N° 175 | mai 2017

Consommation de légumes chez les femmes du programme WIC : l’impact de la désirabilité sociale !

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Le comportement alimentaire du consommateur pourrait être influencé par des biais, telle la norme sociale (autrement dit la tendance à fournir des réponses conformes aux réponses attendues 1). Ainsi, à travers le biais de cette «désirabilité sociale» on observe une surestimation déclarée de la prise d’aliments et de nutriments dont la consommation est encouragée, notamment les fruits et légumes (F&L) 2.

Il est donc intéressant d’examiner l’influence réelle de la «désirabilité sociale» sur les résultats des questionnaires de consommation de F&L. Premier pas important: déterminer si celle-ci a un impact sur les données obtenues lorsque la consommation est estimée au moyen d’un outil donné.

Menée auprès de 744 femmes participant au programme WIC, notre étude a examiné l’impact potentiel de la désirabilité sociale sur la fréquence à laquelle les participantes déclaraient consommer des F&L, ainsi que la quantité rapportée. L’étude avait également pour objectif de déterminer si cet éventuel impact était modéré par les caractéristiques des participantes. Cette étude transversale s’est intéressée aux données initiales de la WIC Fresh Start (WFS) - un essai comparatif randomisé, concernant l’éducation nutritionnelle donnée aux femmes participant au programme WIC, afin de favoriser les achats de F&L sur des marchés de producteurs.

La désirabilité sociale, la fréquence de F&L (nombre de fois par jour où les participantes consommaient des F&L) et la quantité de F&L (portions de F&L consommées par jour) ont été déterminées selon différents outils.

Désirabilité sociale élevée = consommation de légumes accrue

Ce travail montre que la désirabilité sociale :

  • impacte significativement la fréquence de consommation de légumes en général et plus particulièrement celle des légumes verts ; et
  • n’a aucun impact sur la quantité et la fréquence de consommation de fruits.

Par ailleurs, chez les femmes allaitantes, la désirabilité sociale n’a pas d’impact sur la consommation de légumes ; alors que pour celles qui n’allaitent pas, elle a un impact positif (une augmentation d’1 point au niveau du score de désirabilité sociale entraînait une augmentation de la fréquence de légumes).

Nécessité de mener des études sur la consommation réelle

Les liens observés basés sur du déclaratif soulignent la nécessité de mener des recherches supplémentaires portant sur la consommation « réelle ». On pourra ainsi déterminer si la désirabilité sociale entraîne des erreurs dans la consommation rapportée (en clair : les personnes surestiment-elles leur consommation en cas de désirabilité sociale élevée ?) ou influence la consommation elle-même (les personnes consomment-elles davantage de F&L en cas de désirabilité sociale élevée ?).

Enfin, en ce qui concerne le lien entre désirabilité sociale et consommation de légumes telle qu’elle est rapportée, des recherches sont également nécessaires pour identifier les facteurs expliquant les différences observées. entre les femmes qui allaitent et celles qui n’allaitent pas.

Jennifer Di Noia
William Paterson University, Wayne, New Jersey, ETATS-UNIS
Di Noia J, Cullen KW, Monica D. Social desirability trait is associated with self-reported vegetable intake among women enrolled in the Special Supplemental Nutrition Program for Women, Infants, and Children. J Acad Nutr Diet. 2016;116:1942-1950.
  1. Hebert JR, Ma Y, Clemow L, et al. Gender differences in social desirability and social approval bias in dietary self-report. Am J Epidemiol. 1997;146(12):1046-1055.
  2. Hebert JR, Hurley TG, Peterson KE, et al. Social desirability trait infl uences on self-reported dietary measures among diverse participants in a multicenter multiple risk factor trial. J Nutr. 2008;138:226S-234S
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