N° 158 | novembre 2015

Quelles opportunités pour s’alimenter plus sainement en Norvège ?

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Les problèmes de surconsommation alimentaire et de surpoids existent aussi bien dans les pays développés que dans ceux en voie de développement. En Norvège, environ 50% des adultes sont en surpoids ou obèses (IMC>30) 1. Dans le monde entier, la consommation alimentaire individuelle a augmenté de 27% entre le début des années 60 et l’année 2009 2. Des consommations importantes de hamburgers, de saucisses, de pommes de terre bouillies et de boissons sucrées, ainsi que des consommations insuffisantes de pain complet, de fruits, de baies et de légumes ont été associées au risque d’obésité en Norvège 3.

Développer des initiatives pérennes

Le gouvernement, le secteur de la santé et l’industrie agroalimentaire essaient de combattre l’obésité par des actions aidant les consommateurs à manger plus sainement. On peut citer des campagnes d’information, l’étiquetage nutritionnel, un meilleur approvisionnement, une composition nutritionnelle améliorée et le développement de nouveaux aliments sains. Cependant, de nombreuses initiatives ne perdurent pas ou ne sont pas évaluées à long terme. Les consommateurs répondent parfois de manière inattendue, en pensant, par exemple, qu’un nouveau produit alimentaire aura «moins de goût» s’il arbore l’étiquette
« sain ». D’autres parties prenantes, comme les détaillants ou l’industrie agro-alimentaire, ne profitent pas de certaines initiatives qui bénéficient aux consommateurs. Il faut développer des initiatives efficaces qui à la fois aident la population à manger plus sainement et sont acceptables par toutes les parties prenantes. Nous avons examiné les possibilités d’instaurer ce genre d’initiative en Norvège 4.

Consommateurs et autres parties prenantes: sur quoi sont-ils d’accord ?

Afin d’identifier les initiatives sur lesquelles les consommateurs et les autres parties prenantes peuvent se mettre d’accord, nous avons :

  1. mené cinq discussions structurées (groupes de discussion) entre différentes parties prenantes comme l’industrie agro-alimentaire, les détaillants, le gouvernement, les chercheurs, les professionnels de santé publique et les organisations non gouvernementales
  2. distribué un questionnaire pour recueillir l’avis de 1178 consommateurs norvégiens sur les sujets jugés importants dans ces groupes de discussion. L’importance d’un sujet pour les parties prenantes était mesurée par le nombre de groupes de discussion qui en avaient parlé. Les consommateurs répondaient s’ils étaient d’accord ou pas avec les affirmations des groupes de discussion et allouaient un degré d’importance à un sujet donné.

L’importance de l’éducation nutritionnelle et du ciblage des familles

En grande majorité, les consommateurs (85%) étaient assez d’accord pour reconnaître que l’éducation alimentaire était une bonne stratégie pour aider les personnes à manger plus sainement ; c’était un sujet de discussion dans trois des cinq groupes de discussion. D’autres stratégies, mentionnées dans 3 groupes de discussion : plus d’aliments sains sur le marché et moins de publicité pour des aliments malsains, étaient également considérées comme de bonnes stratégies par plus de 60% des consommateurs. Les parents, les familles, les écoles et les enfants étaient considérés comme des cibles importantes. Une majorité de consommateurs (64 %) citaient l’importance des parents, tandis que 4 groupes de discussion mentionnaient les familles comme une cible importante. Les personnes en surpoids ont également été décrites comme une cible importante.

La responsabilité de tous

A la question « Qui est responsable de la mise en oeuvre de stratégies pour aider les personnes à mieux manger ? », la plupart des consommateurs ont répondu que tout le monde était responsable, y compris les consommateurs. L’industrie agro-alimentaire et les autorités sanitaires étaient reconnues comme étant modérément à très responsables par
75 % des consommateurs, ainsi que dans les groupes de discussion (dans trois groupes pour l’industrie agroalimentaire et dans deux groupes pour les autorités sanitaires). Lorsqu’on instaure certaines stratégies, il est important de garder à l’esprit que les consommateurs veulent

  1. garder leur liberté de choix des aliments (93%)
  2. rendre moins disponible les aliments malsains auprès des enfants à l’école (87%)
  3. des informations nutritionnelles sur les emballages (84%)
  4. être plus ou moins impliqués dans les tendances alimentaires (seulement 13 % le souhaitaient).

Comment éduquer les consommateurs ?

De nombreuses possibilités existent pour éduquer les consommateurs sur l’alimentation, allant de cours à l’école, aux émissions de télévision, en passant par des cours de cuisine…

Des stratégies comportant plusieurs facettes comme l’éducation alimentaire en classe, l’accès restreint aux aliments malsains, l’éducation physique, l’implication des parents et des activités agricoles ou de jardinage, seraient probablement efficaces. Ces stratégies complexes ont été testées en Norvège afin d’accroître la consommation de fruits et légumes à l’école, avec une efficacité variable.

L’intervention « Les fruits et légumes gagnent des points » (Fruits and Vegetables Make the Marks) n’a pas augmenté la consommation de fruits et légumes 5, tandis que l’intervention « Pro Children » a entraîné une augmentation modérée de la consommation de fruits, aussi bien durant l’intervention qu’après une année de suivi 6.

Concevoir une intervention alimentaire efficace est donc difficile. D’autres options comme des étiquettes faciles à comprendre et la multiplication d’offres alimentaires saines pourraient apporter des aides supplémentaires aux consommateurs. Les fruits et surtout les légumes devraient être intégrés dans le développement de nombreux nouveaux aliments sains.

Marije Oostindjer
Département de Chimie, Biotechnologie et Alimentation, Université norvégienne des Sciences de la Vie, NORVÈGE
Gro V. Amdam
Département de Chimie, Biotechnologie et Alimentation, Université norvégienne des Sciences de la Vie, NORVÈGE & Ecole des Sciences de la Vie, Université d’Etat d’Arizona, ETATS-UNIS
Bjørg Egelandsdal
Département de Chimie, Biotechnologie et Alimentation, Université norvégienne des Sciences de la Vie, NORVÈGE
  1. FHI. Overweight and obesity in Norway – fact sheet, 2012. http://www.fhi.no/artikler/?id=74991.
  2. FAO. FAO Statistical Yearbook, 2013. Part 3: Feeding the world, Page 126. Available at: http://www.fao.org/docrep/018/i3107e/i3107e03.pdf.
  3. Mostad IL, Langaas M and Grill V. Central obesity is associated with lower intake of whole-grain bread and less frequent breakfast and lunch: results from the HUNT study, an adult all-population survey. Appl Physiol Nutr Metab 2014;39:819–28.
  4. Oostindjer M, Amdam GV and Egelandsdal B. Getting Norway to eat healthier: what are the opportunities? Scand J Publ Health 2015:43:66-75.
  5. Bere E, Veierød M, Bjelland M, et al. Outcome and process evaluation of a Norwegian school-randomized fruit and vegetable intervention: Fruits and Vegetables Make the Marks (FVMM). Health Educ Res 2006;21:258–67.
  6. Te Velde S, Brug J, Wind M, et al. Effects of a comprehensive fruit- and vegetable-promoting school-based intervention in three European countries: the Pro Children Study. Brit J Nutr 2008;99:893–903.
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