N° 200 | septembre 2019

Favoriser la consommation de F&L et de baies chez les diabétiques de type 2

On compte actuellement 415 millions d'adultes diabétiques de type 2 dans le monde. Selon la Fédération Internationale du diabète, ils seront 640 millions en 2040. La prévalence du DT2 est liée au surpoids et à l'obésité, qui augmentent également le risque de maladie coronarienne et d'accident vasculaire cérébral. Une alimentation saine réduit le risque de DT2 et sa régulation est une cible essentielle dans la prise en charge. En dépit des progrès thérapeutiques, le comportement humain demeure un facteur clé pour améliorer la santé.  

Promouvoir des changements de comportement à long terme chez les patients est un défi pour les professionnels de santé. De nombreuses recherches ont porté sur l'expérience et la motivation. La régulation alimentaire suppose, en plus du contrôle du poids, de sélectionner des aliments sains. On conseille aux diabétiques des aliments riches en fibres, comme les F&L, les baies et des graines complètes et de réduire les graisses, les sucres simples et le sel. Une alimentation de type Méditerranéen améliore le contrôle glycémique, la perte de poids et le HDL cholestérol. Une alimentation saine et un rythme alimentaire régulier comprenant un petit déjeuner, éviter l'hyperphagie sont associés au maintien du poids à long terme.

La théorie de l'autodétermination

Selon la théorie de l’autodétermination, les individus sont placées sur un continuum allant de l'absence de motivation jusqu’à la motivation intrinsèque :

  • A une extrémité, les comportements sont motivés par des régulations externes. La personne suite à une contrainte peut contrôler temporairement son comportement, mais si elle cesse, le comportement s'arrête. Dans cette situation le sujet ne s'investit pas dans le comportement prescrit et fait un effort minimal.
  • La régulation peut être introjectée : le sujet "internalise" la contrainte externe et exerce sur lui même une pression pour changer. En cas d'échec il ressent de la culpabilité, s'il réussit il se sent fier. Cette motivation est ambivalente et instable.
  • La régulation identifiée est plus auto déterminée et implique une acceptation consciente de l'importance du comportement pour atteindre des objectifs personnels valorisés. Ainsi, Le sujet maintient un comportement en dépit des difficultés. .
  • Dans la régulation intégrée, la personne s'identifie à la régulation et associe cette identification à ses autres valeurs personnelles.
  • La motivation la plus forte est la motivation intrinsèque: les comportements sont motivés de façon autonome par la satisfaction qu'ils procurent et non pour atteindre des résultats personnels comme dans la motivation intégrée. Cependant, une minorité de patients DT2 sont intrinsèquement motivés pour contrôler leur comportement alimentaire.

Le rôle essentiel de l'autonomisation

Selon les recherches sur l'autodétermination, plus les comportements sont régulés de manière autonome, plus ils demeurent stables dans le temps. L'autonomisation dépend de 3 besoins importants :

  • se sentir compétent
  • se sentir autonome dans ses actions plutôt que contrôlé ou contraint
  • avoir des relations sociales de soutien.

Ce modèle suppose qu'un environnement médical soutenant l'autonomie favorise la compétence perçue par le patient et la régulation autonome de son comportement. Un tel climat relationnel a prouvé son efficacité en terme de maintien à long terme du changement d'habitudes alimentaires. D'autres facteurs (comme la dépression et le statut socio-économique) peuvent moduler la réussite. Ils ont été négligés dans la théorie de l'auto détermination. Pourtant, la prévalence de la dépression est plus élevée chez les DT2 et est associée à une moindre auto-prise en charge du diabète. Un faible statut socio-économique prédit de plus mauvaises habitudes alimentaires.

5 167 diabétiques finlandais étudiés

Une étude finlandaise a analysé si :

  • le soutien médical de l'autonomie, la motivation autonome et la compétence ressentie étaient positivement associés à une consommation de F&L et de baies chez les DT2
  • la motivation autonome et la compétence personnelle servaient d'intermédiaire au soutien de l'autonomie.

5 167 diabétiques ont été recensés (57% d'hommes et 43% de femmes). Une étude pilote a testé la première version du questionnaire sur 50 sujets et la version finale a été adressée à tous les participants en septembre 2011.

Au final, le taux réponse était de 56% (57% pour les femmes et 54% pour les hommes). L'âge moyen était de 63 ans.

La consommation totale de fruits, légumes frais et cuits et de baies  a été mesurée (FVBI- Fruit, vegetables and berries intake) durant la dernière semaine. Les auteurs ont calculé la somme moyenne des échelles de support d'autonomie perçue, de compétence, d'énergie, de bien être émotionnel, de sentiment de cohérence, de stress de la vie, de soutien social dans le diabète et de FVBI.

Soutenir la motivation autonome et la compétence du soin de soi des patients

La motivation autonome et le genre féminin sont les deux déterminants les plus fortement associés avec le FVBI chez les diabétiques de type 2. Autres déterminants:  un haut niveau d'éducation et de support social, un âge avancé et un fort sentiment de cohérence. La motivation autonome et la compétence du soin de soi médiatisaient l'effet du support d'autonomie perçue d'un médecin sur la prise de fruits, légumes et baies.

Les médecins peuvent donc favoriser la consommation de ces végétaux chez leurs patients en soutenant leur motivation autonome et leur compétence du soin de soi.

D'après : A.M. Koponen et al, Health Psychology Open, January-June 2019:1-11; How to promote fruits, vegetables and berries intake among patients with type 2 diabetes in primary care ? A self-determination theory perspective.

Thierry Gibault
Nutritionniste, endocrinologue, Paris, FRANCE
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