N° 147 | novembre 2014

FLAVURS l’a prouvé : les fruits et légumes riches en flavonoïdes améliorent la fonction vasculaire chez les hommes à risque cardiovasculaire

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Les bénéfices pour la santé des fruits et légumes (F&L) sont largement promus pour leur action préventive contre les maladies cardiovasculaires (MCV) 1. Ils contiennent des composés cardioprotecteurs, comme les fibres, les folates, les nitrates, des vitamines et des phytonutriments comme les flavonoïdes, particulièrement bénéfiques pour la fonction vasculaire en ralentissant la progression de l’athérosclérose 2.

La richesse en flavonoïdes des baies, agrumes, pommes, poivrons, oignons et brocolis

Des flavonoïdes, comme les anthocyanes, les flavonols et les flavanones se trouvent en grande quantité dans toute une variété de fruits et légumes, en particulier les baies, les agrumes, les pommes, les poivrons, les oignons, le brocoli et les herbes aromatiques 3. Ils seraient en partie responsables des bénéfices cardiovasculaires observés dans la consommation de F&L.

Les résultats de certaines études épidémiologiques suggèrent qu’une plus forte consommation de F&L et de flavonoïdes est associé à un moindre risque de MCV 1. Bien que limitées, les études d’intervention suggèrent que la consommation de F&L riches en flavonoïdes peut réduire les marqueurs de risque de MCV comme la dysfonction endothéliale, l’inflammation et le stress oxydatif 4-8. Cependant, il existe peu de données précisant la contribution des flavonoïdes des F&L à la santé cardiovasculaire et les quantités optimales de F&L requises. Les recommandations de santé publique actuelles varient considérablement entre les différents pays quant aux quantités et aux variétés de F&L 9.

L’étude FLAVURS : évaluer les quantités optimales et les variétés de F&L nécessaires pour promouvoir la santé vasculaire

Pour répondre à cette question, nous avons mené l’étude FLAVURS - FLAvonoids and Vascular University of Reading Study - (étude des flavonoïdes et du système vasculaire de l’Université de Reading) afin d’évaluer les quantités optimales et les variétés de F&L nécessaires pour promouvoir la santé vasculaire et réduire d’autres marqueurs connus de risque de MCV. Nous avons recruté 174 hommes et femmes vivant à domicile, consommant de faibles quantités de F&L (moins que la moyenne au Royaume Uni, soit 4,4 portions de F&L par jour), âgés de 26 à 70 ans et identifiés comme à risque de MCV 10. Les participants ont été placés de manière aléatoire dans un des deux groupes de traitements nutritionnels (F&L riches ou pauvres en flavonoïdes) ou dans un groupe témoin, à qui on a demandé de maintenir leur consommation habituelle de F&L durant les 18 semaines de l’étude. Ces 18 semaines ont été divisées en 3 phases de 6 semaines chacune. On a demandé aux participants des groupes traitements d’augmenter leur consommation quotidienne habituelle de F&L par +2 (phase 1), puis +4 (phase 2) puis +6 (phase 3). Des approvisionnements hebdomadaires en F&L riches et pauvres en flavonoïdes ont été distribuées aux participants.

Afin d’évaluer les progrès thérapeutiques et l’observance, des mesures vasculaires, urinaires, sanguines, anthropométriques, alimentaires et de mode de vie ont été effectuées au début et après 6, 12 et 18 semaines d’étude chez tous les participants. Les participants aux deux groupes de traitement F&L ont globalement respecté les quantités cibles de F&L à toutes les phases de l’étude et 154 participants ont complété l’étude 11.

Une consommation élevée de F&L a amélioré la fonction vasculaire des hommes et des femmes à risque de MCV

Chez les hommes consommant 2 portions supplémentaires de F&L riches en flavonoïdes par jour (≥6 portions total F&L), il a été observé une amélioration de la réactivité microvasculaire endothélium-dépendante, un marqueur clé de la fonction vasculaire (p=0,017) associée à une amélioration concomitante des marqueurs de l’inflammation, (diminution de la protéine C-réactive (p=0,001), de l’E-Selectine (p=0,0005) et de la molécule d’adhérence cellulaire vasculaire (p=0.0468)).

Nous avons également noté des améliorations de l’oxyde nitrique (NO) plasmatique à la fois chez les hommes et chez les femmes (p=0,0243) consommant 3 portions supplémentaires de F&L riches en flavonoïdes (≥7 portions au total), qui n’ont pas été observées dans le groupe témoin ou le groupe consommant des F&L pauvres en flavonoïdes. Ceci suggère des bienfaits plus importants aux fonctions endothéliales et vasculaires associés aux F&L riches en flavonoïdes par rapport aux F&L pauvres en flavonoïdes ou une alimentation généralement pauvre en F&L.

