N° 118 | mars 2012

Se protéger des colopathies inflammatoires par une alimentation adaptée

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L’incidence des colopathies inflammatoires est en constante augmentation, non seulement en Europe et aux Etats-Unis, mais aussi dans des pays où elles étaient peu fréquentes auparavant, comme la Chine ou la Corée du Sud. La diffusion de l’alimentation occidentale (« western diet »), à la fois riche en graisses et en protéines et pauvre en fruits et légumes, est supposée jouer un rôle dans cette progression. Notre alimentation peut avoir une influence sur l’inflammation par le biais de divers mécanismes, comme la présentation d’antigènes à la muqueuse intestinale, le déséquilibre des prostaglandines et des altérations du microbiote intestinal.

Jusqu’alors, on ne disposait pas de revue systématique ayant étudié l’association entre les apports alimentaires et le risque de développer une maladie intestinale inflammatoire. C’est chose faite. Une équipe médicale de Houston s’est intéressée aux relations potentielles entre les apports en nutriments et en divers aliments et le risque d’apparition de colopathies inflammatoires comme la Maladie de Crohn (MC) et la recto colite hémorragique (RCH).

Les auteurs ont réalisé une revue de la littérature publiée entre 1966 et 2010. Ils ont pu rassembler les données de 19 études (18 études cas témoin et une étude de cohorte) rassemblant un total de 2609 patients porteurs d’un colopathie inflammatoire (1340 avec une recto colite hémorragique, 1269 avec une maladie de Crohn).

Une alimentation riche en fibres et en fruits est associée à une diminution du risque de maladie de Crohn

Ces études retrouvent, pour la plupart, une augmentation du risque de recto colite hémorragique (RCH) avec l’élévation des apports alimentaires en graisses totales, polyinsaturées et oméga 6 et en viande.

Le risque de maladie de Crohn (MC) est également plus important pour les apports élevés en acides gras poly-insaturés, oméga 6, graisses saturées et en viande.

A l’inverse, les données révèlent qu’une alimentation riche en fibres et en fruits est associée à une diminution du risque de maladie de Crohn (mais pas de RCH).

Enfin, il n’est retrouvé aucune association entre ce risque et l’apport total en glucides (même pour des apports élevés, dépassant les 130 grammes par jour, dans certaines études). Cette revue exhaustive de la littérature met en évidence une association entre des apports élevés en fibres et une réduction du risque de MC, association devant significative à partir d’apports de 22 grammes de fibres par jour.

De la même manière, une consommation importante de fruits (1 à 4 fruits par jour) s’associe à une réduction de 73 à 80 % du risque de MC (même s’il est possible que cette association soit le reflet d’une forte consommation de fibres et du fait qu’une alimentation riche en fruits est généralement moins riche en viande et en graisses...).

Difficile de conclure pour la viande…

Concernant la viande, l’association entre des consommations importantes et le risque de colopathie inflammatoire n’est pas très claire... En majorité, les études retrouvent une relation positive entre l’apport total en protéines et le risque de colopathies inflammatoires, avec une augmentation variant de 87 à 148 % selon les études. Un bémol : cette association n’est significative que dans 2 études et s’affaiblit quand on ajuste le risque à l’âge, au sexe, à l’IMC et à l’apport énergétique total… Il est donc difficile de conclure.

Une telle revue a ses limites : l’hétérogénéité des études, qui rend difficile la mise en commun des résultats, l’exclusion des études en cours, l’impossibilité de vérifier les diagnostics de colopathie, la diversité des durées entre le moment du diagnostic et l’évaluation alimentaire… Enfin, les auteurs soulignent qu’on ne peut pas extrapoler qu’un effet protecteur à une efficacité sur l’évolution des pathologies en cours.

Des données importantes

Ce travail met cependant en évidence des données importantes. A savoir que des apports élevés en graisses (aussi bien totales que polyinsaturées et oméga 6) et en viande sont régulièrement associés à une augmentation du risque de développer aussi bien une RCH qu’une MC.

A l’inverse, une alimentation riche en légumes et en fruits est constamment associée à une réduction du risque de RCH, de même qu’une alimentation riche en fibres et en fruits, à une diminution du risque de MC. Ces données méritent d’être confirmées par des études prospectives sur le sujet.

Thierry Gibault
Nutritionniste, endocrinologue, Paris - FRANCE
Hou J.K. et al, Am J Gastroenterol 2011; 106: 563-573: dietary intake and risk of developing inflammatory bowel disease: a systematic review of literature
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