Les interventions combinant nutrition et activité physique chez les adolescents manquent encore d’efficacité

22 janvier 2026

Alors que l’obésité des enfants et des adolescents ne cesse d’augmenter, de nombreuses interventions sont mises en place pour favoriser des comportements plus sains. Une méta-analyse a examiné les résultats des interventions combinant nutrition et activité physique chez des adolescents dans l’optique de faire changer ces comportements et de faire évoluer le statut adipeux. Ce travail souligne une grande hétérogénéité dans les méthodologies d’interventions et leurs résultats, ne permettant pas d’identifier des facteurs clés d’efficacité. Il apporte néanmoins des pistes de réflexion et des recommandations pour la conception de futures études.

L’adolescence est une période charnière dans le développement et la persistance d’un excès de poids, un facteur de risque d’autres maladies chroniques. Cette période est également marquée par d’autres facteurs de risque sanitaires :

Alors que la prévalence de l’obésité chez les enfants et les adolescents a été multipliée par plus de 10 au cours des 40 dernières années (Caprio et al., 2020), les interventions et initiatives se multiplient pour tenter d’inverser cette tendance.

Afin d’évaluer l’efficacité de ces interventions, une méta-analyse récente (Pearson et al., 2025) examine les résultats de 36 études réalisées chez des adolescents, ciblant à la fois l’alimentation et l’activité physique afin de faire évoluer ces comportements et de modifier des paramètres d’adiposité.

Des résultats contrastés et difficilement comparables

Ce travail montre des résultats mitigés :

  • 28 % des études inclues (10 interventions) ne montrent aucun effet significatif sur les comportements ciblés (comportement alimentaire, activité physique et sédentarité).
  • 72 % des interventions observent au moins un changement de comportement, mais 5 études seulement parviennent à modifier tous les comportements visés.
  • 39 % des interventions modifient un ou plusieurs indicateurs d’adiposité. Dans un sous-groupe d’études, les interventions ne montrent pas de modifications significatives de l’IMC, mais une réduction du z-score d'IMC et du pourcentage de masse grasse sont observés.

Selon les auteurs, cette hétérogénéité découle de plusieurs facteurs. Les méthodologies d’études sont disparates que ce soit sur les modalités d’intervention ou les paramètres suivis, ce qui complique la comparaison des études entre elles. D’autre part, plusieurs modifications de comportements étant visées simultanément, les messages peuvent être dilués et la charge peut sembler trop lourde pour les adolescents, qui se concentrent alors sur un seul changement de comportement ou perdent complètement leur intérêt (Prochaska et al., 2011, Nigg et al., 2002).

Identifier les points communs des interventions efficaces pour améliorer les travaux futurs sur l’adolescence, la nutrition et l’activité physique

Ainsi, ce travail ne permet pas d’identifier les facteurs clés pour construire des interventions efficaces. Afin d’essayer de dégager des pistes, ce travail s’est focalisé sur les cinq études ayant réussi à modifier l’ensemble des comportements visés. Toutes ont en commun les points suivants :

  • Se dérouler en milieu scolaire,
  • Agir par le biais de l’éducation ou en combinant éducation et composantes sociales (i.e. en incluant les parents/la famille).
  • Viser l’amélioration de la qualité du régime – accroissement de la consommation de fruits et légumes et réduction de la consommation de graisses et d’aliments frits notamment – ainsi que l’accroissement de l’activité physique totale et la marche.

Les auteurs invitent à s’appuyer sur ces enseignements pour la conception de futures interventions.

Aller vers des interventions ciblant les adolescents, leurs écosystèmes sociaux et leurs environnements

D’autre part, les auteurs identifient trois autres axes d’amélioration. L’adolescence est une période durant laquelle les interactions avec les pairs (amis, familles etc.), jouent un rôle clé sur les changements de comportements (Jayasinghe et Hills, 2023). Ainsi, les auteurs pointent l’importance de ne pas limiter les interventions à la modification des comportements individuels, en incluant également l’entourage que ce soit virtuellement ou en personne.
D’autre part, les systèmes alimentaires, via les choix proposés aux adolescents ainsi que l’offre marketing, influencent eux aussi les comportements alimentaires, ainsi que l’accès à l’activité physique. De ce fait, les auteurs appellent à ne pas limiter les interventions à des composantes éducatives, mais à agir simultanément sur les environnements.
Enfin, ils invitent à intégrer pleinement les adolescents comme des acteurs actifs dans la construction, le développement et la mise en place des interventions. Cela permettrait de bénéficier de l’expérience des jeunes, de s’assurer que les stratégies et composantes utilisées sont cohérentes et adaptées à ce public et augmenterait les chances de réussite et l’adhésion des adolescents.

Angleterre : une consommation accrue de fruits et légumes associée à une moindre qualité de vie liée à la santé, notamment les filles.

Une étude menée au Royaume-Uni (Stewart-Knox, Bunting and Davison, 2025) apporte un éclairage complémentaire à cette méta-analyse. Ce travail a suivi les consommations alimentaires de 1912 adolescents et leur association avec la qualité de vie liée à la santé (QVLS), à trois âges: 11-12 ans, 13-14 ans et 15-16 ans. Il montre notamment que :

  • La consommation de fruits et légumes est similaire entre filles et garçons à 11-12 ans puis diminue progressivement chez les garçons avec l’âge.
  • Une consommation plus fréquente de fruits et légumes (et de protéines) est associée, de manière paradoxale, à un moindre score de qualité de vie liée à la santé. Cette association se renforce avec l’âge. Dans la littérature, la consommation accrue de fruits et légumes est généralement associée à une meilleure qualité de vie liée à la santé.
  • A partir de 13-14 ans, les filles ont des scores plus faibles de qualité de vie liée à la santé que les garçons.
  • Selon les auteurs, l’association inédite observée pourrait en réalité refléter un aspect psychosocial lié au genre. En effet, le profil des adolescents ayant une consommation plus grande de fruits et légumes et une moindre qualité de vie liée à la santé correspond majoritairement aux filles. Le lien entre la consommation de fruits et légumes et la QVLS plus faible ne serait donc pas direct, mais serait médié par le fait d’être une fille. Ce travail appelle à poursuivre les recherches pour comprendre ces associations et mettre en place des interventions adaptées, avant l’âge de 13/14 ans à la fois pour améliorer la consommation de fruits et légumes et la qualité de vie.

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