N° 175 | mai 2017

Retrouvez « la banane » avec les fruits et légumes

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On connait les bienfaits des fruits et légumes (F&L) pour la santé et les diffi cultés à augmenter leur consommation par la population.

Cette étude aborde une autre approche. Elle tente d’établir une relation entre la consommation de certains aliments - en particulier les F&L - et le bien être subjectif qui en découle. Les études sur le «bonheur et le bien être» ont donné lieu à une vaste littérature. L’infl uence de l’alimentation a été ignorée. Les recherches classiques sur le « bien être » se focalisent sur les infl uences économiques, personnelles et sociales et s’appuient sur des études pauvres en information sur l’alimentation.

Les auteurs ont utilisé un panel représentatif de 12 000 sujets australiens pour identifi er des liens potentiels entre l’alimentation et la satisfaction ultérieure de la vie et le bonheur.

Des données issues de l’étude australienne HILDA

L’analyse a été réalisée entre 2007 et 2009 puis complétée entre 2009 et 2013.

Les principales données sont issues de l’étude longitudinale australienne HILDA (Household, Income, and Labour Dynamic in Australia) démarrée en 2001 sur un panel représentatif national collectant tous les ans des informations de foyers australiens.

L’échantillon total comportait 12 389 individus. Les données ont été collectées à la fois par des échanges en face à face (informations démographiques et socio économiques) et des auto-questionnaires (santé et le mode de vie).

Quantité moyenne de fruits et légumes consommés : 3.84 portions par jour

Dans les vagues 2007- 2009, 2 questions relatives aux F&L ont été posées :

  • « Y compris en conserve, surgelés, déshydratés et frais, combien de jours par semaine consommez vous des fruits ou des légumes au cours d’une semaine ? »
    Les réponses variaient de 0 (aucun F&L) à 7 jours par semaine.
    Aux sujets qui répondaient avec une fréquence positive, on posait les 2 questions suivantes:
  • « Dans une journée où vous consommez des fruits ou des légumes, combien de portions en prenez-vous ? »

Des supports visuels aidaient les répondants à défi nir une « portion ». Les réponses allaient de 1 à 6 ou plus. La quantité moyenne quotidienne de F&L consommée était de 3.84 portions par jour. 85% des participants consommaient moins de 3 portions quotidiennes de fruits; 60% moins de 3 portions quotidiennes de légumes. 1.83% consommaient plus de 5 portions de fruits et 7.75% de légumes chaque jour de la semaine.

Des scores de «satisfaction de vie» et de « bonheur »

La première variable analysée concernait la satisfaction de vie auto rapportée : « Toutes choses considérées, sur une échelle de 0 à 10, comment êtes vous satisfait de votre vie ? ». Le score moyen était de 7.91. Une seconde mesure, tirée d’un questionnaire de santé de l’étude HILDA - le SF 36 (short form) à 35 items - a été utilisée. « Au cours des 4 dernières semaines avez vous fait l’expérience particulière de la sensation d’être une personne heureuse ? » Les réponses ont été cotées de 1 (aucun moment) à 6 (tout le temps). Le score moyen de «bonheur» obtenu était de 4.43.

Une augmentation liée à la consommation de fruits et légumes

Cet histogramme sur la satisfaction de vie (idem pour les scores de bonheur) montre une relation longitudinale entre la sensation de «bien être subjectif» et 9 niveaux différents de consommation de F&L.

Un changement entre les plus bas niveaux de consommation de F&L vers les plus élevés est associé à une augmentation de satisfaction de vie de 0.24 points soit 8 fois le coeffi cient de 0.03 associé à la plus faible consommation.

Statistiquement, les auteurs concluent que ce n’est pas le niveau de satisfaction de vie ou de bonheur qui infl uence la consommation de F&L, mais l’inverse (données confi rmées par les résultats de 2013).

Ils ont ensuite testé un lien de causalité à partir d’une campagne de santé publique australienne (« Go for 2&5 Campaign ») encourageant l’alimentation saine, qui joue un rôle pour inciter la population à consommer plus de portions de F&L. Ils ont conclu que, même si statistiquement incertaine, cette campagne pouvait avoir augmenté le niveau de satisfaction de vie et de bonheur à l’échelle de la population.

Un effet plus rapide que pour les pathologies chroniques

Au fi nal, les implications de la consommation de F&L sur le bien être sont importantes et agissent sur une durée de 2 ans (2007- 2009), délai bien plus rapide que celui nécessaire pour avoir un impact sur les pathologies chroniques comme les maladies cardio vasculaires. Ainsi, cet effet psychologique peut encourager les gens à augmenter leur consommation de F&L pour leur santé à plus long terme.

Reste à comprendre les mécanismes par lesquels ces aliments agissent aussi rapidement sur le bien être et la qualité de vie (rôle de certaines vitamines - B12 - sur la production de sérotonine, de la carence en folates, de l’effet sur le microbiote, des caroténoïdes sur l’humeur...).

Thierry Gibault
Nutritionniste, endocrinologue, Paris - FRANCE
R. Mujcic et al, Evolution of Well-Being and Happiness After Increases in Consumption of Fruit and Vegetables, AJPH August 2016, Vol 106, N°8, 1504-1510
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