N° 151 | mars 2015

Des emails et des sites web pour diffuser des messages de prévention sur le lieu de travail

On connaît les diffi cultés qu’éprouvent de nombreuses personnes à adopter des comportements favorables à la santé, que ce soit en matière d’alimentation, de consommation de tabac ou d’alcool, d’activité physique ou encore de gestion du poids corporel.

Pour convaincre leurs concitoyens de modifier leurs « mauvaises » habitudes, des chercheurs malaisiens 1 ont voulu explorer l’effi cacité de nouveaux canaux - les sites web et les emails – pour délivrer, sur le lieu de travail, des informations et conseils pratiques sur la prévention des cancers. L’enjeu est de taille… En Malaisie, les cancers sont devenus une des premières causes de mortalité et les comportements de prévention sont encore peu répandus : ainsi, 73 % des adultes consomment moins de cinq portions quotidiennes de fruits et de légumes et 60 % n’ont pas, ou peu, d’activité physique.

Deux échantillons de salariés d’une université publique de Malaisie ont été constitués de façon aléatoire. L’un a servi de base au groupe « intervention », l’autre au groupe « témoin ». In fi ne, 174 sujets ont constitué le groupe intervention (taux d’acceptation de 51 %) et 165 ont formé le groupe témoin (taux de réponse de 60 %).

Un site web spécifique a été créé par les chercheurs. Il comportait 10 modules à télécharger. Ces modules délivraient des informations et conseils pratiques, et proposaient des objectifs en matière d’alimentation, d’activité physique, de gestion du poids et d’autres comportements de prévention des cancers.

  • Le groupe intervention a reçu 10 emails, au rythme d’un par semaine. Ces courriels comportaient un lien vers le site web sur lequel il était possible de télécharger les modules. Au cours de la période d’étude, les membres de ce groupe recevaient également 2 appels téléphoniques de 10 mn destinés à les (re) motiver à consulter le site et les modules.
  • A contrario, les membres du groupe témoin ne recevaient ni emails ni appels téléphoniques.

Des questionnaires soumis aux deux groupes ont recueilli des données sur le régime alimentaire des participants (rappel des 24 heures), le mode de vie (tabac, alcool), les caractéristiques anthropométriques (IMC, tour de taille) ainsi que des données psychosociales : niveau de connaissance des facteurs de risque du cancer, bénéfi ces et inconvénients perçus de la réduction de la teneur en graisses de la ration, de l’augmentation de la consommation de fruits et légumes, et de l’activité physique. Pour chacun de ces trois comportements, le positionnement dans le processus de changement a été identifi é (selon le modèle en 5 stades proposé dans les années 70 par Prochaska et DiClemente : Pré-contemplation, Contemplation, Préparation / Détermination, Action et Maintien). Le protocole de l’étude prévoyait le recueil de toutes ces informations au démarrage du programme, immédiatement après l’intervention et trois mois à l’issue de celle-ci.

L’article rapporté ici présente les résultats préliminaires de l’étude et permet de préciser le profi l des personnes ayant accepté d’y participer. Les auteurs commencent par souligner qu’au démarrage de l’intervention, il n’y avait, sur les nombreuses données recueillies par questionnaire ou mesure, quasiment pas de différences signifi catives entre le groupe témoin et le groupe intervention.

Le taux de participation obtenu (55 %) était supérieur à celui d’études similaires (souvent inférieur à 50 %). Cela montre, selon les auteurs, que les personnels universitaires sont particulièrement demandeurs de nouvelles informations sur la santé. Parmi les personnes ayant accepté de participer au dispositif, les femmes et les jeunes étaient surreprésentés. L’analyse de 23 autres études dans lesquelles le web et les emails ont été utilisés comme canaux pour diffuser des messages de prévention avait conduit au même constat : l’intérêt plus marqué de ces deux sous-groupes pour ce type de technologies.

15 % des participants étaient obèses, un chiffre légèrement plus élevé que la moyenne nationale. Les lipides représentaient en moyenne 31 % de l’apport calorique, résultat légèrement supérieur au chiffre enregistré pour la population générale du pays, et supérieur également aux recommandations nationales (contribution des lipides comprise entre 20 et 30 %). Pour les auteurs, ces résultats sont à mettre en relation avec l’environnement de travail des sujets : les salariés de l’université ont une activité sédentaire et plus enclins à grignoter les snacks proposés par les distributeurs situés à proximité des bureaux. Quant à la consommation de fruits et légumes - seulement une portion de fruits par jour et moins d’une portion de légumes par jour - elle était inférieure de moitié aux guidelines du gouvernement malaisien. Ces constats justifi ent, aux yeux des chercheurs, l’intérêt de mener des actions de prévention sur le lieu de travail.

S’agissant des stades de changement, la majorité des volontaires se situait dans la phase « Préparation » (à l’action) pour les trois changements considérés : diminuer l’apport en graisses, manger davantage de fruits et légumes et accroître l’activité physique. Les sujets avaient donc franchi les deux premiers stades de Pré-contemplation et Contemplation, ce qui pouvait augurer d’un impact positif du programme. L’étude montre enfi n que l’évaluation des bénéfi ces et inconvénients des trois modifi cations suggérées varie en fonction du stade où se situe l’individu. Ainsi, les bénéfi ces perçus sont moindres et les inconvénients perçus plus importants chez les personnes au stade Pré-contemplation / Contemplation que chez les sujets plus avancés dans le processus de changement (stades Préparation, Action et Maintien).

Eric Birlouez
Sociologue de l’agriculture et de l’alimentation, Paris, FRANCE
  1. A Workplace Email-linked Website Intervention for Modifying Cancer-related Dietary and Lifestyle Risk Factors : Rationale, Design and Baseline Findings – Ang YK, Mirnalini K & Zalilah MS, Mal J Nutr 19(1):37-51, 2013.
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