N° 180 | novembre 2017

Les F&L : des protecteurs de la vision De nouvelles preuves en Nouvelle Zélande !

Déficit visuel et cécité posent d’importants problèmes de santé publique. Le déficit visuel est défini par une acuité visuelle de 6/18 avec la «correction portée» du meilleur oeil. Il concerne 285 millions d’individus dans le monde. La cécité (définie par une acuité visuelle inférieure à 3/60 avec la «correction portée» du meilleur oeil) touche 39 millions d’individus.

En Nouvelle Zélande, déficit visuel et cécité atteignent 125 000 sujets de plus de 40 ans (6.1% de la population). 12 000 Néo-Zélandais souffrent de cécité dont 86% ont plus de 70 ans. On estime que le nombre de sujets de plus de 40 ans atteints de déficience visuelle atteindra 174 000 en 2020 et 18 300 pour la cécité.

Les trois premières causes d’atteinte visuelle

Elles sont représentées par la cataracte (CAT), la DMLA et le glaucome (GLA). Ces trois pathologies oculaires agissent à la faveur de mécanismes de stress oxydant.

Même si la pathogénèse est encore mal connue, le stress oxydant facilite la progression de la cataracte liée à l’âge, en favorisant les lésions cellulaires et l’accumulation des produits avancés de glycation (advanced glycation end products, AGE). Ces derniers induisent des changements de conformation dans le cristallin qui provoquent son opacification progressive.

Les sujets atteints de DMLA, par rapport aux témoins, présentent une plus grande quantité de modifications oxydatives des protéines et de l’ADN de la membrane de Bruch (couche tissulaire située entre l’épithélium pigmentaire rétinien et la choriocapillaire), de drusen (accumulations de déchets de fonctionnement de la rétine) et de l’épithélium pigmentaire de la rétine. L’exposition à des espèces oxydées réactives (EOR) des cellules de l’épithélium pigmentaire de la rétine humaine provoque une augmentation de la concentration de drusen associée à un mauvais pronostic de la DMLA.

Concernant le glaucome (GLA), le stress oxydant peut également jouer un rôle en dégradant le réseau trabéculaire ou en altérant directement les cellules ganglionnaires de la rétine ayant pour résultat une augmentation de pression « intra-oculaire » due à l’accumulation de l’humeur aqueuse.

La capacité anti-oxydante du plasma peut être augmentée par une consommation d’aliments riches en antioxydants comme les F&L

Les antioxydants représentent la première ligne de défense contre le stress oxydant. Ils sont d’origine alimentaire ou endogène. Au niveau de l’oeil, les principaux antioxydants sont l’acide ascorbique, le glutathion réduit et la super-oxyde dismutase catalase.

Des travaux récents suggèrent que la capacité anti oxydante du plasma peut être augmentée par une consommation d’aliments riches en antioxydants, en particulier les F&L.

L’étude AREDS (1 et 2) - Age-related Eye Disease Study - a démontré la capacité des antioxydants à réduire le risque de DMLA de 25%. Si les antioxydants d’origine alimentaire (F&L) en ont fait la preuve dans diverses études, les études de supplémentation ont abouti à des résultats contradictoires. A l’inverse, une alimentation riche en viande et en cholestérol a été incriminée dans l’augmentation du risque de stress oxydatif au niveau oculaire.

Pour la cataracte (CAT), la littérature indique qu’une forte consommation de F&L et de vitamine C (y compris en supplémentation) est associée à une réduction du risque. La prise de vitamine E d’origine alimentaire et en supplément, a montré une réduction du risque de CAT. Cependant les études de supplémentation en vitamine E n’ont pas démontré de réduction du traitement chirurgical et des anomalies du cristallin. Une forte consommation de viande augmente le risque de CAT. Des auteurs ont également retrouvé un effet délétère d’une forte consommation de vitamine A (rétinol) (OR 1.47) et, à l’inverse, un effet protecteur du ß-carotène (OR=0.56) .

Une étude sur l’association entres les antioxydants alimentaires et l’incidence des 3 principales maladies oculaires liée au stress oxydatif

Afin d’étudier l’association entre la prise d’antioxydants d’origine alimentaire et l’incidence des 3 principales maladies oculaires liée au stress oxydatif, une équipe néo Zélandaise a sélectionné 78 sujets atteints de ces pathologies, de la clinique d’optométrie et de la vision de l’Université d’Auckland et les a comparés à un groupe témoin de 149 sujets contrôles. Les participants ont rempli un questionnaire semi quantitatif de fréquence de consommation alimentaire (par jour, par semaine, par mois, par année et jamais), à 31 items d’aliments et boissons, adapté à la population Néo- Zélandaise.

Les principales pathologies étaient représentées par la CAT, suivies par une combinaison des trois (CAT, DMLA, GLA), la DMLA et le GLA isolés. Après ajustement sur des facteurs confondants (âge, sexe, niveau d’éducation, IMC, tabac), des associations protectrices ont été identifiées avec une forte consommation de F&L (OR = 0.99; p=0.004), de vitamine C (OR=0.63; p= 0.022) et de ß-carotène (OR = 0.56; p=0.007). En revanche, des associations défavorables ont été rapportées avec une consommation élevée de viande et de noix (OR=1.03;p=0.006), et de cholestérol (OR=1.09; p=0.005).

Une forte consommation de F&L réduit le risque de pathologie oculaire liée au stress oxydant

Cette étude montre qu’une forte consommation de F&L s’associe à une diminution du risque de pathologie oculaire liée au stress oxydant, confirmant d’autres études. Cette protection peut être attribuée à la grande richesse en anti oxydants des F&L. Ainsi, des légumes comme les épinards qui sont particulièrement riches en lutéine et zéaxanthine, ont démontré un effet bénéfique sur l’acuité visuelle et la DMLA à un stade précoce. Cette étude souligne également le rôle protecteur de la vitamine C et du ß-carotène.

A partir de ces conclusions, des conseils alimentaires peuvent donc être prodigués en terme de santé publique dans la prévention de ces pathologies oculaires.

Thierry Gibault
Nutritionniste, endocrinologue, Paris - FRANCE
A. Braakhuis et al. The association between Dietary Intake of Antoxidants abd Ocular Disease, Diseases, 2017, 5,3 pp 1-11
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