N° 101 | septembre 2010

Alimentation hors domicile chez des adolescents Vietnamiens: Quels liens entre facteurs socio-économiques et alimentaires ?

Quand des pays à faibles ou moyens revenus, comme le Vietnam, connaissent un développement rapide, les comportements alimentaires changent dans de vastes segments de leur population. Même si malnutrition et carences persistent, de nombreuses études témoignent d’une augmentation des maladies chroniques liées à l’alimentation, surtout en zones urbaines 1.

Une cible privilégiée pour les campagnes de promotion nutritionnelle

L’adolescence est une période clé où les comportements alimentaires et la mode de vie se consolident. Les adolescents, qui représentent une proportion importante de la population dans les pays à faibles ou moyens revenus, sont une cible privilégiée pour les campagnes de promotion nutritionnelle visant à réduire les facteurs de risques des maladies liées à l’alimentation 2. Aux Etats-Unis et en Europe, des études ont montré que le fait de manger fréquemment à l’extérieur était associé à une moindre consommation de Fruits et Légumes 3 (F&L) et un plus fort apport énérgétique 4. L’importance nutritionnelle des repas pris à l’extérieur du domicile dans des pays confrontés à la sous- et la sur-alimentation a été peu étudiée. Nous avons mené cette enquête auprès d’un échantillon d’adolescents Vietnamiens pour évaluer l’importance de l’alimentation à l’extérieur du domicile et identifier les facteurs socio-économiques qui y sont associés.

Les adolescents urbains consomment plus de fruits et légumes que ceux de la campagne

Notre échantillon était composé d’adolescents Vietnamiens âgés de 16 ans, habitant des zones rurales (province de Hanam) et urbaines (Hanoi).

Les aliments préparés hors domicile représentaient 42% de l’apport en F&L et 21% des apports énergétiques 5. Il y avait des différences de consommation entre les sexes et ce selon le lieu d’habitation.

Les adolescents urbains consommaient quotidiennement plus de F&L que ceux vivant à la campagne (523,0 ± 38,4 g vs 320,0 ± 38,4 g). La contribution des aliments consommés à l’extérieur aux apports quotidiens en F&L était constamment plus élevée en zone urbaine (54,1 ± 4,0%) que dans les zones rurales (29,5 ± 4,0%).

Les repas à l’extérieur sont associés à une plus forte consommation d’énergie

Indépendamment du niveau de revenu du foyer, le fait d’être une fille, de vivre en milieu urbain et de recevoir de l’argent de poche, étaient associés positivement à la contribution énergétique des aliments consommés à l’extérieur du domicile dans l’alimentation. Les aliments préparés à l’extérieur étaient surtout consommés au petit déjeuner et au goûter. Ils contribuaient pour plus de la moitié (57%) à l’apport énergétique du petit déjeuner et à 73% à celui des goûters.

Cependant, aussi bien dans les zones rurales qu’urbaines, prendre ses repas à l’extérieur était associé à une plus forte consommation d’énergie provenant des matières grasses, des bonbons et des boissons sucrées.

Les aliments préparés à l’extérieur du domicile représentent clairement une part importante de l’alimentation des adolescents Vietnamiens. Dans les zones rurales, les aliments préparés à l’extérieur de la maison sont différents de ceux des zones urbaines. Leur composition contribue positivement à la consommation de micronutriments chez les forts consommateurs. Les fruits et les soupes de nouilles, caractérisés par une faible densité énergétique, sont relativement plus importants que les aliments pris à l’extérieur en milieu urbain. Cette différence dans les repas pourrait expliquer pourquoi les participants consommant plus d’aliments hors domicile consomment plus de calories issues des graisses mais ont une alimentation moins dense en énergie.

Carl Lachat
Unité de Nutrition et Santé de l’Enfant, Institut de Médecine Tropicale, Belgique & Département de Sécurité et Qualité Alimentaire, Université de Gand, Belgique
Khanh Le Nguyen Bao
Institut National de Nutrition, Vietnam
Patrick Kolsteren
Unité de Nutrition et Santé de l’Enfant, Institut de Médecine Tropicale, Belgique & Département de Sécurité et Qualité Alimentaire, Université de Gand, Belgique
Source de Financement: Cette étude a été financée par la Fondation de Recherches Nutricia et Nutrition Tiers Monde (Nutrition Third World NTW).
  1. Van Lierop A et al. Asia Pacific J Clin Nutr 2008;17:603-7.
  2. Diet, Nutrition and the Prevention of Chronic Diseases. WHO Technical Report Series nr 916. 2003.
  3. Satia J et al. Public Health Nutr 2004;7:1089-96.
  4. Binkley et al. Int J Obes 2000;24:1032-9.
  5. Lachat C et al. Am J Clin Nutr 2009;90:1648-55.
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