N° 84 | janvier 2009

Caroténoïdes plasmatiques et glycémie : Eva tente d’y répondre !

Les caroténoïdes sont des pigments alimentaires naturels, surtout présents dans les légumes et les fruits. Les données actuelles suggèrent que ces composés jouent un rôle protecteur contre les maladies chroniques1 et les cancers. Ainsi, grâce à leurs propriétés antioxydantes, les caroténoïdes pourraient prévenir la survenue du diabète chez les personnes âgées. C’est l’hypothèse que nous avons voulu examiner dans l’étude EVA (“Epidemiology of Vascular Ageing”)2 portant sur la relation entre les taux de caroténoïdes plasmatiques totaux de base et au bout de 9 ans, et l’apparition de diabète de type 2 ou d’hyperglycémie à jeun (HAJ), dans une population de personnes âgées en bonne santé.

9 ans de suivi

L’Etude EVA est une étude longitudinale qui a duré 9 ans3. Au départ (EVA0, 1991-1993), elle a inclu 1389 volontaires (574 hommes et 815 femmes), nés entre 1922 et 1932 (âge moyen = 65 ans), résidant à Nantes. Les étapes suivantes, comportant des mesures biologiques, ont été : EVA2 (2 ans de suivi, n=1272), EVA3 (4 années de suivi, n=1188) et EVA6 (9 années de suivi, n=781). Nous présentons uniquement ici les données portant sur les 1165 participants normoglycémiques au départ.

Les caroténoïdes plasmatiques de base ont été mesurés par spectrophotométrie et divisés en quartiles pour l’analyse. Nous avons calculé l’incidence cumulée de dysglycémie (présence d’IFG ou de diabète selon les critères de l’OMS4) durant les 9 années de suivi.

Différents quartiles de caroténoïdes plasmatiques

Au cours des 9 ans de suivi, 127 cas de dysglycémie (dont 27 cas de diabète de type 2) sont apparus. En comparant les distributions des survivants selon les différents quartiles de caroténoïdes plasmatiques, on a montré une plus forte apparition de dysglycémie (Figure 1) dans le quartile le plus faible. Après ajustement sur les facteurs socio-démographiques, le tabagisme, la consommation d’alcool, les antécédents cardiovasculaires, la tension artérielle, l’indice de masse corporelle et le profil lipidique, les modèles de régression proportionnels de Cox ont montré qu’après 9 ans de suivi, les participants appartenant au quartile le plus élevé pour les taux de caroténoïdes plasmatiques totaux avaient le risque le plus faible de dysglycémie par rapport ceux du quartile le plus faible (quartile supérieur vs. quartile inférieur : 0,42 [0,22;0,82], P=0.01). Pour tenir compte de la réversibilité de l’hyperglycémie à jeun, des études de sensibilité sur une hyperglycémie à jeun persistante ont été menées et ont montré des résultats similaires entre quartiles de caroténoïdes et dysglycémie.

Une relation indépendante du niveau de stress oxydatif

A notre connaissance<sup<2, il y a eu très peu d’études qui ont exploré de manière longitudinale la relation entre les caroténoïdes et la dysglycémie.

Différentes hypothèses pourraient expliquer cette relation mais son mécanisme n’est pas encore élucidé (voir Paiva et al.5). L’une d’elles impliquerait les propriétés antioxydantes des caroténoïdes.

Dans notre étude, les analyses ont été répétées après ajustement pour différents marqueurs antioxydants (TBARS - substances réagissant avec l’acide thiobarbiturique, vitamine E, activités de la glutathion peroxydase et de la superoxyde dismutase). Nos résultats étaient inchangés, ce qui suggère que l’association caroténoïdes totaux plasmatiques et diabète est indépendante du niveau de stress oxydatif des sujets.

Des taux plasmatiques élevés de caroténoïdes sont également des marqueurs de la consommation de fruits et légumes6. Plusieurs études - mais pas toutes9 - ont suggéré qu’une forte consommation de légumes serait associée à un risque réduit de diabète de type 27, 8 Cette consommation pourrait exercer un effet protecteur contre le diabète par l’action combinée de différents facteurs, dont les antioxydants et cela expliquerait les résultats contradictoires entre les études portant sur les taux sanguins de caroténoïdes et celles portant sur la consommation de fruits et légumes riches en caroténoïdes.

Des pistes de recherches

Enfin, nous ne pouvons pas exclure la possibilité que les caroténoïdes soient un simple marqueur d’hygiène de vie et de comportements sains et n’agissent pas en tant qu’agents protecteurs par eux-mêmes. En conclusion, si nos résultats soutiennent le rôle potentiel des caroténoïdes dans la survenue de l’HAJ et du diabète de type 2 chez les personnes âgées, d’autres études sont nécessaires pour le confirmer et explorer le mécanisme sous-jacent de cette relation, Cela permettrait de concevoir des actions nouvelles pour prévenir la dysglycémie.

Tasnime N. Akbaraly
Département d’Epidémiologie et Santé Publique, Université Collège de Londres, Royaume Uni
Annick Fontbonne
University College, Londres, Royaume-Uni
Alain Favier
CHU de Grenoble, France
Claudine Berr
INSERM, Université Montpellier I., France
  1. Hung, H.C., et al., Fruit and vegetable intake and risk of major chronic disease. J Natl Cancer Inst, 2004. 96(21): p. 1577-84.
  2. Akbaraly, T.N., et al., Plasma caroténoïdes and onset of dysglycemia in an elderly population: results of the Epidemiology of Vascular Ageing Study. Diabetes Care, 2008. 31(7): p. 1355-9.
  3. Akbaraly, N.T., et al., Selenium and mortality in the elderly: results from the EVA study. Clin Chem, 2005. 51(11): p. 2117-23.
  4. World Health Organization, Definition, diagnosis and classification of diabetes mellitus and its complications. Part 1: diagnosis and classification of diabetes mellitus. 1999, World Health Organization: Geneva.
  5. Paiva, S.A. and R.M. Russell, Beta-carotene and other caroténoïdes as antioxidants. J Am Coll Nutr, 1999. 18(5): p. 426-33.
  6. Al-Delaimy, W.K., et al., Plasma caroténoïdes as biomarkers of intake of fruits and vegetables: individual-level correlations in the European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition (EPIC). Eur J Clin Nutr, 2005. 59(12): p. 1387-96.
  7. Feskens, E.J., et al., Dietary factors determining diabetes and impaired glucose tolerance. A 20-year follow-up of the Finnish and Dutch cohorts of the Seven Countries Study. Diabetes Care, 1995. 18(8): p. 1104-12.
  8. Snowdon, D.A. and R.L. Phillips, Does a vegetarian diet reduce the occurrence of diabetes? Am J Public Health, 1985. 75(5): p. 507-12.
  9. Hamer, M. and Y. Chida, Intake of fruit, vegetables, and antioxidants and risk of type 2 diabetes: systematic review and meta-analysis. J Hypertens, 2007. l
    25(12): p. 2361-9.l
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