N° 172 | février 2017

Stress et alimentation chez les étudiants finlandais : des relations complexes

La vie universitaire se traduit par de multiples changements, dans l’environnement, les relations, des défis, des pressions et de nouvelles habitudes qui pourraient influencer les pratiques de santé et le mode de vie à l’âge adulte. Ainsi, on s’intéresse de plus en plus au bien être des étudiants en relation avec leur niveau de stress et leur nutrition.

Chez les étudiants, les sources de stress sont multiples : changement psychosociaux, nouvelles relations sociales, contraintes financières, compétition avec les pairs, charge de travail, désir de réussir, éloignement du milieu familial, peur d’échouer, conflits entre étudiants.... En outre, selon son pays ou sa culture, on n’est pas sensible aux mêmes sources de stress. Peu d’études se sont intéressées à cette question chez les étudiants, notamment ici finlandais, et à ses répercussions sur les comportements de santé, comme par exemple la nutrition.

Une équipe de chercheurs finnois, suédois et britanniques, s’est associée pour publier une étude sur la question de l’influence de l’humeur sur la nutrition chez des étudiants de l’Université de Turku, en Finlande.

Les effets variables du stress sur la prise alimentaire selon l’IMC

D’une manière générale, les liens entre le stress et la prise alimentaire ne sont pas simples. Chez le rat, comme chez l’humain, l’exposition au stress influence l’alimentation de deux manières: pour certains, elle réduit l’appétit et provoque une perte de poids; pour d’autres - la plupart - elle a l’effet inverse: on mange plus et l’on grossit. En outre, entrent en jeu des variables socio démographiques et de mode de vie. Ainsi, une femme en surpoids aura plutôt tendance à manger plus au cours d’un stress. Vivre chez ses parents durant ses études est associé à de meilleures habitudes alimentaires.

L’IMC est aussi un facteur important. Ainsi chez le personnel domestique, l’effet de la pression professionnelle sur le gain ou la perte de poids est fonction de l’IMC de base. Chez les plus gros, elle aura pour effet une prise de poids, à l’inverse des plus minces...

Ces chercheurs se sont donc intéressés à une population étudiante en Finlande - ce qui a rarement été fait- en voulant répondre à deux questions :

  • « Le stress est-il associé avec une réduction ou une diminution des apports alimentaires et à des comportements alimentaires sains ? »
  • « Si associations il y a, varient-elles selon le sexe et l’IMC ? »

1076 étudiants comme cobayes

Les auteurs sont partis d’une étude transversale générale menée chez des étudiants de divers pays, qui portait sur des données socio démographies (sexe, âge...), les habitudes de consommation alimentaires et sur l’importance d’une alimentation «saine». Leur étude a porté sur une population étudiante de Turku composée de 1189 sujets (ayant accepté de répondre à l’enquête parmi 4387 étudiants, soit un taux de réponses de 27%). La collecte des informations s’est faite par voie informatique et de manière confidentielle et anonyme. Les étudiants ont donc répondu en ligne et leurs données ont été automatiquement collectées et analysées par l’Université de Turku. Après exclusion des sujets ayant des critères manquants, la population a été ramenée à 1076 étudiants: 314 hommes (29.2%) et 762 femmes (70.8%). La population se répartissait entre 7 disciplines allant des mathématiques à l’économie...

Ils ont répondu à divers questionnaires :

  • une «échelle de stress perçu» à 4 items (Cohen’s Perceveid Styress Scale), le score le plus élevé témoignant d’un plus fort niveau de stress ressenti au cours du dernier mois,
  • une évaluation des habitudes de consommation alimentaire à 12 items, sous forme d’un questionnaire de fréquence de consommation validé. Des échelles de consommation d’aliments malsains (sucreries, pâtisseries, snacks) et d’aliments plus sains (fruits, légumes crus et cuits) ont été constituées selon des scores composites (allant de 3 à 15),
  • L’index d’adhésion au suivi des recommandations alimentaires a été calculé a partir du questionnaire alimentaire. Cet index correspond à un score de 8 points au maximum, obtenu à partir de la consommation de 8 groupes d’aliments (1. Sucreries, biscuits, snacks, 2. Fast food, 3. Boissons sucrées, 4. Fruits, 5. Salades et légumes crûs, 6. Légumes cuits, 7. Viandes, 8. Poissons),
  • L’importance d’une alimentation saine a été côtée de 1 (pas important) à 5 (très important),
  • L’IMC des étudiants a été calculé à partir des données rapportées.
  • Les facteurs confondants ont été pris en compte pour les analyses de régression : âge, sexe, situation économique, mode d’habitation avec ou sans pairs, activité physique modérée et IMC.

Moins de fruits et légumes: la rançon du stress

La consommation de fruits et légumes crus ou cuits (ainsi que de poisson, de viande ou de laitages) et l’adhésion aux recommandations alimentaires étaient toutes les deux associées de manière négative au stress. Ces associations étaient plus marquées chez les étudiants en surpoids et moins chez ceux en sous poids, comparées à ceux qui avaient un poids sain.

Un peu curieusement, la consommation de sucreries, de biscuits et de snacks n’était pas associée au stress

En revanche celui-ci était associé à une moindre importance d’une alimentation saine, quelque soit le sexe et l’IMC. Ces résultats sont en accord avec d’autres études britanniques et irlandaises qui ont constaté que les aliments «sains» (fruits frais, salades, légumes cuits) étaient négativement corrélés au niveau de stress dans les deux sexes.

Le fait que les sucreries n’étaient pas associées au stress peut s’expliquer par le fait qu’en Finlande ces aliments sont rarement consommés de manière régulière, à la différence d’autres résultats de la littérature sur le sujet.

Thierry Gibault
Nutritionniste, endocrinologue, Paris - FRANCE
El Ansari W, Suominen S, Berg-Beckhoff G. Mood and food at the University of Turku in Finland: nutritional correlates of perceived stress are most pronounced among overweight students. Int J Public Health. 2015 Sep;60(6):707-16.
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