Au-delà du nudging : le boosting et l’auto-nudging pour changer les comportements
Édito

Au cours de la dernière décennie, le nudge est devenu un pilier des sciences comportementales. En modifiant subtilement l’architecture des choix, les nudges se sont révélés efficaces pour orienter les individus vers des comportements plus sains et plus durables (Thaler & Sunstein, 2008). Des revues systématiques mettent en évidence leur succès dans divers domaines, notamment concernant les comportements alimentaires et les initiatives de santé publique visant à atteindre les objectifs de développement durable (Mertens et al., 2022; ONU, 2023).
Cependant, les nudges ont également fait l’objet de critiques en raison de leur caractère paternaliste : ils influencent les comportements sans toujours favoriser la compréhension ni l’autonomie des individus (Hertwig et al., 2025). Des inquiétudes ont également été soulevées quant à leur efficacité à long terme et à leur caractère généralisable dans des contextes sociaux et culturels diversifiés (Maier et al., 2022 ; Szaszi et al., 2025).
En réponse à ces limites, des stratégies alternatives ont émergé afin de renforcer le pouvoir d’agir des individus et de favoriser un changement de comportement durable : le boosting et le self-nudging (Hertwig & Grüne-Yanoff, 2017 ; Reijula & Hertwig, 2022 ). Ces approches visent à développer les compétences et l’autonomie des individus, leur permettant ainsi de faire des choix éclairés en cohérence avec leur préférences et aspirations à long terme.
Trois études récentes illustrent ces stratégies.
La première étude (Banerjee et al., 2023) montre que le fait d’inciter les individus à réfléchir à la durabilité de leurs choix alimentaires avant d’être exposés à un nudge ou un boost conduit à de meilleures décisions alimentaires dans le cadre d’une expérience en ligne. Plus précisément, les auteurs testent des nudges et des boosts (tels que des « règles simples » et des intentions de mise en œuvre), conçues pour renforcer la capacité des individus à évaluer leurs choix alimentaires en termes de durabilité. Bien que l’étude teste également des incitations à la réflexion simples (« thinks »), les effets les plus marqués apparaissent lorsque ces éléments réflexifs sont combinés à des boosts renforçant les compétences, soulignant ainsi l’importance de l’acquisition de compétences plutôt que de la réflexion seule.
La deuxième étude (Michel et al., 2024) met en évidence l’importance d’accroître la transparence des nudges numériques. L’intervention met davantage en avant l’option la plus saine tout en informant explicitement les utilisateurs de la présence et de l’objectif du nudge. Les auteurs montrent que proposer le nudge comme un self-nudge volontaire, plutôt que comme un choix par défaut prédéfini, produit des effets comportementaux comparables lorsqu’il est associé à des informations transparentes. Il est essentiel de noter que cette conception éthique, fondée sur la transparence et le respect de l’autonomie, ne réduit pas l’efficacité du nudge. Cette approche constitue ainsi une approche prometteuse pour encourager les consommateurs à faire des choix en phase avec leurs aspirations tout renforçant leurs confiance et engagement personnel.
La troisième étude (van Rookhuijzen et al., 2023) explore des interventions de self-nudging visant à augmenter la consommation de fruits. Les participants ont été invités à choisir et à mettre en œuvre leurs propres nudges, telles que placer une corbeille de fruits à portée de vue, préparer les fruits à l’avance, programmer des rappels ou placer les fruits à un endroit bien visible dans le réfrigérateur. Bien que l’intervention ait entraîné une augmentation de la consommation de fruits pendant lors de l’étude, la formation d’habitudes à long terme n’a pas été observée de manière concluante. Néanmoins, les résultats suggèrent que le self-nudge pourrait être une stratégie prometteuse pour favoriser la formation d’habitudes, car elle permet aux individus de concevoir activement des architectures de choix adaptées à leur routine quotidienne, renforçant ainsi l’autonomie et l’appropriation comportementale.
Ces études soulignent le potentiel du boosting et des self-nudges en tant que stratégies complémentaires au nudging traditionnel. En mettant l’accent sur le développement des compétences, la promotion de la réflexion et l’augmentation de la transparence, ces approches permettent d’orienter les individus vers des choix alimentaires plus sains et plus durables.
Maria Almudena Claassen est chercheuse postdoctorale au Centre pour la rationalité adaptative de l’Institut Max Planck pour le développement humain. Elle étudie les choix alimentaires et de boissons, en s’intéressant particulièrement à la manière dont le contexte social façonne les comportements et à la façon dont les approches de type « boosting » peuvent soutenir des décisions plus saines.
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