N° 75 | février 2008

Impact d’un régime alcalinisant sur l’excrétion rénale des acides

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Les acides dans l’organisme

Les acides présents dans l’organisme sont d’origine alimentaire ou métabolique. L’intestin, les poumons et les reins contrôlent l’équilibre acido-basique. Au niveau intestinal, les aliments contenant les acides et les bases sont absorbés. Au niveau pulmonaire, le contrôle respiratoire de l’équilibre acide-base (EAB) s’effectue par l’expiration d’acides volatils comme l’acide carbonique. Les reins sont le seul organe capable d’excréter les acides forts non volatils (acide sulfurique, acide chlorhydrique, etc.) De plus, ils régénèrent les bicarbonates qui sont un élément essentiel du tampon sanguin. Les reins et les poumons régulent l’équilibre acido-basique et maintiennent ainsi le pH sanguin dans un intervalle très étroit (7,35-7,45).

Les sources alimentaires d’acides et de bases

Les fruits, comme les oranges ou les pommes, ont un goût acide à cause de leur teneur élevée en acide citrique ou acide malique. Cependant, même s’il s’agit d’acides organiques, ceux-ci n’ont aucun impact prolongé sur l’acidité de l’organisme car ils sont volatils et en général complètement métabolisés et expirés sous forme de dioxyde de carbone. Seuls les acides organiques qui échappent à la réabsorption rénale ont un impact sur l’acidité corporelle, car ils nécessitent des bases cationiques pour leur excrétion.

Selon les connaissances actuelles, les aliments contenant plus d’anions (Cl, SO4) que de cations (Na, K, Mg) inorganiques sont acides tandis que ceux ayant plus de cations que d’anions sont alcalins. C’est ainsi : les cations inorganiques sont alcalins et les anions inorganiques sont acides. Les protéines soufrées sont une source alimentaire d’acide sulfurique qui est un acide fort. Ces anions acides nécessitent des cations alcalins (Na, K, Mg) pour les tamponner et pour les métaboliser ou les excréter. Les fruits et légumes, en particulier les pommes de terre, les légumes à feuilles vertes, les herbes aromatiques comme le persil, les fruits secs (la déshydratation concentre les cations) comme les figues, les raisins, contiennent habituellement plus de cations alcalins sous forme de sels organiques (Na, K, Mg) que d’anions acides non-volatils (Cl, SO4). Comme il a été mentionné auparavant, les composants organiques sont surtout métabolisés en dioxyde de carbone et expirés, tandis que les cations sont alcalinisants.

Les fruits et légumes sont donc de bonnes sources alimentaires d’alcalins.

Alimentation actuelle

La densité nutritionnelle des F&L actuels est moins élevée que celle des F&L récoltés avant l’essor de l’agriculture. Il est généralement recommandé de consommer au moins cinq portions de F&L par jour. Une augmentation de la charge acide, liée à la consommation de protéines, peut être compensée par une consommation appropriée de F&L, comme aux temps préagricoles.

On peut se demander si l’alimentation moderne fournit suffisamment d’aliments alcalinisants ? Des études ont montré que ce n’est pas souvent le cas, notre alimentation étant à l’origine d’une acidose peu marquée mais latente, où le pH sanguin frôle la limite inférieure de la normale.

Pour conserver les cations dans l’organisme et maintenir un pH plutôt alcalin, les reins compensent en augmentant la production d’ammoniaque. L’ammoniaque est un élément important dans l’excrétion nette des acides corporels et un tampon pour les protons urinaires.

En outre, les réserves osseuses de cations peuvent être mobilisées pour compenser le déficit d’alcalins alimentaires ou neutraliser l‘augmentation des acides alimentaires. Connaître les teneurs en acides et en bases des aliments est donc très utile et c’est tout l’intérêt de l’indice PRAL.

Calcul de l’acidité des aliments

La charge acide rénale potentielle (l’indice PRAL) mesure la charge acide des aliments. Un excès d’anions (par exemple l’anion sulfate SO4 provenant de la dégradation des protéines) par rapport aux cations minéraux (K, Na, Mg) aboutit à un PRAL élevé. On peut calculer cet indice à partir de la teneur des aliments en différents minéraux.

Des études récentes montrent que les protéines augmentent la résistance osseuse chez les personnes âgées et les enfants grâce à leur effet anabolisant sur le squelette. Une consommation appropriée de F&L apportant des alcalins contrecarre l’effet négatif des protéines aux PRALs élevés.

Les tableaux de PRAL aident donc à faire les bons choix alimentaires, facilitant ainsi la régulation rénale.

Shoma Berkemeyer
Institut de Recherche en Nutrition Pédiatrique, Dortmund, Allemagne
Thomas Remer
Institut de Recherche en Nutrition Pédiatrique, Dortmund, Allemagne
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