N° 122 | juillet 2012

Une consommation importante de légumes réduit de 35% les risques de cancer du sein en Italie

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Les preuves d’un effet protecteur des fruits et légumes sur le cancer du sein reposent surtout sur des études cas témoin. A ce jour, peu ou pas de preuves ont été apportées par les études prospectives.

Traditionnellement, les populations Méditerranéennes consomment une grande variété de fruits et légumes et en quantités importantes. Ces populations permettent d’évaluer les effets spécifiques des aliments végétaux dans un environnement favorable.

Une étude prospective dans un pays Méditerranéen

Nous avons choisi d'étudier le lien entre la consommation de fruits et légumes et le risque de cancer du sein, dans une cohorte italienne de l’étude prospective européenne sur le cancer et la nutrition, EPIC (the European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition).

La section italienne comprenait 5 cohortes (Turin, Varese, Florence, Naples et Raguse) au sein desquelles plus de 32 000 femmes ont été incluses sur la période 1993-1998.

Conformément au protocole EPIC, des informations sur l'alimentation et le style de vie, des mesures anthropométriques et des échantillons sanguins ont été recueillis pour chaque participante, après avoir obtenu leur consentement éclairé.

Un recueil précis de la consommation de fruits et légumes

L’alimentation habituelle a été étudiée au moyen de questionnaires de fréquence de consommation alimentaire, prenant spécifiquement en compte les habitudes des différentes régions italiennes.

La fréquence de consommation de chaque aliment a été évaluée en demandant combien de fois chacun était consommé (par jour, par semaine, par mois, par an).

Les quantités ont été évaluées à l'aide de photographies de portions ou en sélectionnant une portion standard définie au préalable lorsqu’il n’y avait pas d’image disponible de ces portions.

Pour certains fruits (agrumes) et légumes (tomates, choux) dont la consommation en Italie dépend de la saison, l'évaluation a été faite à deux reprises, en saison de consommation et hors saison.

La consommation totale de légumes regroupait toutes sortes de légumes crus et cuits. Des sous- groupes spécifiques ont été définis :

  • légumes feuilles (salades vertes, épinards, bettes et autres légumes à feuilles vertes)
  • tomates (crues et cuites)
  • autres légumes à fruits (poivrons, artichauts, aubergines, courgettes, haricots verts, fenouil, céleri) - tubercules (y compris carottes et betteraves)
  • choux (y compris brocolis, choux de Bruxelles, choux-fleurs, choux noirs et choux de Savoie)
  • oignons, ail et poireaux et les champignons.

Les fruits consommés comprenaient toutes sortes de fruits frais (en distinguant les agrumes des autres fruits), les noix, les graines ainsi que les fruits secs et en conserve.

Une relation inverse entre consommation de légumes et risque de cancer du sein

Après un suivi moyen d’environ 11 ans, 1 072 nouveaux cas de cancer du sein ont été diagnostiqués et inclus dans les analyses. Après ajustement pour les facteurs de risques connus de cancer du sein (niveau d’éducation, mesures anthropométriques, antécédents gynécologiques, traitement hormonal substitutif, activité physique, consommation d’alcool, tabagisme), les analyses ont mis en évidence une relation inverse entre la consommation de légumes et le risque de cancer:

  • Les femmes du plus fort quintile de consommation de légumes toutes variétés confondues (plus de 264,8 g/jour) présentaient une réduction significative de 35 % du risque de cancer du sein par rapport à celles du plus faible quintile (moins de 107,8 g/jour).
  • Une relation inverse a été retrouvée pour une consommation élevée des « légumes feuilles », crus ou cuits, (réduction de 30 % du risque chez les femmes du quintile le plus élevé comparées à celles du quintile le plus bas) et des « légumes à fruits ».
  • Une relation inverse a été notée pour la consommation de tomates crues, composant majeur des salades mixtes en Italie, de laitues et d'autres légumes à feuilles crus.

Pour les autres légumes, des données individuelles suggèrent une possible relation inverse avec le risque de cancer du sein, bien que non significative.

En revanche, pour les fruits, aucune association entre le risque de cancer du sein et la consommation, globale ou de certains sousgroupes, n’a été mise en évidence.

Des implications importantes pour la santé publique

Nos résultats sont donc en faveur d'une relation inverse entre la consommation de légumes, qu'elle soit globale ou pour certains sous-groupes particulier (légumes à feuilles, crus ou cuits), et le risque de cancer du sein.

Les implications de santé publique d’un effet protecteur des légumes contre le cancer du sein, pour lequel peu de facteurs de risque modifiables sont identifiés, sont importantes. D'autres recherches sont évidemment nécessaires pour mieux comprendre les effets spécifiques d’une forte consommation de légumes dans le contexte du régime Méditerranéen.

Giovanna Masala
Unité d’Epidémiologie Moléculaire et Nutritionnelle Institut de Recherche et de Prévention du Cancer de l’ISPO (International Society for Preventive Oncology, - Société Internationale d’Oncologie Préventive). Florence, Italie
  • Masala G, Assedi M, Bendinelli B, Ermini I, Sieri S, Grioni S, Sacerdote C, Ricceri F, Panico S, Mattiello A, Tumino R, Giurdanella MC, Berrino F, Saieva C, Palli D. Fruit and vegetables consumption and breast cancer risk: the EPIC Italy study. Breast Cancer Res Treat. 2012; 132:1127-36. Epub 2012 Jan 4.
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