N° 102 | octobre 2010

Promouvoir la consommation de fruits et légumes : importance des déterminants socio-économiques

Au cours de ces 15 à 20 dernières années, des campagnes destinées à promouvoir la consommation de Fruits et Légumes (F&L) ont été menées en Europe et dans le monde. Pour la plupart, ces campagnes ont été mises en place dans les écoles auprès des enfants scolarisés. Les plus récentes associent des activités éducatives à une plus grande disponibilité en F&L, notamment grâce à la distribution gratuite de fruits dans les écoles. Les résultats obtenus suggèrent que les programmes visant à augmenter la motivation et à promouvoir la consommation de F&L chez les écoliers sont efficaces.

Le statut socio-économique (SSE) : un facteur déterminant de la consommation ?

De telles opérations demeurent indispensables car, selon les tendances récentes, la consommation de F&L continue de décliner chez les enfants dont les parents sont peu éduqués et disposent de faibles revenus. En outre, l’augmentation plus importante du prix des F&L comparativement à celui de la « malbouffe » n’aide pas à améliorer la situation. Notre article examine la promotion des F&L, principalement chez les enfants scolarisés, en se focalisant sur le SSE comme un facteur déterminant.
Il tente de répondre aux questions suivantes :

  • Quels sont les corrélations et les facteurs déterminants personnels et environnementaux de la consommation de F&L ? Autrement dit : « Qui mange trop peu de F&L et pourquoi ? »
  • Comment cibler et adapter les campagnes de promotion des F&L selon ces déterminants potentiels ou « Comment promouvoir la consommation de F&L ? ».

Le SSE conditionne un large éventail de différences en termes de santé

Si toutes sortes de variables sociodémographiques entrainent des différences de consommation de F&L, comme l’âge, l’origine ethnique ou le sexe, en revanche la variable le plus fortement associée à la consommation de F&L reste le SSE. Les personnes avec un faible statut SSE consomment moins de F&L. Le SSE se définit comme le rang social et économique d’un individu dans la société. Il est fondé sur l’accès à des ressources comme les revenus financiers, l’éducation et, même, le prestige… Le plus souvent, le niveau d’éducation est utilisé comme indicateur du SSE.

Ce dernier est associé à un large éventail de différences en termes de santé. Ainsi, aux Pays Bas, on retrouve un large fossé entre les espérances de vie chez les personnes les plus éduquées et les moins éduquées. Ce fossé est également apparent selon qu’on s’intéresse à différents styles de vie comme le tabagisme, l’inactivité physique ou les comportements alimentaires malsains (dont une faible consommation de F&L).

Cependant, cet écart dans les consommations de F&L selon le SSE n’apparaît pas dans tous les groupes d’âge de toutes les régions d’Europe.

En particulier, Ritva Prättälä et coll. 1 ont montré que, chez les adultes des pays d’Europe du Nord, il y a une plus grande probabilité de consommation quotidienne de légumes chez les personnes les plus éduquées par rapport aux moins éduquées. Cependant, cette tendance n’est pas confirmée dans les pays d’Europe du Sud comme l’Italie et l’Espagne. En France, on a même retrouvé une relation inverse : les personnes les moins éduquées mangent le plus de F&L !

Néanmoins, il faut bien reconnaître que, selon des évaluations systématiques, c’est bien le SSE qui est le plus constamment corrélé à la consommation des F&L : les personnes de faible SSE - et ce de manière encore plus marquée chez les enfants - ont des consommations les plus basses de F&L 2-5.

La disponibilité et l’accessibilité sont plus efficaces que la motivation

Il existe trois grandes catégories de déterminants des comportements de santé : motivations, capacités et opportunités 6-7. En majorité, les campagnes pour promouvoir la santé ont pour objectif de rehausser la motivation pour vivre plus sainement. Ces campagnes ont peu de succès. Récemment, on a porté plus d’attention aux facteurs environnementaux favorisant une consommation correcte de F&L, ce que le slogan de l’OMS illustre bien « Faire du choix santé un choix aisé » (« making the healthy choice the easy choice »). Autrement dit, améliorer les opportunités comme la disponibilité et l’accessibilité des F&L permettra plus facilement d’atteindre une consommation correcte de F&L.

Des récentes recherches mettent d’ailleurs en évidence que la disponibilité et l’accessibilité des F&L sont des déterminants importants de la consommation de F&L, au moins chez les enfants 4-5.

L’étude Européenne chez les enfants (The Pro Children Intervention Study), impliquant 9 pays 8 a tenté d’élaborer un kit d’intervention basé sur les preuves et les données. Cette campagne a été testée dans 3 pays (Norvège, Pays-Bas et Espagne). Elle comportait des activités de motivation en classe, comme des séances de dégustation, des sessions éducatives par Internet sur les F&L, des devoirs à faire à la maison, ainsi que des newsletters et des retours par e-mails aux parents. Cette intervention comptait également avec l’approvisionnement des écoles pour améliorer la disponibilité et l’accès aux F&L.

Au final, les résultats ont révélé une amélioration des connaissances des enfants, ainsi qu’une plus forte disponibilité et une plus forte consommation de F&L 9.

Les recherches menées en Norvège ont souligné que l’approvisionnement en F&L devait faire l’objet d’un caractère gratuit et non d’un abonnement, afin que les enfants de parents moins fortunés n’en profiteront pas moins 10.

Johannes Brug
Institut EMGO pour la Santé et la Recherche sur les Soins Centre Médical Universitaire VU, Amsterdam, Pays Bas.
  1. Prättälä R. et al. Public Health Nutr. 2009 Nov;12(11):2174-82.
  2. Irala-Estévez JD. et al. Eur J Clin Nutr. 2000 Sep;54(9):706-14.
  3. Kamphuis CB. et al. Br J Nutr. 2006 Oct;96(4):620-35.
  4. Van der Horst K. et al. Health Educ Res. 2007 Apr;22(2):203-26.
  5. Rasmussen M. et al. Int J Behav Nutr Phys Act. 2006 Aug 11;3:22.
  6. Brug et al Am J Prev Med, 2006
  7. Brug et al. Proc Nutr Society 2008
  8. Pérez-Rodrigo C. et al. Ann Nutr Metab. 2005 Jul-Aug;49(4):267-77.
  9. Te Velde SJ. et al. Br J Nutr. 2008 Apr;99(4):893-903.
  10. Bere et al Int J Behav Nutr Phys Act 2007
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