N° 158 | novembre 2015

Evaluation des politiques nutritionnelles dans 30 pays européens utilisant l’approche marketing des « 4P »

Télécharger Imprimer

Dans toute l’Europe, les gouvernements ont instauré une grande variété de politiques visant à améliorer la nutrition. Cependant, la grande diversité de ces interventions représente une « cacophonie politique » potentiellement déstabilisante ; une sorte de « buffet à volonté » qui reste difficile à comprendre, à classifier ou à évaluer. L’objectif de cette étude était de cartographier les politiques nutritionnelles existantes en santé publique et d’analyser les perceptions de leur efficacité, afin d’élaborer de nouvelles stratégies nutritionnelles basées sur des preuves scientifiques.

Une base de données des politiques nutritionnelles en santé publique a donc été créée dans 30 pays européens et évaluée selon l’approche marketing des « 4P » : PRODUIT / PRIX / PROMOTION / PLACE. Notre étude était basée sur des entretiens auprès de 71 décideurs majeurs, des experts en politique nutritionnelle de santé publique et des scientifiques de 14 des 30 pays impliqués. Nous avons recueilli leur vision des différentes stratégies nutritionnelles actuelles et futures.

Reformulation des PRODUITS alimentaires : initiatives obligatoires et volontaires

Treize pays ont fixé des limites sur la teneur en sel de différents aliments (Belgique, Bulgarie, Finlande, Grèce, Hongrie, Lettonie, Lituanie,
Pays-Bas, Portugal, Roumanie, Slovaquie, Slovénie et Pays de Galles). Quatre pays ont proscrit les acides gras trans (Danemark, Autriche, Islande et Suisse). Les législations ou réglementations sur la consommation de sucres, de matières grasses et de fruits et légumes étaient rares et n’ont été adoptées que dans 4 pays (pour les sucres : Finlande et France ; les matières grasses et les sucres : Lettonie ; les fruits et légumes : Slovaquie).

De nombreux participants ont signalé que la reformulation obligatoire des produits alimentaires était perçue comme une approche de santé publique efficace et rentable pour améliorer la nutrition. Cette notion était perçue comme acceptable, aussi bien par l’industrie agro-alimentaire que par le grand public.

La reformulation volontaire des aliments par l’industrie agro-alimentaire est courante, surtout pour le sel. Elle se fait dans 25 des 30 pays. L’Estonie, la France et les Pays-Bas ont instauré la reformulation volontaire de la composition en sucres et en matières grasses totales des aliments.

PRIX : Taxes & subventions pour une alimentation plus saine

Les soutiens financiers de différents pays européens ont visé différents nutriments malsains comme le sel, le sucre et les matières grasses saturées. Des taxes pour promouvoir une alimentation saine (c’est à dire en fruits et légumes) sont actuellement en vigueur dans 6 pays. La Finlande, la France, la Hongrie et la Lettonie ont mis en place des « taxes sur le sucre » pour les produits et les boissons sucrés. Le Portugal a été le seul pays à taxer les produits salés. La Hongrie a taxé seulement les aliments riches en matières grasses.
La majorité des personnes interrogées pensent que les initiatives sur le « Prix », comme les taxes, les législations et les réglementations sont les options les plus efficaces pour améliorer la nutrition dans une optique de santé publique. Actuellement, les subventions en faveur des produits alimentaires sains sont rares, à l’exception du programme européen en faveur de la consommation des fruits à l’école (the EU School Fruit Subsidy Scheme). Cofinancé par l’UE et chaque Etat Membre, ce programme volontaire vise à encourager des habitudes alimentaires saines chez les jeunes en mettant à leur disposition à l’école des fruits et légumes.

PROMOTION & contrôles de la publicité

Les campagnes d’information destinées au grand public sont très répandues. En majorité, elles se focalisent sur des messages généraux, concernant l’alimentation saine et/ou des campagnes visant à réduire l’obésité infantile. Quelques pays ont souligné l’importance de certains nutriments comme le sel (la Belgique, l’Angleterre, l’Estonie, L’Irlande, l’Italie et la Slovénie). Cependant, les participants pensent que ces interventions n’ont eu qu’un impact limité.

Dans de nombreux pays, la nutrition est une matière obligatoire dans les programmes scolaires ; la plupart de ces pays sont très actifs dans l’amélioration de la qualité nutritionnelle des aliments proposés à l’école. De plus, l’étiquetage alimentaire listant la composition nutritionnelle est courant mais il existe une grande variabilité quant à la présentation et aux données fournies.

L’encadrement réglementaire du marketing des aliments riches en matières grasses, en sel et en sucres, à destination des enfants estspécifique à chaque pays. La plupart des 30 pays ont privilégié la voie de l’autorégulation alors que 12 pays ont élaboré des réglementations obligatoires contre le marketing auprès des enfants. Les personnes interrogées pensent que les réglementations obligatoires concernant le marketing d’aliments riches en matières grasses, en sel et en sucres sont nettement plus efficaces que l’autorégulation.

PLACE: Les écoles comme cible clé

Ces interventions visent à modifier la qualité et la disponibilité des aliments dans des endroits spécifiques. La majorité a lieu dans les écoles, quelques unes sur des lieux de travail. Ces interventions se sont d’abord focalisées sur les distributeurs, pour les éliminer ou modifier leur contenu, ensuite sur la législation, la réglementation et les recommandations des aliments proposés dans les cantines. De nombreux pays sont très actifs dans l’amélioration de la qualité nutritionnelle des aliments proposés dans les écoles. Les participants pensent que les interventions visant les écoles ou la petite enfance (jardins d’enfants) sont efficaces.

Conclusions

Les politiques de santé publique en matière de nutrition en Europe semblent diverses, dynamiques, complexes et probablement déroutantes. Le cadre des «4P» pourrait apporter une classification structurée et complète.

De manière encourageante, la majorité des pays européens s’engagent dans des activités visant à augmenter la consommation d’aliments sains et à diminuer celle des aliments « malsains » et des boissons sucrées. Les pays en tête de liste sont la Finlande, la Norvège, l’Islande, le Danemark, la Hongrie, le Portugal et peut-être le Royaume-Uni. Cependant, les actions restent insuffisantes dans chacun des pays. Davantage d’efforts sont nécessaires pour mettre en place dans toute l’Europe, de puissantes politiques fiscales et réglementaires en matière de nutrition.

Ffion Lloyd-Williams
Département de Politiques & Santé Publique, Institut de Psychologie, Santé & Société, Université de Liverpool, ROYAUME-UNI
collaborateurs
Lloyd-Williams F, Bromley H, Orton L, Hawkes C, Taylor-Robinson D, O’Flaherty M, McGill R, Anwar E, Hyseni L, Moonan M, Rayner M, Capewell S. Smorgasbord or symphony? Assessing public health nutrition policies across 30 European countries using a novel framework. vBMC Public Health. 2014 Nov 21;14:1195.
Retour Voir l'article suivant