N° 141 | avril 2014

Une pomme par jour éloigne le médecin…

... ou, comme le disent les Anglais qui, au XIX° siècle, ont inventé cet adage précurseur de nos actuels messages de santé publique : « An apple a day keeps the doctor away ». Formule que Winston Churchill aurait, dit-on, complétée en ajoutant avec son proverbial sens de l’humour : « … à condition de savoir bien viser ! »

On avait malgré tout un peu oublié ce vieux slogan. Or, il vient d’être remis en pleine lumière par une récente étude de deux chercheurs de l’Université d’Oxford publiée en décembre dernier dans le British Medical Journal.


Certes, on connaissait les bienfaits de la consommation régulière de pommes. De nombreux travaux scientifiques avaient mis en évidence les multiples atouts nutritionnels de ce fruit : faible apport calorique (entre 60 et 75 kcal pour une pomme de 150 grammes), effet satiétogène, richesse en vitamines et en minéraux (potassium, magnésium, phosphore), teneur élevée en antioxydants et en fibres. Au nombre des principaux bénéfices santé, induits par cette composition chimique particulière, figure la protection du système cardiovasculaire. Les études ont en effet montré que les mangeurs réguliers de pommes affichent une pression sanguine et un taux de cholestérol significativement moins élevés que les non consommateurs, et que leur risque de syndrome métabolique est moindre. Ils présentent également un tour de taille et un poids plus réduit. Autres atouts : la pomme contribuerait à diminuer le risque de diabète et de certains cancers (côlon, foie, sein, poumon). Par ailleurs, grâce à leurs effets anti-inflammatoires, deux à cinq pommes par semaine suffi raient à réduire le risque d’asthme et d’autres affections des voies respiratoires (même chez les fumeurs).

Une pomme par jour réduirait la mortalité cardio-vasculaire presque autant que les statines… et sans effets secondaires

L’étude - originale - des chercheurs d’Oxford ajoute de nouveaux éléments chiffrés au crédit de la pomme. Leur travail a consisté à modéliser et à comparer l’efficacité, sur la mortalité cardiovasculaire, de deux options : d’une part la prise de statines (médicaments faisant baisser le cholestérol) et, d’autre part, la consommation quotidienne d’une pomme. La population considérée était celle des sujets âgés de plus de 50 ans, avec une hypothèse d’observance de 70 % dans les deux cas (proportion de patients prenant effectivement un traitement de statine ou une pomme chaque jour).

Les résultats obtenus montrent que la consommation quotidienne d’une seule pomme pourrait réduire de 8 500 (6 200 à 10 800) le nombre de décès d’origine cardiovasculaire (sur une population de 17,8 millions de personnes). Ce nombre est proche de celui qui serait obtenu si les sujets prenaient un comprimé de statines, nombre qui a été évalué à 9 400 (7 000 à 12 500). Par ailleurs, les pommes ont l’immense avantage de ne pas présenter les effets secondaires des statines principalement les douleurs musculaires ou abdominales, diarrhées, nausées et vomissements. Les auteurs de l’étude ont également estimé que la prise de statines pourrait, en comparaison avec la consommation quotidienne de pommes, provoquer 1000 cas d’atteinte musculaire et 12 000 cas de diabète de plus.

Une symbolique ambivalente : du « fruit défendu », source de malheur, à l’aliment bénéfique

La pomme est le fruit par excellence : le mot vient du latin pomum qui, précisément, signif e « fruit ». Les plus anciens récits, ceux des mythologies de l’Antiquité et de l’Ancien Testament, en ont fait un aliment ambivalent, à la fois maléfique et bénéfique. Tout commence avec Adam et Eve, chassés du Paradis terrestre pour avoir succombé à la tentation de croquer le fruit défendu, lequel était, chacun le sait, une pomme. Or, si on lit le texte de la Genèse, on constate qu’il n’y est nulle part question de pomme mais d’un « fruit ». L’explication pourrait provenir d’une erreur de traduction commise aux premiers temps de l’ère chrétienne. Yahvé avait en effet interdit à Adam et Eve de manger du fruit « de l’arbre de la connaissance du bien et du mal ». Or, en latin, mal se dit malum… un mot qui désignait également la pomme !

La pomme source de malheur, de conflits et de chaos est aussi au cœur de plusieurs mythes grecs dont celui de la « pomme de discorde ». Le récit commence par une noce sur le mont Olympe, à laquelle tous les dieux ont été invités... à l’exception de la nymphe Eris (terme qui, en grec, signifie discorde). Celle-ci décide malgré tout de se rendre au mariage. Elle lance sur la table du banquet une magnifique pomme en or. Le fruit éblouissant porte une inscription : « Pour la plus belle ». Aussitôt, toutes les femmes présentes mettent la main sur la pomme merveilleuse et se la disputent avec acharnement. Eris triomphe : elle est parvenue à installer la discorde au cœur même de la noce… La suite du récit montre comment l’enchaînement des événements conduit à la terrible guerre de Troie. Un autre mythe grec insiste a contrario sur le caractère bénéfique des pommes : celles du jardin magique des Hespérides avaient en effet le pouvoir de conférer l’immortalité à ceux qui les mangeaient. « Une pomme par jour… », on vous le dit depuis le début !

Eric Birlouez
Sociologue de l’agriculture et de l’alimentation, Paris, FRANCE
D. M. Briggs, A. Mizdrak, P. Scarborough. A statin a day keeps the doctor away: comparative proverb assessment modelling study. BMJ , 2013; 347 Supplemental Nutrition Program for Women, Infants, and Children food package. J Nutr Educ Behav. 2013 Nov-Dec;45(6):723-7.
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