N° 134 | septembre 2013

Influence des parents dans la prévention des risques cardiovasculaires chez les enfants

Les précurseurs des maladies cardiovasculaires (MCV) peuvent apparaître dès l’enfance et évoluer jusqu’à l’âge adulte 1-4. L’impact de l’environnement socio-économique ou psychosocial sur le développement des facteurs de risques de MCV chez les enfants est encore sujet à débat. Aucune étude n’a examiné l’impact de ces influences sur l’ensemble des facteurs de risques de MCV chez les enfants.

Nous avons donc étudié les associations entre

  1. le statut socioéconomique (SSE) des parents,
  2. l’hygiène de vie des parents (tabagisme, consommation d’alcool et activité physique),
  3. les facteurs de risques de MCV chez les parents et les facteurs de risques CV chez les enfants pouvant contribuer au cumul des facteurs de risques qui persisteraient à l’âge adulte.

« The Uppsala Family Study »

L’étude familiale d’Uppsala a débuté en 2000-2001. 602 familles ont été suivies (les parents et leurs deux enfants biologiques, âgés de 5 à 14 ans) 5. Le SSE des parents (profession et niveau d’éducation des deux parents) et leur hygiène de vie (tabagisme, activité physique et consommation d’alcool) ont été obtenus à l'aide de questionnaires. Les facteurs de risques de MCV (cholestérol, rapport ApoB/ApoA1, taux de leptine et d'adiponectine, pression artérielle, Indice de Masse Corporelle (IMC) et surpoids/obésité combinés) ont été déterminés chez les parents et leurs enfants par des méthodes classiques.

Chez les enfants, le surpoids et l’obésité ont été calculés selon les critères liés à l’âge et au sexe du Groupe d’Intervention International sur l’Obésité (International Obesity Task force). Chez les parents, ils ont été calculés selon les critères de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Les associations entre les expositions des parents et les facteurs de risques MCV chez leurs enfants ont été analysées par régression linéaire multivariée. Seules les associations combinant des résultats binaires, comme IMC normal ou surpoids/obésité, ont été analysées par régression logistique multivariée chez les enfants. Toutes les analyses ont été ajustées selon l’âge des enfants, leur sexe, leur stade pubertaire et l’agrégation familiale. Les analyses des associations entre l’hygiène de vie des parents et les résultats des enfants ont été ajustées de nouveau selon le SSE des parents. Les analyses des associations entre les facteurs de risque de MCV chez les parents et les enfants ont été réajustées selon le SSE et l’hygiène de vie des parents.

Des associations peu nombreuses et contradictoires

Les associations entre les SSE parentaux et les facteurs de risques de MCV de leurs enfants étaient peu nombreuses et contradictoires 6.

Les enfants d’adultes peu éduqués (≤9 années d’études obligatoires) avaient des IMC moyens plus élevés et des risques accrus de surpoids/obésité par rapport aux enfants de parents ayant une éducation universitaire (Odds Ratio ajustés, OR 2,07, Intervalle de Confiance (IC) 95% 1,21-3,55) et aux enfants ayant un père ou une mère peu éduqués (OR 1,75, 1,00- 3,13).

Nous avons observé les associations les plus fortes et les plus fréquentes dans le domaine de l’hygiène de vie des parents et des facteurs de risque CV de leurs enfants, indépendamment du SSE des parents 6. Par exemple, les enfants dont le père et la mère fumaient avaient des IMC moyens plus élevés (soit une augmentation ajustée de 4%, IC 95%, 1-7% and 3%, 1-7% respectivement). De plus, les enfants dont les pères fumaient avaient des taux de leptine plus élevés (27%, 1,00-61,60%).

On a retrouvé peu d’associations entre la consommation d’alcool des parents et les facteurs de risques de MCV de leurs enfants6. Les enfants dont les pères consommaient de l’alcool au moins une fois par semaine avaient des taux de cholestérol moyens plus élevés comparés aux enfants dont les pères ne buvaient pas. Les enfants dont les mères signalaient une consommation d'alcool avaient à la fois des IMC moyens et des taux de cholestérol élevés. Les enfants dont les mères signalaient une activité physique intense, avaient des IMC moyens plus bas, de plus faibles taux de cholestérol et des risques réduits de surpoids/obésité avec un effet possible lié à la dose. Par comparaison aux mères ne rapportant pas d’activité physique, celles qui pratiquaient ≤75minutes et 76-150 minutes/semaine d’activité physique intense avaient des risques d’avoir un enfant en surpoids/ obèse réduits de 43% (OR 0,57, IdC 95%, 0,22-0,89) ou 72% (0,28, 0,14-0,60), respectivement, après ajustement pour les facteurs confondants. De la même manière, les pères ayant une activité physique soutenue (≥90min/semaine) avaient des enfants dont les IMC moyens étaient réduits par rapport à ceux dont les pères ne rapportant pas d’activité physique6. Nous avons trouvé des associations indépendantes, constantes, fortes et statistiquement significatives entre tous les facteurs de risques de MCV chez les parents et chez leurs enfants 6.

Le rôle important de l'hygiène de vie des parents

Dans notre étude d'un échantillon de familles suédoises les indicateurs de statut socioéconomique étaient peu prédictifs de MCV chez les enfants. A l’inverse, l’hygiène de vie des parents comme le tabagisme, la consommation d’alcool et de faibles niveaux d’activité physique étaient associés à des risques plus élevés de MCV (IMC, surpoids/obésité, taux de cholestérol) chez les enfants. De fortes corrélations entre les facteurs de risques de MCV dans les familles qui n’étaient pas liés au SSE ou au mode de vie parental suggèrent que le patrimoine génétique influencerait les facteurs de risques de MCV chez les enfants.

Ainsi, les comportements des parents, tout comme leur patrimoine génétique, influenceraient les facteurs de risques de MCV chez les enfants.

Amal R. Khanolkar
Centre d'études de l'équité en santé (CHESS), Stockholm University/Karolinska Institutet, Stockholm, Suède & Institut de médecine environnementale, Karolinska Institutet, Stockholm, Suède
Liisa Byberg
Département des Sciences chirurgicales, Orthopédie, Uppsala University, Uppsala, Suède
Ilona Koupil
Centre d'études de l'équité en santé (CHESS), Stockholm University/Karolinska Institutet, Stockholm, Suède
  1. Berenson GS et al. (1995) Rationale to study the early natural history of heart disease: the Bogalusa Heart Study. Am J Med Sci 310 Suppl 1: S22-28
  2. Boulton TJ et al. (1995) A profile of heart disease risk factors and their relation to parents’education, fathers’ occupation and family history of heart disease in 843 South Australian families: the Adelaide Children’s WHO Collaborative Study. J Paediatr Child Health 31: 200-206
  3. Garn SM, LaVelle M (1985) Two-decade follow-up of fatness in early childhood. Am J Dis Child 139: 181-185
  4. Kemper HC et al. (1990) Tracking of health and risk indicators of cardiovascular diseases from teenager to adult: Amsterdam Growth and Health Study. Prev Med 19: 642-655
  5. Leon DA et al. (2005) Fetal, developmental, and parental influences on childhood systolic blood pressure in 600 sib pairs: the Uppsala Family study. Circulation 112: 3478-3485
  6. Khanolkar AR et al. (2012) Parental influences on cardiovascular risk factors in Swedish children aged 5-14 years. European journal of public health 22: 840-847
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