N° 206 | avril 2020

Obésité et environnement construit : quelles mesures préconiser ?

L’obésité est associée à divers problèmes de santé, comme l’hypertension et le diabète de type 2, et peut également affecter la santé mentale. Au cours de la dernière décennie, l’obésité est devenue une véritable épidémie : plus de 70 % des Américains sont considérés comme obèses ou en surpoids1. Des facteurs  sociaux et biologiques influencent les préférences alimentaires, ce qui fait de l’obésité une question complexe. L’environnement construit peut avoir des conséquences considérables sur les choix alimentaires et faciliter un déficit ou une neutralité calorique à travers les espaces verts et l’utilisation d’escaliers et de transports en commun.

Collecte et analyse de données de 20 927 personnes

Dans cette étude récente, nous avons utilisé une analyse de l'espace en vue de démontrer l’existence d’une corrélation positive entre l’obésité et l’accès aux fast-foods. Nous avons pour cela recueilli l’indice de masse corporelle (IMC) de 20 927 habitants de l’État de Rhode Island, aux États-Unis. Des données relatives au sexe, à l’âge et à l’origine raciale ont été collectées et analysées ; les données spatiales comprenaient une cartographie des espaces verts et des fast-foods. Afin d’éviter un biais de sélection et une surreprésentation de participants ayant besoin de soins médicaux, nous avons inclus des personnes s’étant rendues dans des services de santé pour des examens. Le revenu moyen a également été pris en compte.

L’accès aux fast-foods est corrélé positivement avec l’obésité alors que l’accès aux espaces verts est associé à une obésité moindre

L’étude a montré une plus faible prévalence de l’obésité chez les participants plus proches d’espaces verts alors que l’accès aux fast-foods était lié à une prévalence plus élevée de l’obésité. Il est important de noter que le groupe à faible accès se trouvait à une distance moyenne la plus proche de 1 650 mètres des fastfoods et de 1 220 mètres des espaces verts, contre respectivement 510 et 370 mètres pour le groupe à accès intermédiaire et 410 et 220 mètres pour le groupe à accès élevé. Certaines
limites doivent être prises en compte dans l'interprétation de ces résultats. Ainsi, l’IMC est un moyen simple d’évaluer l’obésité, mais il peut parfois manquer de précision. Par exemple, il ne tient pas compte de la localisation de la graisse dans le corps et ne s’intéresse pas à la masse musculaire. De plus, l'étude était transversale et donc aucune relation directe de « cause à effet » ne peut être établie.

Les fast-foods : une option plus simple qu’une alimentation saine

Mehta et Chang ont également mis en évidence une association positive entre l’obésité et un accès élevé aux fast-foods2. La raison de cette association pourrait être fondée sur la conception selon laquelle les aliments de bonne qualité nutritionnelle sont chers et la restauration rapide est considérée comme une option facile et moins coûteuse. Toutefois, il est en réalité moins cher de cuisiner des plats de bonne qualité nutritionnelle et la sensation de satiété nécessite de plus petites portions. Cet élément est particulièrement important : en effet, une alimentation saine et la perte de poids sont liées à la taille des portions, laquelle a presque doublé depuis les années 1960. Il est essentiel de préciser qu’il est quasiment impossible de trop manger en consommant des aliments de bonne qualité nutritionnelle car
les fibres qu’ils contiennent assurent une meilleure absorption des nutriments et facilitent la sensation de satiété. À l’inverse, les aliments de mauvaise qualité nutritionnelle et riches en calories doivent être ingérés en plus grande quantité pour apporter la même sensation de satiété.

Sans oublier la sédentarité et les facteurs émotionnels

De plus, l’obésité peut être liée à un mode de vie sédentaire. Il est probable que les personnes vivant à proximité des espaces verts habitent en banlieue. Dans les plus grandes villes, les centres commerciaux, les événements sociaux et les magasins sont plus éloignés, ce qui rend la pratique de la marche plus difficile.
Les choix alimentaires sont également affectés par l’état émotionnel et les individus vivant dans les villes peuvent être plus isolés, par rapport à ceux qui habitent à proximité de parcs et d’espaces verts où il est possible de se détendre, de marcher, faire de l’exercice et nouer des relations sociales.

Pour conclure, l’environnement construit et les options alimentaires disponibles affectent l’obésité à l’échelle des quartiers. Afin de lutter contre cette épidémie, des mesures locales de prévention et d’intervention doivent faire en sorte d’améliorer l’accès aux espaces verts et de proposer différentes possibilités d’aliments de bonne qualité nutritionnelle.

Sophia Mylonakis
Hôpital du Rhode Island et École de médecine Warren Alpert de l’Université Brown, ÉTATS-UNIS
  1. National Center for Health Statistics. Obesity and Overweight https://www.cdc.gov/nchs/fastats/obesity-overweight.htm
  2. Mehta NK1, Chang VW. Weight status and restaurant availability a multilevel analysis. Am J Prev Med. 2008 Feb;34(2):127-33.
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