N° 172 | février 2017

Comment sélectionner des partenaires transversaux pour une collaboration avec le gouvernement en vue de favoriser une alimentation saine

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Le surpoids et l’obésité des enfants étant devenus des problèmes de santé publique prioritaires, Santé Canada (SC) a élaboré plusieurs initiatives de sensibilisation et d’éducation pour une alimentation saine 1. Parmi celles-ci, la troisième et dernière était une campagne de marketing social intitulée Bien Manger, qui encourageait les parents canadiens à planifier et préparer correctement les repas de famille.

Santé Canada s’est entouré de partenaires transversaux

Pour augmenter la portée et l’efficacité de cette campagne, SC s’est entouré de partenaires transversaux représentant le commerce alimentaire, les médias et le secteur de la santé. Les ressources et l’expertise que ces partenaires peuvent apporter au gouvernement sont des arguments importants en faveur de ce type de collaboration. L’élaboration de solutions face aux problèmes de santé complexes (par ex. les initiatives visant à améliorer les comportements alimentaires) est un travail compliqué qui nécessite une action conjointe de la part de plusieurs branches au sein du gouvernement, du secteur privé et de la société civile 2,3.

Décrire les facteurs influençant l’adoption de la campagne Bien Manger (BM)

Aucune étude n’a examiné quelle proportion des partenaires transversaux potentiels accepte de participer à des initiatives visant à favoriser une alimentation saine, ainsi que les raisons pour lesquelles les entreprises de différents secteurs sont susceptibles de collaborer avec l’État. Sachant que l’efficacité d’une intervention peut dépendre du degré d’adhésion des partenaires 4, il est important de comprendre les facteurs qui entrent en jeu, particulièrement quand une initiative sollicite différents secteurs. Cette étude qualitative avait pour objectif de décrire les facteurs influençant l’adoption de la campagne BM, en menant des entretiens téléphoniques auprès de 18 partenaires de SC. Ces données ont débouché sur cinq principales recommandations pour les acteurs de la santé publique 5.

• Recruter les partenaires selon une approche ciblée

Le degré d’adoption parmi les partenaires transversaux s’est avéré très élevé. Tous les partenaires qui avaient été directement invités à participer à la campagne BM ont accepté de collaborer avec SC, qui avait délibérément cherché à prendre contact avec eux via des réseaux précis ou des appels d’offres. Le fait de présélectionner et cibler des partenaires susceptibles de répondre aux objectifs d’une initiative semble être une méthode de recrutement très efficace.

• Trouver des partenaires hautement compatibles

Tous les partenaires qui ont adopté la campagne BM étaient compatibles dans une certaine mesure avec les initiatives, les valeurs, le public ou les équipes de la campagne. En effet, il est connu que la compatibilité favorise l’adoption des initiatives 6. La bonne concordance, particulièrement en matière de valeurs, semble être plus importante que la recherche de bénéfices ou les enjeux autres que la santé, par exemple le divertissement. C’est pourquoi nous recommandons d’identifier des partenaires dont le système d’innovation correspond bien à l’initiative de santé publique 7.

• Utiliser les réseaux sociaux ayant un fort impact sur l’opinion

En utilisant les réseaux bien établis pour son recrutement, l’initiative a automatiquement bénéficié d’une première base de partenaires. Certains acteurs ont accepté de participer car ce programme s’inscrivait dans leur rôle au sein du réseau en question ; pour d’autres, un refus était inenvisageable car ils seraient alors les seuls membres de leur réseau à ne pas participer à la campagne BM. Dans le recrutement des partenaires, il est donc recommandé de s’appuyer sur les réseaux ayant un fort impact sur l’opinion 8.

• Mettre à profit la réputation de l’agence gouvernementale

Pour les partenaires, la collaboration ou l’association avec SC représentait un avantage comparatif majeur de la campagne BM. En effet, ils estimaient que ce partenariat avec un organisme renommé améliorerait leur crédibilité et leur image auprès de leur public ou de leurs clients. À noter que les avantages comparatifs comptent parmi les facteurs d’adoption les plus importants. Or le prestige social lié à SC a joué un rôle important dans les avantages comparatifs qui influençaient la participation à cette campagne 9. C’est ainsi que les organismes gouvernementaux bénéficiant d’une crédibilité élevée peuvent facilement s’appuyer sur leur réputation pour recruter les partenaires souhaités.

• Comprendre les obstacles qui freinent la participation

Il semblerait que seuls des partenaires invités par un tiers aient refusé de participer à la campagne BM. Néanmoins, nous ne savons rien de ces entreprises : le tiers en question n’a pas communiqué leur nom à SC, si bien qu’elles n’ont pas pu être incluses dans l’étude. SC a supposé que les partenaires potentiels qui déclinaient cette collaboration étaient probablement des entreprises plus petites possédant moins de ressources et moins à même de participer à des initiatives en dehors de leurs activités quotidiennes. Parce que nous ne disposons d’aucune donnée concernant les motivations de ce groupe, nous ne comprenons pas suffisamment le rejet de la campagne BM. C’est pourquoi nous recommandons de recueillir systématiquement les raisons pour lesquelles les partenaires potentiels n’adoptent pas les initiatives qui leurs sont proposées. Cette démarche est particulièrement importante en vue d’inclure un panel de partenaires varié, afin que plusieurs secteurs soient représentés dans les initiatives de SP concertées.

Attirer des partenaires de qualité en vue de faire progresser la santé publique

Dans le cadre des collaborations transversales, il est important de prendre en compte les différents besoins et les différentes attentes des divers secteurs. S’il est vrai que les divers partenaires issus du commerce alimentaire, des médias et du secteur de la santé visaient des objectifs différents, ils partageaient également des points communs, notamment des valeurs, qui les ont incités à collaborer avec SC dans le cadre de la campagne BM. Au Canada, les organismes gouvernementaux de premier plan, comme SC, possèdent une solide réputation qui fait d’eux des partenaires de choix. Cette notoriété peut donc les aider à attirer des partenaires de qualité en vue de faire progresser la santé publique.

Melissa Anne Fernandez
Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels, Université Laval, Pavillon des Services, Québec - CANADA & École de nutrition, Université Laval, Pavillon Paul-Comtois, Québec - CANADA
Véronique Provencher
Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels, Université Laval, Pavillon des Services, Québec - CANADA & École de nutrition, Université Laval, Pavillon Paul-Comtois, Québec - CANADA
  1. Public Health Agency of Canada. Ottawa: PHAC; 2010.
  2. Riley BL, et al. 2015;35(3):47-53.
  3. Vandenbroek P, et al. UK: Government Office for Science; 2007 [cited 2015 July 27]. Available from: https://www.gov.uk/government/publications/reducing-obesity-obesitysystem-map.
  4. Virginia Tech. Blacksburg, VA: Virginia Polytechnic Institute and State University; 2014 [cited 2015 July 29]. Available from: http://www.re-aim.hnfe.vt.edu/.
  5. Fernandez M, et al. BMC public health. 2016;In Press.
  6. Tornatzky LG, Klein KJ. 1982;EM-29(1):28-45.
  7. Greenhalgh T, et al. Milbank Q. 2004;82(4):581-629.
  8. Dearing JW. J Health Commun. 2004;9 Suppl 1:21-36.
  9. Greenhalgh T. 2005.
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