N° 172 | février 2017

Le mode d’achat des aliments est lié à l’alimentation adoptée en Ontario, au Canada

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La plupart des Canadiens ne consomment pas la quantité journalière de fruits et légumes (F&L) recommandée et nombre d’entre eux ont une alimentation de mauvaise qualité. Les comportements alimentaires sont ancrés dans les environnements sociaux, économiques et physiques : l’alimentation actuelle des Canadiens est une conséquence logique d’un commerce alimentaire qui tend à favoriser l’achat et la consommation de boissons et aliments moins sains.

Des connaissances insuffisantes concernant les modes d’achat et l’alimentation

Au Canada, la majeure partie des apports énergétiques consommés provient d’aliments achetés dans les commerces, et non des restaurants. Or, on ne sait pas pourquoi les consommateurs choisissent tel ou tel commerce, et on connaît mal le lien entre le type de commerce et l’alimentation ainsi que le poids. C’est une lacune importante, car si nous comprenons l’impact du mode d’achat sur l’alimentation, les commerces et les acteurs de la santé publique pourraient créer des stratégies efficaces afin que les Canadiens adoptent une alimentation de meilleure qualité... dès l’achat dans les magasins.

Mode d’achat des aliments

Nous avons mené une étude de population auprès de 4 574 personnes représentant 2 596 foyers de Kitchener, Cambridge et Waterloo, au Canada, afin d’examiner :

  1. les motivations du choix des commerces d’alimentation,
  2. le lien entre le mode d’achat des aliments et l’alimentation ainsi que le poids des consommateurs.

Nous avons commencé par interroger les membres des foyers principalement chargés des achats sur les trois premières raisons pour lesquelles ils choisissaient un type de commerce pour leurs achats alimentaires. Les raisons les plus fréquentes pour le choix des supermarchés étaient : la proximité par rapport à leur domicile, travail ou d’autres activités quotidiennes, la bonne qualité des aliments proposés et les prix moins chers. Pour le choix des épiceries, la proximité et les horaires d’ouverture étaient les principales motivations. Enfin, le choix des marchés de producteurs reposait majoritairement sur la qualité élevée des aliments et la volonté « d’acheter des produits locaux ».

Relations entre courses alimentaires, alimentation et poids

Ensuite, nous avons demandé aux personnes chargées des achats à quelle fréquence elles faisaient leurs courses dans les commerces suivants : supermarchés, hypermarchés, épiceries, magasins spécialisés, marchés de producteurs, banques alimentaires, livraison à domicile et coopératives. Nous leur avons également demandé leur poids, taille et tour de taille selon un protocole standard et les avons interrogés sur la fréquence à laquelle ils consommaient des F&L.

Pour un sous-groupe (n = 1362), nous avons enregistré le détail de toutes les boissons et tous les aliments consommés par les participants pendant 2 jours. La plupart des répondants (91 %) faisaient leurs courses dans un supermarché au moins une fois par semaine, contre 16 % pour les hypermarchés, 10 % pour les épiceries et 7 % pour les marchés de producteurs. Après pondération en fonction de plusieurs facteurs sociodémographiques (sexe, niveau d’instruction, possession d’une voiture et revenu du foyer), nous avons observé que les participants qui faisaient fréquemment leurs achats dans des supermarchés, marchés de producteurs et coopératives, consommaient significativement plus souvent des F&L que ceux qui fréquentaient plus rarement ces types de commerces. En revanche, les participants qui faisaient fréquemment leurs courses dans des épiceries, utilisaient la livraison à domicile et avaient recours à des banques alimentaires, consommaient significativement moins souvent des F&L comparativement à ceux qui faisaient plus rarement appel à ces modes d’achat. Par ailleurs, les participants qui faisaient souvent leurs courses dans des magasins spécialisés et des marchés de producteurs, présentaient un indice de masse corporelle et un tour de taille inférieurs comparativement à ceux qui fréquentaient moins souvent ces commerces, alors que les achats dans les hypermarchés étaient marginalement associés à un indice de masse corporelle et un tour de taille supérieurs.

Marchés de producteurs, magasins spécialisés et épiceries : des cadres importants pour favoriser la consommation de F&L

Dans les trois villes, les courses fréquentes dans des marchés de producteurs et des magasins spécialisés étaient associées à un poids inférieur et à une consommation plus fréquente de F&L, tandis que les courses habituelles dans les épiceries étaient associées à une consommation moins fréquente de F&L. Parce que cette étude est transversale, nous ne sommes pas en mesure d’affirmer qu’il existe un lien de cause à effet entre, d’une part les courses dans les marchés de producteurs et les magasins spécialisés et, d’autre part, la consommation de F&L. En effet, il est possible que les personnes qui aiment les F&L fassent souvent leurs achats dans des marchés de producteurs parce que les produits vendus y sont de bonne qualité. Ceci étant dit, cette étude vient confirmer les recherches précédentes montrant que le marketing en magasin, la disponibilité des aliments, la qualité et les prix peuvent influencer les achats de nourriture, qui ont à leur tour un impact sur l’alimentation adoptée. Cette étude suggère en particulier que des interventions dans les épiceries pour favoriser les ventes de F&L pourraient constituer une démarche particulièrement prometteuse pour les futures initiatives visant à améliorer la consommation de F&L au Canada.

Leia M. Minaker
Centre for Population Health Impact, Université de Waterloo - CANADA
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