N° 193 | janvier 2019

Consommation de F&L et prévention des maladies chroniques : quels bénéfices en santé publique ?

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L’obésité et les maladies non transmissibles (MNTs) qui en résultent, telles que les maladies cardiovasculaires, le diabète et certains types de cancers, coûtent très cher à la société. Le coût du traitement des maladies liées à l’obésité représente environ 10 % de l’ensemble des dépenses de santé dans les pays membres de l’OCDE et la perte de productivité découlant de ces maladies (par exemple le nombre d’heures travaillées, l’absentéisme, la retraite anticipée) est estimée à un peu moins d’1 % du PIB.

La consommation d’aliments mauvais pour la santé, y compris la consommation inadaptée de fruits et légumes, est un facteur de risque majeur pour l’obésité et les MNTs qui y sont associées. Cependant, seuls 12 % des adultes européens déclarent consommer 5 fruits et légumes par jour, comme le recommande l’OMS.

Les analyses réalisées par l’OCDE montrent qu’une faible consommation de fruits et légumes, une alimentation déséquilibrée et une activité physique insuffisante ont tendance à se concentrer dans des groupes spécifiques de la population, notamment chez les personnes les moins aisées ou ayant un faible niveau d’éducation. Les campagnes de santé publique axées sur les personnes présentant un risque élevé de MNTs, les enfants et les jeunes adultes, sont potentiellement efficaces en termes de promotion d’un mode de vie sain et de diminution des risques d’obésité.

Pour lutter contre les MNTs et réduire la mauvaise alimentation, certains pays ont mis en place tout un panel d’orientations politiques, y compris des politiques réglementaires, des politiques de communication, de sensibilisation dans les écoles, sur les lieux de travail ou dans les établissements de soins primaires, et des politiques de reformulation des produits et de changement des portions. Un certain nombre de politiques se sont notamment montrées efficaces et rentables pour réduire la charge que constituent les MNTs.

  • La politique d’intervention la plus efficace, mais également celle qui coûte le plus cher à mettre en place, est la consultation d’un médecin traitant et d’un diététicien par toute personne présentant un risque élevé. L’analyse de l’OCDE montre que la mise en place de ce type de consultation en Europe permettrait à une personne sur dix de vivre en meilleure santé pendant un an supplémentaire. Cette intervention deviendrait rentable environ 10 ans après sa mise en place.
  • Les campagnes visant à augmenter la consommation de F&L à la télévision et à la radio, au niveau national et local, sont courantes dans les pays de l’OCDE (comme la campagne « 5 fruits et légumes par jour » au Chili, en Estonie, en Allemagne, au Mexique, en Nouvelle-Zélande, en Espagne et dans bien d’autres pays). Ces campagnes peuvent entraîner une augmentation de la consommation de F&L de 18 grammes par jour et permettent un retour sur investissement quelques années après leur mise en place.
  • L’étiquetage des aliments, que ce soit dans les magasins ou les restaurants, oriente les consommateurs vers des choix alimentaires plus sains. Par exemple, des étiquettes d’interprétation facile à comprendre placées sur la face avant des emballages d’aliments peuvent aider les consommateurs à faire de meilleurs choix et ainsi améliorer leur alimentation. Ces étiquettes existent déjà (sans être obligatoires) en Australie et en Nouvelle-Zélande (Health Star Rating), au Danemark, en Norvège et en Suède (KeyHole), en Angleterre (système Traffic Light) et en France (Nutri-Score). De la même façon, l’étiquetage des aliments est efficace et rentable pour lutter contre les MNTs.
  • Les campagnes scolaires visant à promouvoir la consommation de fruits et légumes par le biais de la distribution de F&L et de l’éducation nutritionnelle des enfants, telles que le programme de l’UE en faveur de la consommation de F&L à l’école, favorisent efficacement une alimentation plus saine et contribuent à réduire les inégalités sociales entre les enfants, grâce à un impact plus important sur les enfants issus des familles les moins aisées.

La consommation insuffisante de F&L n’est que l’une des facettes du problème de l’obésité et des MNTs, les autres facettes étant une forte consommation de graisse, de sel et de sucre, un manque d’activité physique et un niveau élevé de sédentarité. Il est nécessaire d’évoquer cette problématique dans sa globalité du fait de ses dimensions multiples. Plusieurs secteurs majeurs de l’économie, outre le secteur de la santé, tels que l’agriculture, l’environnement, la finance, les transports et le sport, ainsi que toutes les parties prenantes, ont un rôle à jouer dans la prévention de l’obésité et des MNTs.

* Les opinions exprimées dans ce document n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de l’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE) ou des gouvernements de pays membres.

Marion Devaux
OCDE – FRANCE
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