N° 121 | juin 2012

Une peau plus jeune grâce aux fruits et légumes… C’est prouvé !

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Notre organisme produit des radicaux libres en permanence, y compris dans la peau, où ils sont la conséquence de l’effet des rayons UV, de la lumière et des infra rouges. Pour s’en protéger, il dispose de systèmes de défense antioxydants, représentés par des vitamines (A, C, E, D), des caroténoïdes (β carotène, lycopène et lutéine) et divers enzymes. De tous les caroténoïdes, le lycopène possède l’action antioxydante la plus puissante. A défaut d’être synthétisés pour la plupart, ces antioxydants doivent être apportés par une alimentation riche en fruits, légumes, cacao, thé… Quand la production de radicaux libres excède les capacités antioxydantes, ces composés peuvent détruire les cellules et favoriser l’apparition d’un vieillissement cutané prématuré. On sait aujourd’hui comment y remédier.

De nombreuses études ont montré que les caroténoïdes représentent un bon marqueur du potentiel antioxydant cutané. Diverses techniques non invasives (résonance par spectroscopie), permettent aujourd’hui de mesurer in vivo la concentration de caroténoïdes dans la peau. Les fruits et légumes sont des sources naturelles d’antioxydants. Les études de supplémentation avec de fortes doses d’antioxydants isolés, n’ont pas apporté de résultats concluants, notamment en termes de protection contre le cancer.

On sait aujourd’hui que la protection est plus efficace avec un mélange d’antioxydants à doses physiologiques qu’avec un seul composé à dose élevé.

On sait mesurer la concentration en caroténoïdes dans la peau

Diverses méthodes non invasives ont été développées pour mesurer in vivo la concentration en caroténoïdes de la peau humaine.

Dans la réflexion spectroscopique, la peau est soumise à des irradiations lumineuses de diverses longueurs d’onde. La quantité de lumière absorbée par les caroténoïdes reflète leur concentration au niveau de la peau. Cette méthode est limitée par des nombreux artefacts, liés aux propriétés optiques de la peau et ne fournit pas de renseignements précis.

Une seconde méthode, la résonance spectroscopique Raman, est plus précise. Elle utilise un laser à l’Argon qui émet deux longueurs d’onde différentes : λ1 = 488 nm, absorbé par le β-carotène et le lycopène et λ2 = 514 nm, absorbé principalement par le lycopène.

On peut ainsi déterminer quantitativement la concentration de ces deux caroténoïdes au niveau cutané.

Comment les caroténoïdes s’accumulent dans la peau ?

De nombreuses études, utilisant la méthode de résonance spectroscopique Raman, ont montré que les caroténoïdes apportés par l’alimentation – notamment par les fruits et les légumes - ou des suppléments alimentaires, s’accumulent dans la peau. Leur concentration cutanée commence à augmenter dès le jour qui suit la consommation de produits riches en antioxydants. A l’inverse, la décroissance est plus lente et peut prendre plusieurs jours après l’arrêt de la supplémentation. Ce délai est fonction de la quantité apportée et des conditions de vie des sujets.

En outre, la répartition des caroténoïdes dans l’épiderme n’est pas homogène. Leur concentration est maximale à la surface cutanée car les caroténoïdes sont véhiculés par la sueur vers les couches superficielles de l’épiderme. A l’inverse, quand les caroténoïdes sont apportés par voie topique (sous forme de crème), c’est encore la sueur qui les transporte de la surface de la peau vers l’épiderme. De fait on observe que la concentration cutanée en caroténoïdes est plus élevée dans les zones ou les glandes sudoripares sont les plus abondantes, comme les paumes, les plantes et le front.

Quantité consommée et maturité : 2 conditions importantes

Des expériences effectuées chez des volontaires ont montré que les non fumeurs dont l’alimentation était riche en fruits et légumes avaient une peau plus concentrée en caroténoïdes que les fumeurs faibles consommateurs de fruits et légumes. On a également noté une augmentation saisonnière (de 1,26 fois) de la teneur de la peau en caroténoïdes, en été et en automne. Que la consommation de fruits et légumes soit plus forte en été et en automne qu’en hiver ou au printemps n’est pas la seule explication. Certains sujets en consomment toute l’année. Mais en été et en automne les fruits proviennent de production locale, alors qu’en hiver et au printemps, ils sont souvent importés et récoltés avant maturité, et moins riches en caroténoïdes. Quantité consommée et maturité des fruits et des légumes sont donc 2 conditions importantes qui conditionnent l’accumulation de caroténoïdes dans la peau. A l’inverse, des situations comme le stress, la maladie, l’exposition au soleil, la consommation d’alcool ou le manque de sommeil, réduisent la concentration de caroténoïdes au niveau cutané. En somme, la teneur de la peau en caroténoïdes est un reflet du mode de vie.

Les effets délétères des UV

L’effet des rayons UV sur la peau humaine a été bien étudié. Après exposition aux UV, la concentration en caroténoïdes dans la peau diminue fortement, d’environ 35%. Celle du lycopène chute rapidement entre 0 et 30 minutes après l’irradiation et atteint un minimum 1,5 à 3 heures après. Celle du β-carotène demeure stable 30 à 90 minutes après l’exposition mais finit par chuter également. 2 à 4 jours sont ensuite nécessaires pour que les concentrations reviennent à leur taux initiaux. Ces phénomènes ont-ils des conséquences sur le vieillissement cutané ? Oui. Des études, réalisées sur des centaines de volontaires, montrent clairement que les sujets qui ont de fortes concentrations cutanées en caroténoïdes ont une peau qui parait plus jeune que leur âge. Mesures à l’appui, la densité et la profondeur des sillons et des rides sont moins marquées, la peau est moins rugueuse. Le tout étant clairement corrélé avec la teneur cutanée en caroténoïdes. Rien de surprenant. Les UV sont une cause majeure de vieillissement cutané prématuré. Les radicaux libres détruisent les fibres de collagène et d’élastine. Une forte concentration locale en antioxydants neutralise les radicaux libres avant qu’ils ne fassent des dégâts.

Certes, Mesdames, une application locale de crème peut atténuer la rugosité de la peau. Mais, sans dénigrer son intérêt, c’est avant tout la consommation régulière de fruits et de légumes qui représente la meilleure stratégie pour lutter contre le vieillissement cutané.

Thierry Gibault
Nutritionniste, endocrinologue, Paris - FRANCE
Lademann J et al, Carotenoids in human skin, Experimental dermatology, 20, 377-382, 2011
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