Nourrir la santé des femmes : de l’adolescence à la ménopause et au-delà

Édito

La santé des femmes englobe à la fois les dimensions physiques, mentales et le bien-être social. Pour appréhender cette problématique, il est essentiel de prendre en compte ces aspects. Comme le démontrent les recherches en sciences sociales, les questions de santé dépassent, en effet, la seule dimension biologique du sujet. Les forces sociales et politiques, les cadres de pensée scientifiques, les hiérarchies sociales et les dynamiques de pouvoir sont autant des déterminants de la santé et de nos connaissances en la matière.
Historiquement, les femmes ont été exclues des recherches biomédicales. Ainsi, les problèmes de santé et besoins spécifiques de nombreuses femmes demeurent aujourd’hui mal compris. Les facteurs sociaux sont également à l’origine de différences ou d’inégalités de santé entre les femmes de pays et de groupes socio-économiques différents. De ce fait, s’intéresser à la santé des femmes nécessite d’intégrer à la fois les aspects biomédicaux et sociaux de cette problématique. (Short & Zacher, 2022).

L’un des impacts du contexte social sur la santé des femmes passe par son influence sur les comportements alimentaires. Cette édition d’Equation Nutrition éclaire cette question à travers trois études récentes. Toutes soulignent le rôle central de la nutrition pour la santé des femmes à chaque moment de la vie – de l’adolescence à la ménopause et au-delà.

Le premier article montre qu’une consommation accrue de fruits et légumes, soja, fibres et matières grasses d’origine végétale, à l’adolescence, est associée à une diminution du risque de cancer du sein à l’âge adulte. Ces effets reposeraient sur 3 mécanismes complémentaires, dont l’influence sur le risque de cancer est connue :

  • une modulation hormonale liée aux fibres,
  • une réduction de l’inflammation via les antioxydants et les acides gras polyinsaturés
  • le maintien d’un poids favorable à la santé.

Ces résultats soulignent l’importance d’encourager, dès le plus jeune âge, l’adoption d’habitudes alimentaires saines pour protéger et soutenir la santé des femmes tout au long de leur vie.

Le deuxième article synthétise 30 études ayant exploré les liens entre la consommation de fruits et légumes et divers aspects de la santé mentale chez les femmes adultes. Vingt-cinq de ces études montrent une influence positive, reliant une consommation accrue de fruits et légumes avec une meilleure qualité de vie, une estime de soi renforcée, une régulation émotionnelle améliorée, ainsi qu’à une réduction de l’anxiété, de la dépression et même du risque suicidaire.
La convergence de ces résultats souligne que ce que les femmes mangent influence profondément non seulement leur santé physique, mais aussi leur équilibre psychologique.

Le troisième article, une revue narrative, explore le rôle déterminant de l’alimentation pendant la périménopause et la ménopause. Ce travail montre qu’une nutrition adaptée permet d’atténuer les effets de la baisse des œstrogènes, en particulier :

  • l’augmentation de la graisse viscérale,
  • la perte de masse musculaire,
  • le risque accru de maladies chroniques (maladies cardiovasculaires, diabète, ostéoporose, certains cancers).

Les résultats de ce travail soulignent qu’une alimentation saine riche en fibres, protéines de qualité, graisses insaturées, calcium et vitamine D, associée à une perte de poids modérée (5 à 10%) permet d’améliorer la santé métabolique et les symptômes de la ménopause/ péri-ménopause. A l’inverse, ils soulignent que les régimes restrictifs sont inefficaces en l’absence d’accompagnement par un professionnel de santé.

Ensemble, ces travaux montrent que la santé des femmes ne peut être appréhendée en considérant de manière séparée la nutrition et le mode de vie, deux dimensions elles même influencées par le contexte social des femmes.

Les corps des femmes ne sont pas simplement des organismes biologiques, mais des réalités vécues et façonnées par des forces sociales, culturelles et politiques.

Ainsi, répondre aux enjeux de santé des femmes, demande une vision intégrative associant progrès des connaissances biomédicales et reconnaissance des contextes sociaux dans lesquels santé et maladie se forment. De l’adolescence à la ménopause, l’alimentation apparaît, non seulement, comme une source d’énergie, mais comme un véritable levier de bien-être et de santé.

Meghan Zacher Professeure assistante en Etudes démographiques
Université de Brown
A propos de l’auteur

Meghan Zacher est professeure assistante en Etudes démographiques à l’université de Brown. Sociologue, elle étudie l’influence des déterminants sociaux, structurels et liés au parcours de vie sur la santé et le vieillissement des populations. Ses travaux portent une attention particulière à la santé des femmes, à l’influence du genre, des inégalités sociales et des disparités territoriales.

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