N° 95 | février 2010

Vivre longtemps avec plus de bien-être

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Des modifications mineures du mode de vie

Adopter un certain nombre de comportements sains au niveau individuel peut avoir une influence positive sur la santé de la population générale. On connaît de mieux en mieux l’importance de ces comportements protecteurs pour la promotion et le suivi de la santé publique1-8. Arrêt du tabac, alimentation saine, exercice physique et consommation modérée d’alcool, sont les piliers de l’éducation sanitaire depuis de nombreuses années. Même s’il existe encore des gens qui pensent qu’opter pour un mode de vie sain réduit la qualité de la vie, selon l’adage : “Vous ne vivrez pas éternellement, vous en aurez seulement l’impression”, les données récentes suggèrent que la qualité comme la durée de la vie peuvent être améliorées par des modifications relativement mineures du mode de vie5.

Les effets combinés de quatre comportements sains

Les études réalisées ont bien montré les effets positifs d’un nombre limité de comportements protecteurs sur la réduction du risque de mortalité1, de diabète de type 29, d’hypertension artérielle, de dyslipidémie4-5 d’insulinorésistance10-12; et sur l’accroissement de l’espérance de vie1. D’autres études13 ont également montré que certains comportements étaient associés à un moindre déclin fonctionnel lié à l’âge, et que leur prévalence était différente entre les populations ayant une bonne et une mauvaise santé.

Etudier les effets des facteurs de risques individuels sur les maladies chroniques et le déclin physique ou mental n’a rien de nouveau. Cependant, leurs effets combinés sur l’état de santé mentale et global sont encore flous.
L'objectif de cette étude était d’examiner les effets combinés de la pratique de quatre comportements sains (ne pas fumer, boire avec modération, faire de l’exercice, consommer cinq portions de Fruits et Légumes (F&L) chaque jour) sur l’auto- évaluation de la santé physique et mentale.

Un score de comportement protecteur

Utilisant les données de l’étude SLÁN (Survey of Lifestyle Attitudes and Nutrition – Etude sur la Santé et le Style de Vie) de 2007, un score de comportement protecteur (PLB-Protective Lifestyle Behavior) a été élaboré chez 10 364 hommes et femmes de plus de 18 ans, représentatifs de la population adulte irlandaise (taux de réponse 62%). Ce score a été élaboré suite aux travaux de Khaw et al1. Les participants ont attribué des scores de 4 points maximum avec un point pour la pratique de l’exercice physique, la consommation d'au moins 5 F&L par jour, ne pas fumer et boire modérément.

Comportements protecteurs et bien-être sont compatibles

Les associations entre le score PLB et les automesures de santé physique et mentale, ajustées pour l’âge, le sexe, l’éducation et la catégorie socioprofessionnelle sont résumées dans le Tableau 1. Des tendances très significatives ont été observées au sein des cinq groupes de participants à l’étude par rapport aux autoévaluations de l’état de santé physique et de la dépression. Par rapport aux sujets ayant un score PLB de 0, ceux qui avaient un score de 4 avaient une probabilité près de 7 fois plus élevée d’évaluer leur état de santé global comme « excellent/très bon » (OR (odds Ratio) 6,8, IdC (Intervalle de Confiance) à 95%[3,64-12,82]).

Ces tendances ont persisté, même après ajustement pour les états dépressifs. Les participants ayant un score PLB de 4 avaient également une probabilité 4 fois plus élevée d'avoir une meilleure santé mentale (OR 4,4 95% IC [2,34-8,22]).

Une augmentation de la longévité

Diverses études longitudinales ont montré que des comportements protecteurs augmentent la longévité1. Notre étude a montré que ces comportements étaient également associés à de meilleures auto-évaluations de santé physique et mentale. A l’inverse, les personnes avec peu de comportements protecteurs, avaient « non seulement » des modes de vie malsains mais percevaient leur état de santé global comme moindre et avaient une plus forte probabilité d'être déprimé que celles avec un plus grand nombre de comportements sains. Nos résultats apportent une preuve supplémentaire que, pour prendre en charge les « causes des causes » de la mortalité globale, des maladies mentales et des maladies cardiovasculaires, il suffit d’effectuer de petites modifications de mode de vie, faciles à instaurer.

Evaluer l’efficacité des politiques de santé publique

A l'avenir, il est primordial de chercher à mieux comprendre les déterminants individuels et collectifs des comportements sains.

En conclusion, étant donné les associations entre auto-évaluations de santé physique, santé mentale et un petit nombre de comportements protecteurs, nous suggérons d’utiliser les quatre comportements décrits dans notre étude comme des critères de jugement pour évaluer l’efficacité des politiques de santé publique.

Janas Harrington
Département d’Epidémiologie et de Santé Publique, Université Collège, Cork
Ivan J Perry
Département d’Epidémiologie & Santé Publique, Collège Universitaire de Cork, Cork, Irlande
Jennifer Lutomski
Département d’Epidémiologie et de Santé Publique, Université Collège, Cork
Anthony P Fitzgerald
Département d’Epidémiologie et de Santé Publique, Université Collège, Cork
Frances Shiely
Département d’Epidémiologie et de Santé Publique, Université Collège, Cork
Hannah McGee
Division des Sciences de la Santé des Populations, Collège Royal des Médecins d’Irlande
Margaret M. Barry
Département de Promotion de la Santé, Université Nationale d’Irlande, Galway
Eric Van Lente
Département de Promotion de la Santé, Université Nationale d’Irlande, Galway
Karen Morgan
Division des Sciences de la Santé des Populations, Collège Royal des Médecins d’Irlande
Emer Shelley
Division des Sciences de la Santé des Populations, Collège Royal des Médecins d’Irlande
  1. Khaw KT et al. PLoS Med 2008;5(1):e12.
  2. Stamler J & Neaton JD. JAMA 2008;300(11):1343-45.
  3. Stamler J et al. JAMA 1986;256(20):2823-28.
  4. Villegas R et al. Ir Med J 2004;97(10):300-3.
  5. Villegas R et al. BMC Public Health 2008;8:210.
  6. Culic V. Eur Heart J 2009;30(3):381-.
  7. Janszky I et al. Eur Heart J 2008;29(1):45-53.
  8. Pedersen JO et al. Eur Heart J 2008;29(2):204-12.
  9. Hu FB et al. N Engl J Med 2001;345(11):790-97.
  10. Villegas R et al. Diabetes Care 2003;26(11):3198-9.
  11. Villegas R et al. Public Health Nutr 2004;7(8): 1017-24.
  12. Villegas R et al. Nutr Metab Cardiovasc Dis 2004;14(6):334-43.
  13. Myint PK et al. Prev Med 2007;44(2):109-16
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