N° 163 | avril 2016

Impact des subventions et taxes alimentaires sur les taux de mortalité des maladies liées à l’alimentation en Nouvelle-Zélande

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Taxes alimentaires et subventions pour promouvoir une alimentation saine

Dans le monde entier, une mauvaise alimentation contribue significativement au lourd fardeau de pathologies diverses, les risques les plus élevés étant liés à de faibles consommations de fruits et de fortes consommations de sel. La réunion au sommet des Nations Unies sur la prévention et la maîtrise des maladies non transmissibles a identifié deux priorités internationales : améliorer l’alimentation et réduire les apports en sel. Plusieurs pays sont en train d’instaurer différentes actions afin d’atteindre ces objectifs.

Les subventions et les taxes alimentaires liées à la santé, sous la forme d’une augmentation du prix des aliments malsains et/ou d’une réduction de celui d’aliments sains, représentent un moyen pour promouvoir une alimentation plus saine.

Des obstacles à l’adoption des politiques de taxation Plusieurs pays ont instauré des taxes sur les aliments malsains comme les boissons sucrées et les évaluations suggèrent qu’elles sont efficaces pour réduire la consommation des aliments concernés. Ainsi, le programme britannique « Healthy Start » propose aux femmes enceintes nécessiteuses, des coupons pour l’achat de fruits et légumes ; en Australie, les fruits et légumes (ainsi que d’autres aliments de base) sont exemptés de la taxe sur les biens et les services.

Cependant, les données actuelles révèlent d’importantes lacunes faisant obstacle à l’adoption et l’instauration de ces mesures politiques dans de nombreux pays. Parmi ces lacunes on peut citer la possibilité d’achats compensatoires d’aliments non ciblés, l’impact sur différents groupes socio-économiques ainsi que les effets à long terme sur la santé et la mortalité.

Analyse des effets des subventions et taxes alimentaires via une modélisation

Notre objectif a été d’analyser le lien entre les différentes subventions et taxes alimentaires et la mortalité due aux maladies liées à l’alimentation en Nouvelle-Zélande. Nous nous sommes particulièrement intéressés à l’impact d’achats alimentaires compensatoires et aux effets selon les revenus et l’origine ethnique.

Nous avons utilisé une modélisation informatique, basée sur les données néo-zélandaises de dépenses alimentaires des ménages, la variabilité du prix des aliments et les taux de maladies liés à l’alimentation, au sein de la population pour effectuer des simulations après introduction de cinq subventions et taxes différentes. Les modifications des taux de mortalité par maladies cardiovasculaires, cancer, diabète et autres maladies liées à l’alimentation, ont été évaluées.

Augmentation de la consommation de fruits et légumes avec une subvention de 20% du prix des F&L

Notre modèle a prédit qu’une subvention de 20% du prix des fruits et légumes augmenterait leur consommation de 12 et 18% respectivement au sein de la population. Elle préviendrait ou retarderait environ 560 décès chaque année (2% de la mortalité toutes causes confondues). De la même manière, une taxe de 20% sur les aliments riches en graisses saturées préviendrait ou retarderait environ 1500 décès par an et 2000 décès par an pour une taxe sur le sodium. En combinant ces différentes mesures, on estime que l’on préviendrait ou retarderait près de 2400 décès (8% de la mortalité toutes causes confondues). L’impact chez les Maoris et les familles à faibles revenus était relativement similaire voire plus important.

Toute réglementation des prix alimentaires comporte un risque de conséquences imprévues, comme le report sur l’achat d’autres aliments aussi malsains. Nos modèles suggèrent, par exemple, qu’une taxe sur le sodium pourrait provoquer une hausse de 2% des achats de matières grasses saturées et une baisse de 3% des achats de légumes. Ces conséquences pourraient contrecarrer l’impact bénéfique des taxes liées à la santé, cependant notre modélisation montre que l’effet global sur les taux de mortalité au sein de la population resterait positif. Cela nous rappelle néanmoins qu’il est indispensable de prendre en compte l’ensemble des conséquences de toute subvention ou taxe sur l’alimentation de la population.

De plus grands bénéfices sur certaines populations

Nos modèles suggèrent que les groupes de population comme les Maoris ou les Néo-Zélandais à faibles revenus pourraient tirer un plus grand bénéfice d’une réglementation des prix alimentaires. Leur Indice de Masse Corporelle (IMC) plus élevé les expose à un plus fort risque de maladies cardiovasculaires et de diabète et ils sont plus sensibles à l’impact des modifications de prix alimentaires.

Une stratégie plus efficace et plus rentable

Comparées à d’autres stratégies pour prévenir l’obésité et les maladies liées à l’alimentation, les subventions et les taxes alimentaires liées à la santé sont probablement plus rentables. Des études précédentes ont montré que les taxes sur les aliments et boissons malsains permettraient de faire des économies et seraient plus efficaces que des programmes ciblant la perte de poids individuelle ou des programmes d’éducation communautaire ou scolaire. Les subventions d’aliments sains comme les fruits et légumes étant coûteuses, l’association de différentes subventions et de taxes peut être la meilleure option, non seulement pour la santé publique mais également pour l’économie nationale.

Amélioration de l’alimentation et réduction de la mortalité

Globalement, nos recherches suggèrent que les subventions et les taxes sur les aliments liés à la santé pourraient améliorer l’alimentation et réduire la mortalité due aux pathologies liées à l’alimentation en Nouvelle-Zélande. Il existe cependant des incertitudes au niveau de ces modèles. Par exemple, le secteur agro-alimentaire pourrait reformuler certains aliments de manière plus saine pour répondre à l’instauration de ces subventions et taxes, rehaussant ainsi les bénéfices pour la santé. Notre étude renforce les preuves déjà existantes indiquant que les subventions et taxes alimentaires pourraient améliorer la santé publique et réduire les inégalités, mais il reste encore beaucoup à faire pour en améliorer l’estimation de leur impact sur la santé.

Cliona Ni Mhurchu
Institut National pour l’Innovation en Santé, Ecole de Santé des Populations, Université d’Auckland, NOUVELLE-ZELANDE
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