N° 174 | avril 2017

Influence de la sécurité alimentaire sur la consommation de fruits et légumes

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Une alimentation riche en produits à forte densité nutritionnelle, comme les fruits et légumes, favorise une bonne santé, prévient l’obésité et réduit le risque de pathologies chroniques, comme les maladies cardio-vasculaires, le diabète de type 2 et le cancer.

Malgré tous ces bénéfices connus, la plupart des Américains ne respectent pas les quantités journalières de fruits et légumes recommandées !

Obstacles à la consommation de fruits et légumes et insécurité alimentaire

Des études sur les obstacles à la consommation de fruits et de légumes (F&L) ont identifié plusieurs facteurs clés, notamment les préférences gustatives, le manque de temps pour préparer ces aliments, leur prix et leur disponibilité. Si la plupart des études intègrent les variables socio-économiques, peu envisagent le rôle de l’insécurité alimentaire. Or, lorsque l’on tient compte des revenus, l’insécurité alimentaire est couramment associée à une mauvaise alimentation, une mauvaise santé et des taux d’obésité supérieurs chez la femme. Cette étude a donc pour objectif d’examiner si les données récoltées concernant les obstacles rencontrés pour adopter une alimentation saine varient selon l’état de la sécurité alimentaire.

Pour ce faire, nous avons utilisé les données transversales recueillies dans des quartiers défavorisés d’Oakland, en Californie, entre 2013 et 2014, pour analyser l’association entre obstacles à une alimentation saine et consommation alimentaire. Le recrutement a ciblé les habitants des zones défavorisées (n = 10792) pour un échantillon final de 531 participants.

À l’aide d’un questionnaire de 26 questions concernant l’alimentation, nous avons mesuré la consommation moyenne quotidienne de F&L. Nous avons également évalué les obstacles à la consommation d’aliments sains, tels qu’ils sont rapportés par les sujets, notamment :

  • Obstacles de niveau faible => Goûts, restrictions financières et manque de temps pour préparer les aliments
  • Obstacles de niveau intermédiaire => Evaluation des produits proposés, qualité et disponibilité

Une régression linéaire multivariée a évalué le lien entre les obstacles des deux niveaux et la consommation de F&L.

Des différences importantes en fonction de la sécurité alimentaire

Pour ce qui est du lien entre les obstacles à une alimentation saine et la consommation de F&L rapportée par les sujets, nous avons observé des différences importantes en fonction de la sécurité alimentaire, après intégration des revenus.

Chez les personnes bénéficiant d’une bonne sécurité alimentaire, l’aversion des aliments et leurs prix sont associés à une consommation inférieure de F&L.

Il est donc possible que les interventions visant à rendre les aliments sains plus appétissants, faciles à préparer et moins coûteux, soient efficaces chez les populations bénéficiant d’une bonne sécurité alimentaire.

Chez les sujets en insécurité alimentaire, la consommation de F&L est liée au manque de temps et non aux préférences gustatives et au coût.

Le coût intervient peu : une surprise

L’absence de lien coût et consommation d’aliments dans cette étude est une surprise. D’autres études ont montré que le coût avait un impact élevé sur les décisions en matière d’alimentation chez les populations à faibles ressources. Dans notre étude, la probabilité que le coût soit un obstacle était trois fois plus élevé chez les répondants souffrant d’insécurité alimentaire.

Néanmoins, certaines études ont montré que les foyers à faibles revenus n’indiquent toujours pas le coût parmi les obstacles directs à une alimentation saine. Explication possible : ces foyers peuvent avoir tellement l’habitude d’établir leur budget selon une faible quantité de F&L, que le coût n’est plus un obstacle à leurs yeux. Des études supplémentaires sont certainement nécessaires pour préciser le lien entre, d’une part, les préférences gustatives et le coût, et d’autre part, la consommation d’aliments sains dans des populations en situation d’insécurité alimentaire.

Le manque de temps : un obstacle classique !

Alors que la sécurité alimentaire joue une influence sur les goûts et le coût, le manque de temps pour préparer les aliments sains est associé à une baisse de la consommation et ce, quel que soit le niveau de sécurité alimentaire. Tout cela est cohérent avec d’autres études selon lesquelles le temps dédié à la préparation des aliments a un effet sur la quantité consommée, particulièrement chez les personnes à faibles revenus.

Inclure le niveau de sécurité alimentaire dans les études à venir

Plus l’alimentation comprend des repas « fait-maison », plus sa qualité augmente : à partir de ce constat, il pourrait être intéressant de réduire le temps nécessaire (réel ou perçu) pour préparer les aliments sains, tout en rendant ces derniers plus accessibles ou en fournissant davantage d’informations pour aider les familles à planifier leurs repas, à la fois en cas de sécurité et d’insécurité alimentaires.

Ces résultats suggèrent, qu’en plus des revenus, il conviendrait d’inclure le niveau de sécurité alimentaire dans les études portant sur les obstacles à une alimentation saine. La conception des interventions et politiques en matière d’alimentation devraient tenir compte de ces facteurs.

Kim Mook
Université Johns Hopkins, École Bloomberg de santé publique, Département de politique et de gestion de la santé et Département de la santé internationale, Maryland
Barbara A. Laraia
École Berkeley de santé publique, Service Santé Communautaire et développement humain, Californie, ETATS-UNIS
Vanessa M. Oddo
Université Johns Hopkins, École Bloomberg de santé publique, Département de politique et de gestion de la santé et Département de la santé internationale, Maryland
Jessica C. Jones-Smith
Université Johns Hopkins, École Bloomberg de santé publique, Département de politique et de gestion de la santé et Département de la santé internationale, Maryland
Mook, K., Laraia, B. A., Oddo, V. M., & Jones-Smith, J. C. (2016). Peer Reviewed: Food Security Status and Barriers to Fruit and Vegetable Consumption in Two Economically Deprived Communities of Oakland, California, 2013– 2014. Preventing chronic disease, 13.
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