Enfin, nous avons noté que l’augmentation de la consommation de F&L, quelle que soit la teneur en flavonoïdes dans l’ensemble du groupe, semblait contrecarrer le déclin de la fonction vasculaire observé dans le groupe témoin durant cette étude, notamment, la rigidité vasculaire, mesurée par l’analyse des ondes pulsées (P=0,0065) et par la réduction des taux d’oxyde nitrique plasmatiques (P=0.0299).

Globalement, une consommation élevée de F&L a amélioré la fonction vasculaire des hommes et des femmes à risque de MCV qui consommaient moins de F&L que les quantités recommandées. De plus, les F&L riches en flavonoïdes semblent être particulièrement bénéfiques chez les hommes de notre échantillon. Les bénéfices globaux pour les hommes comme pour les femmes étaient les plus élevés lorsqu’ils consommaient 3 portions supplémentaires de F&L riches en flavonoïdes par rapport à leur consommation quotidienne habituelle.

Quelles recommandations nutritionnelles en termes de santé publique?

Nos résultats étayent les recommandations d’augmenter la consommation de F&L à environ 6 portions par jour. Les bénéfices supplémentaires provenant de F&L riches en flavonoïdes. Dans l’étude FLAVURS ceci est particulièrement pertinent pour les hommes à haut risque de MCV.

Anna L. Macready
Unité Hugh Sinclair de Nutrition Humaine et Institut de Recherche Cardiovasculaire et Metabolique, Université de Reading, Berkshire, ROYAUME-UNI
Trevor W. George
Unité Hugh Sinclair de Nutrition Humaine et Institut de Recherche Cardiovasculaire et Metabolique, Université de Reading, Berkshire, ROYAUME-UNI & Université de Northumbrie, Faculté de la Santé et des Sciences de la Vie, Newcastle sur Tyne, ROYAUME-UNI
Mary F. Chong
Unité Hugh Sinclair de Nutrition Humaine et Institut de Recherche Cardiovasculaire et Metabolique, Université de Reading, Berkshire, ROYAUME-UNI & Centre de Recherche en Nutrition Clinique, Institut des Sciences Cliniques de Singapour, Singapour
Julie A. Lovegrove
Unité Hugh Sinclair de Nutrition Humaine et Institut de Recherche Cardiovasculaire et Metabolique, Université de Reading, Berkshire, ROYAUME-UNI
  1. Schini-Kerth, V., et al., Vascular Protection by Natural Product-Derived Polyphenols: In Vitro and In Vivo Evidence. Planta Med, 2011. 77: p. 1161–1167.
  2. Asmar, R., et al., Reversion of cardiac hypertrophy and reduced arterial compliance after converting enzyme inhibition in essential hypertension. Circulation, 1988. 78(4): p. 941-950.
  3. Rice-Evans, C.A. and L. Packer, Flavonoids in health and disease. 2nd ed. 2003, New York, US: Marcel Dekker Inc.
  4. George, T.W., et al., Effects of chronic consumption of fruit and vegetable puree-based drinks on vasodilation, plasma oxidative stability and antioxidant status. Journal of Human Nutrition and Dietetics, 2012. 25(5): p. 477-487.
  5. Hobbs, D.A., et al., Blood pressure-lowering effects of beetroot juice and novel beetrootenriched bread products in normotensive male subjects. British Journal of Nutrition, 2012. 1(1): p. 1-9.
  6. Dohadwala, M., et al., Effects of cranberry juice consumption on vascular function in patients with coronary artery disease. American Journal of Clinical Nutrition, 2011. 93(5): p. 934-940.
  7. Morand, C., et al., Hesperidin contributes to the vascular protective effects of orange juice: a randomized crossover study in healthy volunteers. American Journal of Clinical Nutrition, 2011. 93(1): p. 73-80.
  8. George, T., et al., Effects of acute consumption of fruit and vegetable puree-based drinks on vasodilation and oxidative status. British Journal of Nutrition, 2012. 109(8): p. 1442-52.
  9. WHO, Food based dietary guidelines in the WHO European region, Eur/03/5045414. 2003, Copenhagen, Denmark: World Health Organisation.
  10. Wilson, P.W.F., et al., Prediction of coronary heart disease using risk factor categories. Circulation, 1998. 97(18): p. 1837-1847.
  11. Chong, M.F., et al., Impact of the quantity and flavonoid content of fruits and vegetables on markers of intake in adults with an increased risk of cardiovascular disease: the FLAVURS trial. European Journal of Nutrition, 2013. 52: p. 361-378..
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