N° 64 | février 2007

Alimentation et activité physique : quelles relations ?

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Il est impératif de mieux comprendre les relations qui existent entre les comportements “sains”, afin de mieux prévenir les maladies nontransmissibles. Plusieurs études ont examiné les relations entre différents comportements alimentaires et l’activité physique chez les enfants et les adolescents.

En 2001, en France, Platat et coll. ont enquêté sur les styles de vie de préadolescents de 12 ans en analysant l’alimentation et l’activité physique et en étudiant leurs associations avec certains facteurs sociodémographiques. L’activité physique, les activités sédentaires et les habitudes alimentaires ont été évaluées à l’aide d’un questionnaire envoyé à 2724 élèves. Les informations sur les indicateurs de statut socioéconomique (niveau d’imposition familiale et niveau d’étude parental) et la taille de la municipalité de résidence ont été obtenues auprès des parents.

L’activité physique est associée à la consommation de fruits et légumes…

Le tableau 1 montre les habitudes alimentaires en fonction des activités physiques et sédentaires. L’activité physique était corrélée de façon positive et significative à la consommation de plus de quatre portions de fruits et légumes et/ou de jus de fruits durant les dernières 24 heures et inversement associée à la consommation de boissons sucrées, de frites ou de chips au cours des dernières 24 heures. Le temps consacré à des activités sédentaires était négativement corrélé à une forte consommation de fruits et légumes et/ou de jus de fruits durant les dernières 24 heures et corrélé positivement à la consommation préférentielle de boissons sucrées, de frites et de chips en regardant la télévision au cours des dernières 24 heures.

… même après ajustement pour les facteurs socioéconomiques

Même après ajustement au statut socio-économique, l’activité physique restait significativement et positivement associée à la consommation de fruits et légumes et/ou de jus de fruits à plus de quatre occasions durant les dernières 24 heures. Néanmoins, l’association négative observée entre l’activité physique et la consommation de frites et de chips n’était plus significative lorsque les indicateurs de statut socioéconomique étaient pris en compte.

Il persistait également après ajustement sur ce paramètre, une association significative et positive entre les activités sédentaires et la consommation de frites et de chips et de boissons sucrées en regardant la télévision et une relation inverse avec une consommation élevée de fruits et légumes et/ou de jus de fruits.

Deux profils comportementaux distincts

Cette étude a identifié deux profils particuliers de comportement, dans lesquels les activités physique et sédentaire sont des comportements distincts, associés à des habitudes alimentaires spécifiques et également à des déterminants différents.

Le premier profil est caractérisé par l’activité physique et la consommation de fruits et légumes et/ou de jus de fruits ; il est négativement associé à la taille de la municipalité de résidence. Ainsi, le fait de vivre à Strasbourg était associé à des niveaux d’activité physique et de consommation de fruits et légumes élevés, mais le fait de vivre dans une municipalité de moins de 2000 habitants était associé à un niveau plus faible de ces deux paramètres.

Le deuxième profil est caractérisé par des activités sédentaires, la consommation de frites et de chips, la consommation préférentielle de boissons sucrées et de collations en regardant la télévision ; il est négativement associé aux niveaux d’imposition familiale et d’éducation parentale. Ainsi, un faible niveau d’imposition familiale et d’éducation parentale étaient associés à des niveaux plus élevés d’activités sédentaires, à la consommation de frites et de chips, la consommation préférentielle de boissons sucrées et aux collations en regardant la télévision.

Sur quoi axer les programmes de prévention ?

Ces résultats sont en accord avec des travaux récents qui suggèrent que les choix d’activités physique et sédentaire sont déterminés par des paramètres distincts, qui sont respectivement, les facteurs externes et l’environnement familial.

Les facteurs environnementaux, corrélés à l’activité physique et aux habitudes alimentaires, seraient la situation du quartier, la densité urbaine, l’existence de pistes cyclables, l’accès à des complexes sportifs et la proximité de magasins d’alimentation et de points de restauration rapide. Les facteurs socioéconomiques reliés aux habitudes alimentaires et à l’activité physique sont les niveaux d’imposition familiale et d’éducation parentale.

Selon les auteurs, les déterminants socio-démographiques de l’activité physique et des habitudes alimentaires ont ainsi contribué à l‘association de ces comportements. D’un autre côté, certains types d’activités pourraient favoriser des comportements alimentaires particuliers. On peut citer l’exemple de regarder la télévision en prenant une collation. Mais, on peut aussi penser que l’exercice physique régulier devrait influencer les choix alimentaires…En conclusion, les associations entre les habitudes alimentaires et l’activité physique identifiées chez les adolescents indiquent que les programmes de prévention devraient s’intéresser simultanément aux modes alimentaires des adolescents et à leur activité physique, ainsi qu’aux facteurs qui les déterminent et non pas cibler l’un ou l’autre séparément.

Cecile Knai
Ecole d’Hygiène et de Médecine Tropicale de Londres
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