N° 160 | janvier 2016

Alimentation et prévention cardio vasculaire : Les fruits et légumes ont toujours la part belle en 2015

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La prévention des maladies cardio vasculaires et d’autres maladies chroniques par un régime optimal donne lieu à de solides débats scientifiques et publics. Tous les ans, ces discussions font l’objet de mises au point par l’US News and World Report qui, en 2015, a fait évaluer 35 régimes différents par un panel de nutritionnistes.

Depuis plusieurs années, les recommandations américaines placent la réduction des graisses totales et saturées comme la pierre angulaire, en tendant à éviter certains aliments particuliers. Mais de nombreuses manières de voir «quoi manger» ont été formalisées par différents régimes.

Une science complexe

L’épidémiologie nutritionnelle est une science compliquée. Certains utilisent le terme de «nutritionnisme» pour souligner que les décisions et politiques de santé publiques se focalisent essentiellement sur les nutriments, sans tenir compte de la nature complexe de l’alimentation. Cette façon de voir rend service aux industriels des compléments nutritionnels. Divers composés alimentaires isolés ont été testés, dans des essais cliniques randomisés, qui sont restés, soit sans effet, voire ont montré des résultats délétères sur la santé à long terme. On peut citer des exceptions : la prévention de la DMLA par certains antioxydants et celle des malformations neurologiques foetales par la supplémentation en folates durant la grossesse. Les concepts pour définir le meilleur régime pour préserver la santé cardio vasculaire à long terme ont évolué. Cette revue récente fait le point sur la question.

Une vision multidimensionnelle de l’alimentation

La nourriture est complexe. La recherche sur le sujet présente de grandes différences avec celle des médicaments. L’alimentation n’est ni bien définie ni constante. D’où la difficulté à étudier son influence sur la santé. Il faut donc avoir une vision «holistique» de la nourriture et non réductionniste, cette dernière utilisant des syllogismes. Ainsi, la consommation de graisses saturées augmente incontestablement le taux de cholestérol. Par ailleurs, l’excès de cholestérol sanguin favorise l’athérosclérose. Le fait que la réduction du taux de cholestérol réduise la mortalité cardio vasculaire - sans réduire la mortalité totale - suggère que la baisse du cholestérol liée à la réduction des graisses saturées est une composante spécifique de la maladie coronarienne, alors que d’autres éléments pourraient aussi y contribuer. Cette logique n’est pas nécessairement correcte, car un aliment qui contient des graisses saturées peut également avoir des constituants bénéfiques pour la santé. Il convient donc d’utiliser ces syllogismes (associer les maladies coronariennes aux seules graisses saturées) avec une certaine précaution.

A l’inverse, l’observation directe de l’influence de certains modes alimentaires sur les pathologies cardio vasculaires, et d’autres maladies chroniques, a montré de manière constante une réduction des risques. Ces modes alimentaires souvent culturels, sont stables dans le temps, à la différence de la consommation de certains aliments et nutriments spécifiques.

Les trois régimes particuliers

On peut ainsi caractériser le régime méditerranéen (caractérisée par les habitudes alimentaires régionales), le régime prudent (impliquant des choix alimentaires judicieux) et le régime occidental - «western diet»- qui reflète les aspects de l’alimentation industrielle.

Le régime prudent se caractérise par une forte consommation de légumes à feuilles vertes, de légumes orangés, de crucifères, et d’autres, ainsi que de légumineuses, de fruits, de tomates, de poisson, d’ail, de volaille et de céréales complètes.

Le régime occidental comporte de grandes quantités de viande rouge et transformée, de céréales raffinées, de sucreries et desserts, de frites, de laitages riches en graisses, d’oeufs, de boissons sucrées, de snacks à grignoter, de condiments, margarine, pommes de terre et beurre. Le régime prudent est inversement corrélé à l’incidence des pathologies cardio vasculaires, à l’inverse du régime occidental. Le régime prudent est proche du régime DASH, destiné à prévenir l’HTA: augmentation des fruits et légumes, des jus de fruits, des céréales entières, des noix, des graines, des légumineuses, des laitages allégés avec une diminution de la viande, de la volaille, du poisson, des céréales raffinées, du lait entier, des sucreries, des snacks, des graisses, des huiles et des sauces pour salades.

L’étude PREDIMED (1993) a utilisé un score de compliance au régime méditerranéen en 14 points. Ce régime privilégie l’huile d’olive, les légumineuses, les fruits, le vin, les poissons et produits de la mer, les noix, le poulet, la dinde ou le lapin à la place du veau, du porc, des hamburgers et des dérivés de la viandes (saucisses), du beurre, de la margarine, de la crème, des boissons sucrées, des pâtisseries industrielles, de la crème anglaise. Dans cette étude les sujets qui avaient les scores les plus élevés présentaient moins de maladies cardio vasculaires que ceux du groupe contrôle.

D’autres études ont été réalisées à partir de l’Iowa Women’s Health Study (IWHS) à l’aide de divers scores: le score APDQS (A Priori Diet Quality Score -2007-2008) et l’AHEI (Alternative Healthy eating Index - 2010). Sans entrer dans les détails, ces deux scores ont prédit la mortalité totale, cardio vasculaire, non cardio vasculaire et par cancer.

Des solutions solides en termes de prévention

Les modèles alimentaires prudent et méditerranéen représentent des solutions qui apparaissent solides en termes de prévention. Ces régimes ont démontré leurs effets bénéfiques dans de longs essais randomisés à long terme. Leurs caractéristiques communes: une forte consommation de fruits, de légumes, de légumineuses, de céréales complètes, de noix, de baies, de graines, d’huiles insaturées et de poisson et - de façon plus spéculative - de laitages, de café, de thé, chocolat et d’alcool sans excès. Ils sont en revanche pauvres en viande et en aliments transformés. Cela peut se résumer en une phrase : « Mangez une nourriture sans excès, principalement des végétaux, de couleurs variées, pour multiplier la variété des micronutriments dans chaque portion ».

Thierry Gibault
Nutritionniste, endocrinologue, Paris - FRANCE
D.R. JACOBS, L. C. TAPSELL, What an anticardiovascular diet should be in 2015, Current opinion in Lipidology, , Volume 26, Issue, P270-275, August 2015.
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