N° 180 | novembre 2017

Apport alimentaire en lutéine et en zéaxanthine et dégénérescence maculaire liée à l’âge : le rôle des F&L

Une équipe américaine ¹ a récemment étudié la littérature pour évaluer le lien entre l’apport en lutéine et zéaxanthine (L/Z) et le risque de DMLA. Elle a identifié les sources et les facteurs alimentaires qui augmentent la biodisponibilité de la lutéine et la zéaxanthine, afin d’aboutir à des recommandations nutritionnelles.

Seules la lutéine et la zéaxanthine sont présentes dans les yeux

Parmi les trente caroténoïdes identifiés dans le sang et les tissus humains, seules la lutéine et la zéaxanthine sont présentes dans les yeux. La lutéine et la zéaxanthine sont les constituants majeurs du pigment maculaire, un composant concentré dans la région maculaire de la rétine qui est responsable de la vision fine. La dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) est l’une des principales causes de cécité chez l’adulte âgé dans les pays développés. D’après des travaux réalisés aux États-Unis, le nombre de patients atteints de DMLA risque de doubler entre 2010 et 2050 faisant de cette pathologie un problème crucial de santé publique.

Des études de cohorte et des essais cliniques ont montré que L/Z peuvent prévenir et/ou ralentir la progression de la DMLA. Une étude systématique et une méta-analyse de six études de cohorte longitudinales de 2012 ont mis en évidence une diminution du risque de DMLA néovasculaire de 32 % chez les personnes qui consommaient la catégorie d’aliments ayant la teneur la plus élevée en L/Z par rapport à celles qui consommaient la catégorie ayant la plus faible.

Un apport en lutéine et zéaxanthine de 6 mg/jour, voire moins, peut diminuer le risque de DMLA

Il n’existe pas à ce jour de niveaux officiels d’apport alimentaire recommandé en L/ Z. Une étude publiée en 1994 a montré qu’un apport en L/Z de 6 mg/jour pouvait diminuer le risque de DMLA. Cependant, deux récentes études (AREDS2 et BMES) considèrent qu’un apport en L/Z inférieur à 6 mg/jour est associé à une probabilité plus faible d’apparition de DMLA.

Les données sur l’apport en L/Z de la population sont limitées et varient en fonction des pays :

  • En Europe, les apports journaliers moyens en principaux caroténoïdes (rétinol, alpha-tocophérol, bêta-carotène, alphacarotène, bêta-cryptoxanthine, lutéine, zéaxanthine et lycopène) varient de 3,5 mg/j dans la population espagnole à 5,33 mg/j dans la population allemande.
  • Dans une étude américaine menée auprès d’adultes âgés, la consommation de L/Z s’élevait à 2,7 mg/j chez les hommes et à 3,09 mg/j chez les femmes. Une autre étude, estime que les adultes américains consomment 1 à 2 mg/j environ de lutéine.
  • Dans une étude australienne menée auprès d’adultes âgés, l’apport moyen en L /Z était de 0,9 mg/j (légèrement supérieur chez les femmes).

Aux États-Unis et en Australie, on a observé que la réduction des apports nationaux en lutéine était probablement liée à la diminution de la consommation de fruits et légumes.

Meilleures sources de lutéine et zéaxanthine : les légumes à feuilles vert foncé, les fruits et les oeufs :
Les légumes à feuilles vert foncé, comme le chou frisé et l’épinard, constituent la plus grande source de lutéine et de zéaxanthine. Il faut savoir que la manière de cuisiner ces aliments peut modifier leur teneur en L/Z : ainsi, l’épinard consommé cru contient 12 197 μg/100 g de lutéine et de zéaxanthine, tandis que cuit il en contient 11 308 μg/100g.

Les oeufs sont également une importante source de lutéine et de zéaxanthine. Néanmoins, la teneur est plus élevée dans le jaune d’oeuf cru (1 094 μg/100 g) et dans l’oeuf entier cru (504 μg/100g). L’avocat et l’orange sont les fruits les plus riches en lutéine et zéaxanthine, avec des teneurs respectives de 270 μg/100 g et 129 μg/100 g.

L’article original propose deux exemples de menus fournissant un certain apport en lutéine et zéaxanthine, preuve que le régime alimentaire à lui seul peut apporter les quantités satisfaisantes de L/ Z, avec des valeurs de 5 mg ou 10 mg par jour. Ces modèles alimentaires estiment la disponibilité de L/Z dans différents types d’aliments (légumes à feuilles vert foncé, pistaches et oeufs) et doivent être adaptés en fonction du pays.

Facteurs affectant l’absorption et la biodisponibilité des caroténoïdes alimentaires

Il est prouvé que l’absorption de certains caroténoïdes est accrue quand une matière grasse est ajoutée au repas contenant un caroténoïde. On peut, par exemple, ajouter de l’huile d’olive à la salade, ou une huile pour cuisiner comme l’huile d’olive extra vierge, ou même un oeuf entier.

Cependant, lorsque plusieurs caroténoïdes sont consommés au cours du même repas, il existe entre eux une compétition pour leur absorption qui peut diminuer la biodisponibilité des caroténoïdes. En outre, il a été démontré que les fibres alimentaires de source végétale (p. ex. pectine et gomme de guar) diminuent l’absorption des caroténoïdes. De plus, leur biodisponibilté peut diminuer quand ils se trouvent à l’intérieur des chloroplastes et des chromoplastes des plantes.

Bien que les oeufs aient une plus faible teneur en L/Z que la plupart des légumes qui en contiennent, la biodisponibilité de ces composants issus des oeufs est plus importante, probablement en raison de la présence de matière grasse.

Des données probantes actuelles suggèrent que consommer des aliments très riches en lutéine et en zéaxanthine peut nous protéger contre la DMLA. Pour atteindre les teneurs en L/Z adéquates, il est important d’avoir une alimentation variée, comprenant notamment de nombreux légumes à feuilles vert foncé.

Victoria Flood
Westmead Hospital, Western Sydney District de Santé Local, Sydney, AUSTRALIE
collaborateurs
Eisenhauer, B.; Natoli, S.; Liew, G.; Flood, V.M. Lutein and zeaxanthin-food sources, bioavailability and dietary variety in age-related macular degeneration protection. Nutrients 2017, 9, 120.
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