N° 76 | avril 2008

Fruits et légumes : la santé des enfants

Édito

Le temps presse

Autrefois, à une époque si lointaine que je m’en souviens à peine, on disait aux enfants de manger des aliments sains en quantité suffisante afin de devenir grands et forts. Le mécanisme exact était inconnu. Ainsi, j’ai été très surprise quand, vue mes vieilles connaissances en nutrition, on m’a demandé de commenter des nouvelles médicales préoccupantes. Je croyais que ce monde moderne avait au moins amélioré la santé.

Le choix des aliments s’est tellement étendu, que dans un pays donné, voire même au sien de la plus petite communauté, les habitudes alimentaires peuvent varier beaucoup d’une famille à l’autre. Cet élargissement des choix alimentaires a entraîné une certaine confusion entre choisir des aliments pour se faire plaisir et les choisir pour leurs effets bénéfiques sur la santé.

Trois exemples récents, venant du monde entier, nous rappellent que les aliments modernes sont peut êtres plus sûrs mais qu’ils doivent faire partie d’une alimentation équilibrée, qui débute dés l’enfance.

En Turquie, les enfants, et non pas seulement les femmes et les grands mères, ayant une moindre consommation de fruits et légumes (et donc moins de fibres) seraient plus susceptibles de souffrir de constipation.

Chez les enfants canadiens, le risque de souffrir d’une maladie inflammatoire intestinale sévère (maladie de Crohn) diminue de 30 % chez ceux qui consomment de grandes quantités de légumes et de 60 % chez ceux qui consomment de grandes quantités de fruits. Les fibres alimentaires associées aux vitamines semblent contribuer au bénéfice global. Une consommation accrue de noix et de poissons pourrait également être bénéfique. Bien que la maladie de Crohn soit rare chez les enfants, son incidence accrue serait expliquée par une diminution de la protection contre l’inflammation due à une alimentation moderne riche en matières grasses et pauvre en fibres. Une consommation déséquilibrée des différents acides gras pourrait également provoquer des réactions inflammatoires, qui seraient exacerbées dans la maladie de Crohn.

En Europe, environ 16 millions d’enfants sont actuellement en surpoids ou obèses, une situation inconnue il y a trente ans. L’apparition de différents facteurs de risque cardiovasculaires (le “syndrome métabolique”) a été analysée dans 5 pays : Grèce, Italie, Pologne, Hongrie et France. On a rapporté qu’un jeune obèse sur deux présente déjà des facteurs de risque cardiovasculaires accrus, i.e. qu’il vieillit avant l’âge. Ceci suggère que des changements négatifs dans notre environnement sont en voie de l’emporter sur les efforts de prévention.

Ces trois exemples illustrent la façon dont plusieurs risques peuvent rapidement progresser dès le plus jeune âge. Pour les réduire, suffit-il de faire le contraire ? Oui. Dans quelle mesure est-ce faisable ? Autant que nous le désirons vraiment… et je le veux absolument pour mes petits enfants.

Bien à vous,                                                                                                  Granny Smith

Marie-Laure Frelut
Pédiatre, nutritionniste, ECOG (Groupe Européen de l’Obésité Infantile) - Service d’endocrinologie pédiatrique, Hôpital Bicêtre-Université Paris Sud - FRANCE
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