation physique : 385 sujets ont répondu à un questionnaire de 90 items, élaborés à partir de la TCP, afin de déterminer les intentions de consommer au moins 5 portions de F&L par jour.

Selon cette théorie, l’intention est le résultat de trois déterminants: l’attitude, la norme subjective et la perception de contrôle. Chacune de ces variables est elle-même déterminée par trois types de croyances: comportementales, normatives ou de contrôle.

Les auteurs ont également retenu d'autres variables pouvant compléter la TCP, comme la norme descriptive, le comportement passé et la régularité.

Des clés pour optimiser les interventions

Les résultats obtenus indiquent que les variables explicatives de la TCP (attitude, norme subjective, perception de contrôle, etc.) prédisent significativement l'intention des étudiants de consommer au moins 5 portions de F&L par jour.

La TCP s'avère donc performante. Chacune de ses variables peut jouer un rôle important pour créer l'intention de consommer des F&L et apporter des connaissances pour optimiser les interventions, parmi lesquelles on peut citer:

  • Développer une attitude favorable envers la consommation de F&L
    Il serait important d'envisager les futures interventions de manière à créer une attitude positive envers la consommation des fruits et légumes. Cela pourrait se faire par le développement de croyances réalistes, concernant le lien entre la consommation de F&L et la santé. Les résultats indiquent que l’intention n'est pas liée à la croyance que la consommation permettrait "d'améliorer» l’état de santé mais de « maintenir » l’état de santé.
  • Informer davantage les sujets
    Les auteurs ont également constaté que l'information reste nécessaire pour combattre certaines croyances comme, par exemple, le temps de préparation des F&L qui, selon ces résultats, constitue une barrière à en consommer au moins 5 portions par jour. En outre, l'information sur la valeur nutritive et le goût de F&L est perçue par les sujets comme un facteur facilitant leur consommation.
  • Identifier les obstacles
    Cette étude a également montré qu'un sujet est plus susceptible d’être motivé pour consommer quotidiennement des F&L s’il y est favorable, se sent capable de le faire, de surmonter les obstacles qu'il perçoit et s’il entrevoit des moyens facilitant l’adoption de ce comportement.
  • Prendre en compte l'influence de l'entourage
    La motivation des sujets peut également augmenter si leur entourage consomme au moins 5 portions de F&L par jour. Il semble par ailleurs que les sujets seraient moins influencés par l’approbation de leurs proches que par celle de leurs collègues étudiants.
  • Insister sur la régularité de la consommation
    Enfin, la réalisation du comportement sur une base régulière dans un passé récent expliquerait l’intention de le maintenir dans le futur. Il serait donc souhaitable, d’encourager non seulement les étudiants à consommer des F&L, mais aussi à le faire sur une base continue dans le temps, en respectant une période relativement constante entre chaque consommation.

Les résultats de cette étude prouvent la pertinence de la théorie du comportement planifié dans l'explication de l'intention de consommer au moins 5 F&L par jour chez les étudiants.

Les auteurs ont ainsi apporté des éléments à prendre en compte pour optimiser les interventions visant la promotion de la consommation de F&L auprès des jeunes.

France Crépin
Université Nancy 2 & Aix-en-Provence - Laboratoire INTERPSY - FRANCE
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